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Fifa: pour Infantino, le plus dur commence

  • PubliĂ© le 27 fĂ©vrier 2016 Ă  15:55
L'Italo-Suisse Gianni Infantino, en conférence de presse aprÚs son élection à la présidence de la Fifa, le 26 février 2016 à Zurich

Une nouvelle présidence s'ouvre à la Fifa, mais est-ce vraiment le début d'une nouvelle Úre? AprÚs l'élection de Gianni Infantino, une question reste brûlante: un patron tout neuf et l'adoption de réformes porteuses d'espoir suffiront-ils à changer l'institution, mise à bas par les scandales de corruption?<br>La tùche est immense pour Infantino (45 ans), ex-bras droit de Michel Platini à l'UEFA: redonner confiance aux sponsors et aux fans malgré le séisme qui ébranle la Fifa, cernée par la justice et confrontée à une baisse de ses revenus.


Pour relever ce dĂ©fi, l'Italo-Suisse, Ă©lu par 115 voix sur 207, Ă©tait le candidat dont le profil offrait le moins de risques. L'autre favori, le Cheikh Salman, est mis en cause par des ONG de dĂ©fense des Droits de l'Homme pour son rĂŽle prĂ©sumĂ© dans la rĂ©pression du soulĂšvement dĂ©mocratique au BahreĂŻn en 2011. MĂȘme s'il a toujours vigoureusement dĂ©menti ces accusations, son Ă©lection aurait Ă©tĂ© dĂ©vastatrice pour la Fifa en termes d'image.
"Infantino est de loin le meilleur choix pour diriger la Fifa", analyse pour l'AFP Patrick Nally, spécialiste du marketing sportif à l'origine en 1975 du premier contrat de partenariat entre la Fifa et Coca-Cola.
"Il doit maintenant rassembler tous les partenaires extérieurs, supporteurs, sponsors, diffuseurs, gouvernements et les assurer que la Fifa est désormais une institution transparente", poursuit M. Nally.
Pour cela, le nouveau patron du foot mondial pourra s'appuyer sur le train de réformes adoptées vendredi. Elles visent à améliorer la gouvernance de l'institution et à rompre avec l'omnipotence du prédécesseur d'Infantino, Joseph Blatter, forcé à la démission à cause du scandale au bout de 17 ans de rÚgne.
- 'Culture de corruption' -
Parmi ces rĂ©formes, la limitation Ă  12 ans maximum du mandat du prĂ©sident et des hauts dirigeants, la publication de leurs revenus et la sĂ©paration des activitĂ©s politiques et Ă©conomiques de la Fifa pour Ă©viter les conflits d'intĂ©rĂȘt.
"Des rĂ©formes de fond ont Ă©tĂ© adoptĂ©es. Nous allons travailler sans relĂąche pour faire en sorte que la rĂ©putation de la Fifa redevienne ce qu'elle mĂ©rite d'ĂȘtre", a jurĂ© Infantino vendredi.
Mais mĂȘme si elles "sont un trĂšs bon dĂ©but" comme le souligne Patrick Nally, ces mesures restent Ă  mettre en oeuvre.
"Les rĂ©formes sont absolument nĂ©cessaires mais pas suffisantes. Il faut changer la culture de la Fifa", assure Ă  l'AFP Mark Pieth, professeur de droit pĂ©nal Ă  l'UniversitĂ© de BĂąle et fin connaisseur du fonctionnement de l'instance (il Ă©tait Ă  la tĂȘte de la premiĂšre commission de rĂ©formes créée en 2011).
Un jugement sans concession que partage le consultant américain Jeff Thinnes, spécialisé dans les questions d'éthique et de bonne gouvernance des grosses organisations: "La culture de la Fifa est une culture de corruption via les fédérations nationales (qui la composent, ndlr). Il faudra donc un gros effort pour traduire dans les faits des réformes adoptées sur le papier."
Et M. Thinnes de préconiser la création d'un comité de surveillance formé de personnalités extérieures au-dessus de tout soupçon (comme le proposait d'ailleurs l'un des candidats, le prince Ali).
C'est exactement ce que réclame Visa, sponsor de la Fifa depuis 2007 et qui a renouvelé son partenariat jusqu'à la Coupe du monde au Qatar en 2022.
Le géant américain du paiement électronique a demandé vendredi dans un communiqué la mise en place "d'une supervision indépendante et à long terme des réformes". L'entreprise avait vivement réclamé dÚs octobre dernier le départ de Sepp Blatter.
- Pression des sponsors -
Autre partenaire historique, l'Ă©quipementier Adidas "attend de la Fifa et sa nouvelle direction plus de transparence dans la conformitĂ© aux normes, lesquelles doivent ĂȘtre ensuite appliquĂ©es".
Infantino, lui, a promis d'attirer à la Fifa des "voix indépendantes et respectées", sans plus de détails. Car il sait que regagner le coeur des sponsors sera vital et souhaite en priorité "s'adresser aux partenaires commerciaux et diffuseurs qui doivent retrouver confiance".
Multinationale du football, avec un Mondial qui génÚre prÚs de 5 milliards de dollars de chiffre d'affaires tous les quatre ans et 1,5 milliard de réserves sur son compte en banque, la Fifa a connu une annus horribilis qui a engendré d'énormes surcoûts.
Elle est "en retard de 550 millions de dollars" (500 M EUR) sur ses objectifs financiers d'ici à 2018, a annoncé vendredi le secrétaire général par intérim Markus Kattner.
La Fifa devrait mĂȘme enregistrer en 2015 des pertes un peu supĂ©rieures Ă  100 millions de dollars, selon une source proche.
Dans le mĂȘme temps, Infantino a en partie remportĂ© l'Ă©lection sur sa promesse trĂšs "blattĂ©rienne" d'accroĂźtre massivement les aides aux fĂ©dĂ©rations et de leur reverser 25% des revenus de la Fifa (1,25 milliard), tout en essayant de "rĂ©duire les coĂ»ts partout oĂč ce sera possible".
Le controversé Blatter a du reste pris un malin plaisir à transmettre le flambeau à son cadet, né comme lui dans la province suisse du Valais: "Il apporte toutes les qualités avec lui pour poursuivre mon travail", a assuré le patriarche désormais retraité. Une formule piquante quand on sait que tourner la page des années Blatter est le principal défi d'Infantino.

Par Diego URDANETA - © 2016 AFP
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