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Fin de la trĂȘve hivernale et reprise des expulsions pour des milliers de familles

  • PubliĂ© le 30 mars 2017 Ă  20:58
La ministre du logement a annoncé la création de 5.000 places supplémentaires portant à plus de 125.000 nombre de places d'hébergement à la sortie de l'hiver

La trĂȘve hivernale touche Ă  sa fin vendredi soir: aprĂšs cinq mois d'interruption, la menace d'expulsion revient pour des milliers de familles.


Pendant cette "trĂȘve", qui court du 1er novembre au 31 mars, un locataire ne peut ĂȘtre expulsĂ© de son logement, Ă  quelques exceptions prĂšs : s'il est prĂ©vu un relogement dĂ©cent pour le locataire et sa famille et si les locaux font l'objet d'un arrĂȘtĂ© de pĂ©ril. Des procĂ©dures peuvent toutefois ĂȘtre lancĂ©es pendant cette pĂ©riode.
"Les mois de la trĂȘve hivernale, on souffle, on n'a pas peur que les huissiers viennent frapper Ă  la porte. Mais quand le mois de mars arrive, ce sont les nuits blanches, le stress", tĂ©moigne Mouna, une mĂšre de famille de 35 ans qui loue un 40m2 dans le XIe arrondissement de Paris.
En 2013, "on a arrĂȘtĂ© de payer le loyer pendant deux mois", Ă  la suite de la perte d'emploi de son Ă©poux, raconte-t-elle. Le tribunal l'a condamnĂ©e l'annĂ©e suivante Ă  rembourser le propriĂ©taire et lui a ordonnĂ© de quitter les lieux.
Aujourd'hui, "on a payĂ© nos dettes mais l'Ă©pĂ©e de DamoclĂšs reste au-dessus de nos tĂȘtes".
- Augmentation en 2015 -
En 2015, 168.775 procédures judiciaires ont été intentées en vue d'une expulsion locative et environ 127.000 ont abouti à une décision d'expulsion, selon le dernier bilan annuel de la Fondation Abbé Pierre.
Les expulsions locatives avec le concours de la force publique -derniÚre étape, si aucune solution n'est trouvée- ont bondi de 24% en 2015, pour arriver à prÚs de 14.400 expulsions.
Sans attendre d'ĂȘtre dĂ©logĂ©s par les forces de l'ordre, d'autres auront quittĂ© leurs logements d'eux mĂȘmes ou sous la pression de leur propriĂ©taire.
"S'ils sont expulsés par la force publique c'est qu'ils n'ont pas d'autre solution, de familles ou d'amis qui peuvent les reloger", souligne Jean-Baptiste Eyraud, de Droit au Logement (Dal).
L'augmentation des loyers, la spéculation immobiliÚre, ajoutées aux difficultés personnelles que peuvent rencontrer les locataires (divorce, chÎmage,...) tout cela concourt à maintenir un nombre élevé d'expulsions, le plus souvent provoquées par des situations d'impayés, selon les associations.
Entre 1984 et 2013, le taux d'effort des locataires (part des revenus consacré au loyer et charges) a été multiplié par deux, souligne le Dal.
Les associations exigent qu'aucune expulsion ne se produise sans solution de relogement, et insistent sur la nécessité de construire massivement des logements, en particulier des logements sociaux accessibles aux petits revenus.
Dans le passĂ©, certaines villes s'Ă©taient engagĂ©es en prenant des arrĂȘtĂ©s anti-expulsions, cassĂ©s par les tribunaux administratifs.
Cette annĂ©e, onze villes de banlieue parisienne ont annoncĂ© prendre des arrĂȘtĂ©s "anti mise Ă  la rue". Pour ces communes, "Il ne s'agit plus de s'opposer aux expulsions mais de s'assurer que, lors de l'expulsion, le relogement des familles aura Ă©tĂ© assurĂ© par l?État au regard de ses engagements internationaux et nationaux".
À quelques jours de la fin de la trĂȘve hivernale, la ministre du Logement Emmanuelle Cosse a annoncĂ© la publication d'une circulaire sur les dispositifs de prĂ©vention des expulsions locatives, adressĂ©e aux prĂ©fets. Un texte qui "doit permettre d'amplifier la coordination des acteurs concernĂ©s pour inverser la tendance et limiter au maximum le recours Ă  l'expulsion", selon le ministĂšre.
Outre la reprise des expulsions, la fin du mois de mars marque aussi la fermeture de places d'hébergement spécialement ouvertes pendant les mois d'hiver, une perspective qui inquiÚte le monde associatif.
La ministre a annoncé mi-mars la création de 5.000 places supplémentaires portant à plus de 125.000 nombre de places d'hébergement à la sortie de l'hiver.
Samedi aprÚs-midi, une manifestation est organisée à Paris contre les expulsions et plus largement pour "nos droits contre leurs privilÚges", à l'appel d'un collectif éponyme.
Mais dÚs jeudi, des familles menacées d'expulsion comptent camper place de la République pour alerter l'opinion. Mouna y participera, en espérant ne pas finir "comme ça, dans la rue".

- © 2017 AFP
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