Salut l'artiste

Fini de rire, Guy Bedos s'en est allé au paradis

  • PubliĂ© le 29 mai 2020 Ă  02:58
  • ActualisĂ© le 29 mai 2020 Ă  06:59
Guy Bedos pose pour l'AFP le 5 décembre 2016 à Paris

Amateur de piques comme de coups de gueule, l'humoriste Guy Bedos s'en est allé jeudi à l'ùge de 85 ans, laissant derriÚre lui des sketchs féroces, un indéfectible engagement à gauche et des films comme "Nous irons tous au paradis".

Le dĂ©cĂšs de ce personnage mĂ©diatique, Ă  l'accent pied noir, sonne comme la fin d'une Ă©poque, aprĂšs la disparition dimanche de son ami, le parolier et scĂ©nariste Jean-Loup Dabadie qui lui avait notamment Ă©crit le sketch "Bonne fĂȘte Paulette". Les deux hommes avaient aussi collaborĂ© sur plusieurs films d'Yves Robert dans les annĂ©es 70, dont "Un Ă©lĂ©phant ça trompe Ă©normĂ©ment" et Nous irons tous au paradis", cĂ©lĂ©brant l'amitiĂ©.

"Embrasse (Pierre) Desproges et Dabadie, vu que vous ĂȘtes tous au Paradis", a d'ailleurs Ă©crit son fils Nicolas, qui a annoncĂ© son dĂ©cĂšs sur les rĂ©seaux sociaux. Sous une photo en noir et blanc, prise probablement dans les annĂ©es 70, il lui a rendu un vibrant hommage: "Il Ă©tait beau, il Ă©tait drĂŽle, il Ă©tait libre et courageux. Comme je suis fier de t'avoir eu pour pĂšre". Grand angoissĂ©, aux cheveux devenus blancs avec les ans et aux yeux noirs espiĂšgles, Guy Bedos adorait jouer les Ă©ditorialistes, s'en prenant aux hommes de pouvoir et dĂ©fendant de nombreuses causes chĂšres Ă  son coeur.

- Convictions -

Il "partageait son humour et ses convictions avec la mĂȘme sincĂ©ritĂ© et la mĂȘme passion. Nous nous souviendrons notamment de ses grands rĂŽles au cinĂ©ma, de ses spectacles inoubliables et de sa parole libre", a estimĂ© le ministre de la Culture Franck Riester, mettant en avant les engagements du comĂ©dien.

DĂ©fenseur des sans papiers, militant pour le droit au logement, entre autres, Guy Bedos a aussi Ă©tĂ© une figure de l'antiracisme en France, exerçant souvent sa verve contre la famille Le Pen. Il "a Ă©tĂ© le seul Ă  ĂȘtre trĂšs engagĂ© en dĂ©fendant beaucoup de causes, et en mĂȘme temps il ne se prenait pas au sĂ©rieux. Pour lui, le sĂ©rieux Ă©tait le cholestĂ©rol de l'imaginaire", a soulignĂ© Ă  l'AFP Jean-Michel Ribes, directeur du Théùtre du Rond-Point, derniĂšre scĂšne oĂč s?est produit Guy Bedos. "Il a toujours dit des choses extrĂȘmement fortes. Il ne faut pas oublier qu'il a Ă©tĂ© blacklistĂ© du temps de Giscard d'Estaing", s'est-il souvenu.

"C'Ă©tait quelqu'un de libre qui n'appartenait pas Ă  un camp mĂȘme s'il revendiquait des attaches idĂ©ologiques, et il allait lĂącher ses coups sur tout le monde", a renchĂ©ri l'homme de théùtre, Jean-Marc Dumontet au micro de RTL.

- NĂ© Ă  Alger -

"On se souviendra de tous ses engagements contre les injustices et le racisme et en faveur de la dignité de toutes et tous", a salué SOS Racisme, dont il a été un des premiers parrains, rappelant aussi qu'il forma sur scÚne un trio avec les humoristes Smaïn et Michel Boujenah en 1991 ("Coup de soleil à l'Olympia") pour dénoncer les tensions entre communautés.
Harlem Désir, fondateur de SOS Racisme, a aussi fait part de sa "grande tristesse" en rappelant "sa présence avec Coluche au concert de la Concorde" organisée par l'association en 1985.

Mourir dans la dignité a salué la mémoire d'un "trÚs grand militant", membre de son Comité d'honneur.

Pied noir né à Alger en 1934, formé à l'école de la rue Blanche à Paris, Guy Bedos s'est d'abord fait connaßtre grùce à des sketchs mordants, en duo avec Sophie Daumier qu'il épouse, dont celui consacré à la "drague" qui les révÚle au grand public.

La consécration vient en 1968 avec un seul sur scÚne à Bobino, puis des rÎles sur grand écran, dont celui de Simon, le fils à maman (juive) qui peine à couper le cordon et à finir sereinement ses parties de tennis entre amis.

Il s'est également produit dans de nombreux spectacles comiques, dont il est l'auteur, passe au Zénith, triomphe à l'Olympia avec Muriel Robin. Ils obtiennent la Victoire 93 de l'humoriste.

Marié 3 fois - avec Karen Blanguernon, Sophie Daumier (décédée en 2003) et Joëlle Bercot -, il est pÚre de quatre enfants, Leslie, Mélanie, Victoria et Nicolas, plume acérée avant de devenir scénariste et réalisateur à succÚs ("La belle époque").

AFP

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2 Commentaires
Max
Max
5 ans

D'aprÚs Saint-Pierre il y a un doute avant son entrée au Paradis

Alp
Alp
5 ans

quand avez vous entendu chez Guy Bedos un accent pied-noir? il l'était certes mais sans accent particulier