Sports extrĂȘmes

Fred Fugen ressent le "besoin de se poser"

  • PubliĂ© le 23 mars 2022 Ă  22:11
  • ActualisĂ© le 24 mars 2022 Ă  05:30
Le skieur français Fred Fugen, spécialiste de chute libre, de parachutisme, de BASE jump et de vol en wingsuit, aprÚs un entraßnement de speedriding, le 1er février 2022 à la station de La Clusaz

Auteur d'exploits Ă©poustouflants en flirtant avec les limites de l'extrĂȘme, Fred Fugen Ă©prouve dĂ©sormais le "besoin de se poser" pour savoir "jusqu'Ă  quel point ça vaut le coup d'aller", aprĂšs le dĂ©cĂšs de son alter ego, Vince Reffet, a-t-il confiĂ© dans un entretien Ă  l'AFP.

Tous deux accros au parachutisme, Fred Fugen et Vince Reffet s'étaient rencontrés il y a plus de vingt ans pour composer un duo connu sous le nom des Soul Flyers et auteur de performances repoussant sans cesse les limites du possible.

Ils ont alliĂ© toutes sortes de disciplines Ă  fortes sensations, comme le vol en wingsuit, le speedriding, la chute libre, jusqu'Ă  s'investir dans un projet encore plus innovant: voler vĂȘtu d'une combinaison ailĂ©e et Ă©quipĂ©e de mini rĂ©acteurs (Jetman).

"C’est 20 ans, t’imagine...", glisse Fugen, rencontrĂ© lors d'une session d'entraĂźnement pour son dernier opus vidĂ©o (une chute libre depuis 6500 m d'altitude chaussĂ© de skis avant de dĂ©valer la montagne en speedriding), Ă  La Clusaz, station Ă  jamais dans le coeur du tandem oĂč ils ont fait leurs classes.

Fugen n'a pas cessé de s'entraßner pour ce projet qui lui "tient particuliÚrement à coeur", parce qu'il avait été pensé et déjà préparé il y a quatre ans avec Vince Reffet, disparu le 17 novembre 2021 à Dubaï lors d'un accident d'entraßnement pour le projet Jetman.

- "Pas une journée" -

"La maniĂšre qu’on avait de penser ensemble aux choses. Des fois, y a des trucs que j’aurais peut-ĂȘtre pas faits et comme je sais que lui l’aurait fait, alors maintenant je le fais parce que je suis tout seul. Il n'y a pas une journĂ©e qui passe...", dit-il avant de s'interrompre, puis de reprendre. "Dans chaque phase d’entraĂźnement j’étais constamment en train de penser Ă  Vince, je pouvais quasi imaginer les discussions qu’on aurait eues".

AprĂšs le dĂ©cĂšs de son ami, Fugen a passĂ© une annĂ©e entiĂšre Ă  enchaĂźner les exploits sans prendre le temps de se poser ni de rĂ©flĂ©chir. "C’est peut-ĂȘtre ce qui est en train d’arriver lĂ ". "L’annĂ©e derniĂšre a Ă©tĂ© particuliĂšre pour moi. LĂ , j’ai du travail personnel Ă  faire, il y a plein de choses qui changent, le contrat Jetman qui s'arrĂȘte. AprĂšs qu’est-ce qui va se passer derriĂšre ? J’arrive Ă  un point oĂč il va falloir que je prenne du temps".

"Faire des trucs tout seul, c’était quelque chose qui me faisait flipper, il a fallu que j’en fasse plein comme s’il fallait que je me prouve et que je prouve aux autres aussi qu’en fait j’arrivais Ă  faire des trucs tout seul", glisse Fugen.

- "OĂč est la limite?" -

A-t-il dĂ©sormais plus peur, depuis la perte de son ami ? "Je sais pas trop. Pas vraiment parce qu’on faisait dĂ©jĂ  tellement attention, les conditions dans lesquelles il est mort sont tellement particuliĂšres, l’exercice spĂ©cifique qu’il Ă©tait en train de faire en Jetman c’est un truc pour lequel moi je n’avais pas le niveau.... C’est un autre monde. Je ne me dis pas que j’ai davantage peur mais peut-ĂȘtre que j’ai plus de facilitĂ©s Ă  m’arrĂȘter un peu plus tĂŽt, Ă  moins pousser".

La mort de Vince, "c’est trĂšs particulier pour moi". "T’essaies d’en tirer des leçons, de comprendre des choses. Y a une rĂ©flexion, je suis peut-ĂȘtre pas encore arrivĂ© au bout de ce truc lĂ ... Mais ouais, faut faire gaffe. Et faut savoir jusqu’à quel point ça vaut le coup d’aller. Tu vis aussi la douleur des gens qui sont autour, sa femme, ses parents. Ce matin j’ai vu ses parents, c’est chaud... C’est presque pire que tout. Ceux qui restent", souffle-t-il.

Vince Reffet est dĂ©cĂ©dĂ© aprĂšs avoir perdu le contrĂŽle de son appareil en vol stationnaire (Jetman) et n'avait pas dĂ©ployĂ© son parachute de secours, selon les conclusions d'une enquĂȘte.

Et aujourd'hui, pour Fugen il s'agit de "mesurer plus le truc pour prendre du plaisir encore sans se faire peur": "OĂč est la limite ? Ca vient du fait aussi que Vince soit mort, Ă  un moment tu imagines le pire, maintenant on sait que le pire peut arriver".

AFP

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