ArrĂȘtĂ©e en Iran

Fariba Adelkhah, chercheuse respectée, ni espionne ni opposante au gouvernement Iranien selon ses proches

  • PubliĂ© le 17 juillet 2019 Ă  13:23
  • ActualisĂ© le 17 juillet 2019 Ă  13:31
Vue générale de Téhéran

L'anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah, chercheuse respectĂ©e sur la sociĂ©tĂ© iranienne et le chiisme, a-t-elle Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e en Iran Ă  cause de ses travaux ? Ses amis et confrĂšres en France balaient les accusations d'espionnage et soulignent son sĂ©rieux et sa libertĂ© de ton.

"On est tous un peu toujours sous surveillance, c?est sûr. C?est un pays compliqué et le contexte en ce moment est aussi compliqué" : le directeur de thÚse de Mme Adelkhah, l'anthropologue et directeur de recherche émérite au CNRS Jean-Pierre Digard, joint par l'AFP, avoue "sa stupeur" et son "désarroi" à l'annonce de son arrestation.

"En tant que chercheuse, elle est respectée, reconnue. Elle fait des recherches de terrain et publie, comme font tous les bons chercheurs", insiste-t-il en évoquant les nombreux ouvrages de Fariba Adelkhah.

ArrivĂ©e en France en 1977 pour y suivre des Ă©tudes, et non comme rĂ©fugiĂ©e politique aprĂšs la chute du Shah, Mme Adelkhah, docteure en anthropologie de 60 ans, vit entre ses deux pays: l'Iran oĂč rĂ©side toujours sa famille et la France dont elle a pris la nationalitĂ©.

Depuis dix-huit mois, elle est pratiquement la moitié du temps en Iran, affirme à l'AFP son ami, le chercheur Jean-François Bayart, ancien directeur du CERI - Centre de recherches internationales de Sciences Po-Paris - auquel elle appartient.

Mais cette double nationalitĂ© la fragilise, estime son compatriote Armin Arefi, lui aussi franco-iranien : "On peut facilement voyager dans les deux pays et, en plus, on a les contacts sur place (en Iran). Mais si on est arrĂȘtĂ©, on est Iranien: on vit avec cette Ă©pĂ©e de DamoclĂšs", a expliquĂ© le journaliste-Ă©crivain franco-iranien sur France Culture mardi.
L'Iran ne reconnaßt pas la double nationalité et considÚre par conséquent que ses citoyens ne relÚvent que de son autorité. Ainsi, la France n'a pu accéder à Mme Adelkhah.

- Société, jeunesse, femmes -

"En tout cas, ce n'est pas une opposante politique, ça c'est sĂ»r et certain", relĂšve Karim Lahidji, prĂ©sident de la Ligue pour la DĂ©fense des Droits de l'Homme en Iran (LDDHI). "C'est mĂȘme la raison pour laquelle elle Ă©tait autorisĂ©e Ă  se rendre en Iran, Ă  y sĂ©journer de longs mois, mener des recherches, des enquĂȘtes, ce qui n'est pas possible pour tout le monde", dĂ©taille-t-il Ă  l'AFP.

"Elle a toujours refusĂ© de condamner le rĂ©gime", affirme aussi M. Bayart, dĂ©sormais professeur Ă  l'Institut des Hautes Ă©tudes internationales et du dĂ©veloppement (IHEID) Ă  GenĂšve. "Ça lui a valu d?ĂȘtre mal comprise de la diaspora et de prendre des coups des deux cĂŽtĂ©s".

"C'est une chercheuse libre, avec son franc-parler", plutÎt du cÎté "des réformateurs" comme l'ex-président Rafsandjani ou désormais, du président (Hassan) Rohani, poursuit-il : "Elle avait décidé en 2009-2010 sous (le conservateur Mahmoud) Ahmadinejad de cesser de travailler sur l?Iran pour se consacrer à l'Afghanistan, sans jamais cesser d?aller en Iran. Depuis un peu plus d'un an, elle recommence à travailler sur l'Iran, notamment sur l'interface des clergés chiites en Iran, Afghanistan et Irak, se rendant dans les trois pays".

Pour ses pairs, Fariba Adelkhah porte un regard sensible et instruit sur la sociĂ©tĂ© iranienne, sur la famille, la jeunesse et les femmes. "Or, la crainte du pouvoir est justement cette sociĂ©tĂ©, prise en otage aujourd'hui dans le conflit gĂ©opolitique" qui oppose l'Iran aux États-Unis Ă  propos de l'accord sur le nuclĂ©aire, affirme Ahmad Salamatian, ancien secrĂ©taire d'État iranien aux Affaires Ă©trangĂšres - en exil en France - sur France Culture.

Pour tenter de trouver une issue, la France a rĂ©cemment depĂȘchĂ© par deux fois un Ă©missaire Ă  TĂ©hĂ©ran, soumis aux draconiennes sanctions amĂ©ricaines - au moment oĂč Fariba Adelkhah Ă©tait arrĂȘtĂ©e, vraisemblablement dĂ©but juin. Ce qui laisse penser, selon toutes conjectures, que les forces les plus radicales du rĂ©gime seraient Ă  la manoeuvre.

Tous balaient de la main les soupçons d'espionnage: "Accusation grotesque", lance mĂȘme M.Digard. Lors de l'arrestation de l'Ă©tudiante française Clotilde Reiss, dĂ©tenue de juillet 2009 Ă  mai 2010, "Fariba Adelkhah avait dĂ©clarĂ© au (magazine) l'Express qu'en Iran, tout chercheur est considĂ©rĂ© comme un 007", rappelle Jean-François Bayart qui se demande aujourd'hui si ses ennuis ne viennent pas de cette boutade.

AFP

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