Une dizaine de détenus a présenté vendredi une version resserrée de Hamlet à leurs compagnons du centre pénitentiaire d'Avignon-le Pontet, sous la direction d'Olivier Py et dans le cadre du Festival que dirige ce dernier depuis 2013, a constaté un journaliste de l'AFP.
Ce partenariat entre le Festival d'Avignon et la prison est ancien: traditionnellement un spectacle Ă©tait prĂ©sentĂ© aux dĂ©tenus mais l'arrivĂ©e d'Olivier Py Ă la tĂȘte de la manifestation a fait Ă©voluer le dispositif.
"Il est venu faire un atelier pendant une semaine (en fĂ©vrier 2015, Ndlr) et les gars n'ont pas voulu que ça s'arrĂȘte", explique Philippe, l'un des dĂ©tenus-acteurs. Le metteur en scĂšne a ensuite animĂ© un premier atelier de deux heures par semaines autour de la tragĂ©die "PromĂ©thĂ©e enchaĂźnĂ©".
Jean-Michel confie "(qu')au début (il n'a) rien compris" au texte d'Eschyle: "Je l'ai lu, relu, puis ça m'a beaucoup parlé politiquement, ça parle d'un homme enchaßné".
Le quadragénaire explique qu'aprÚs plusieurs mois de travail, il s'est senti vide aprÚs la fin de la représentation: "J'étais habité par mon personnage", dit ce gaillard au crùne rasé et aux bras couverts de tatouages.
Mamar, qui est aujourd'hui en semi-liberté, s'est inscrit au conservatoire d'Avignon aprÚs cette premiÚre expérience de comédien. Le jeune homme explique que la rencontre avec le directeur du festival l'a profondément bouleversé, lui ouvrant l'horizon de la lecture.
L'expérience suscite l'engouement des participants, mais a également été trÚs applaudie vendredi aprÚs-midi par la quarantaine de prisonniers venus comme spectateurs dans le gymnase du centre pénitentiaire converti en théùtre avec un matériel scénique réduit à un rideau noir.
"Je ne connaissais pas le théùtre mais c'est super", dit Adil, ùgé d'une vingtaine d'années, le pouce levé avec une moue de respect. Avec son camarade Mohamed, il envisage d'intégrer l'atelier.
A la fin de la représentation, Olivier Py a promis que l'atelier serait reconduit. Philippe, Claudius dans "Hamlet", en a profité pour interpeller le directeur régional de l'administration pénitentiaire: "Il faut pouvoir le jouer dehors, pour Olivier...".
Une évolution difficile, tempÚre le directeur Paca-Corse, Philippe Peyron, puisque trois détenus seulement sur la dizaine qui ont monté Hamlet cette année, auraient pu prétendre à une permission de sortie, affirme-t-il, mais pas impossible conclut-il.
"On va tout faire pour que ce soit possible", lance de son cÎté Enzo Verdet, le jeune assistant d?Olivier Py dans ce projet. Il souligne la grande qualité "d'écoute et la conviction" de ces stagiaires qui découvraient le théùtre et ont réussi, en quelques mois, à devenir acteurs.
- © 2016 AFP
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