Guerre en Ukraine

Gaz russe: l'Europe bascule dans l'inconnu

  • PubliĂ© le 11 juillet 2022 Ă  06:22
  • ActualisĂ© le 11 juillet 2022 Ă  06:32
Gaz russe: l'Europe bascule dans l'inconnu

L'Allemagne et avec elle l'Europe entrent lundi dans une période de grande incertitude sur la suite de leurs importations de gaz russe, déjà fortement réduites ces derniÚres semaines et qui pourraient bientÎt se tarir complÚtement.

Le gĂ©ant russe Gazprom entame dans la matinĂ©e des travaux de maintenance des deux gazoducs Nord Stream 1, qui acheminent une grande quantitĂ© de son gaz livrĂ© encore Ă  l'Allemagne ainsi qu'Ă  plusieurs autres pays de l'Ouest de l'Europe. Cet arrĂȘt pour dix jours des deux tuyaux, annoncĂ© de longue date, ne devait en thĂ©orie n'ĂȘtre qu'une formalitĂ© technique.

Mais dans le contexte de la guerre en Ukraine et du bras de fer entre Moscou et les Occidentaux sur l'énergie, personne ne peut parier sur la suite.

- 'Robinet fermé' -

"Poutine va nous fermer le robinet de gaz... mais le rouvrira-t-il un jour?", s'inquiétait dimanche le quotidien le plus lu d'Allemagne, Bild.

"Nous sommes confrontĂ©s Ă  une situation inĂ©dite, tout est possible", a reconnu au cours du week-end le vice-chancelier allemand, Robert Habeck, sur la radio publique. "Il est possible que le gaz coule Ă  nouveau, mĂȘme en quantitĂ© supĂ©rieure Ă  avant. Il est possible que plus rien ne vienne et nous devons nous prĂ©parer comme toujours au pire", a-t-il ajoutĂ©.

Moscou, arguant d'un problĂšme technique, a dĂ©jĂ  rĂ©duit ces derniĂšres semaines de 60% les livraisons de gaz via Nord Stream, une dĂ©cision dĂ©noncĂ©e comme "politique" par Berlin. Ailleurs en Europe, Gazprom a fait de mĂȘme, rĂ©duisant ses fournitures Ă  certains pays et les coupant complĂštement Ă  d'autres, comme la Pologne et la Bulgarie.

Berlin a par conséquent beaucoup oeuvré pour convaincre, samedi, le Canada de lui restituer une turbine destinée à Nord Stream 1, qui était en maintenance dans le pays. Et ce malgré les protestations de l'Ukraine.

L'Allemagne ne voulait pas donner un argument supplémentaire à Moscou d'interrompre ses livraisons de gaz. Le chancelier allemand Olaf Scholz, par la voix de son porte-parole dimanche, a "salué la décision de nos amis canadiens".

Berlin fait aussi valoir que, pour des raisons techniques, il serait difficile Ă  Gazprom de stopper net ses livraisons via Nord Stream, le gaz exploitĂ© dans le champ sibĂ©rien Ă©tant "sous pression" et ne pouvant pas ĂȘtre Ă©ternellement stockĂ©. "Ce n'est pas comme un robinet d'eau", a dit M. Habeck.

- Crainte de rationnement -

Depuis le dĂ©but de la guerre, l'Allemagne a fermĂ© un autre gazoduc russe qui devait entrer en fonction - Nord Stream 2 - et fait des efforts pour rĂ©duire sa dĂ©pendance, mais celle-ci reste encore importante: 35% de ses importations gaziĂšres proviennent de Russie, contre 55% avant la guerre. Et le chauffage des foyers est toujours assurĂ© Ă  plus de 50% avec du gaz. Un arrĂȘt durable de Nord Stream 1 ne pĂ©naliserait pas seulement la premiĂšre Ă©conomie europĂ©enne.

Selon le site de la sociĂ©tĂ© Nord Stream, le gaz qui arrive en Allemagne, dans la ville de Lubmin, continue ensuite Ă  ĂȘtre aussi transportĂ© vers la Belgique, le Danemark, la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas "et d'autres pays".

Un arrĂȘt prolongĂ© des livraisons aggraverait donc la crise Ă©nergĂ©tique dans laquelle se dĂ©bat dĂ©jĂ  l'Europe, avec des prix qui flambent et la crainte d'un hiver trĂšs difficile. En Allemagne, les autoritĂ©s rĂ©flĂ©chissent dĂ©jĂ  Ă  des plans de rationnement.

L'industrie chimique est particuliÚrement vulnérable,dépendant fortement du gaz. L'organisation du secteur VCI dit se préparer "au scénario du pire", avec lourde récession à la clé.

Le gĂ©ant BASF rĂ©flĂ©chit Ă  mettre une partie des salariĂ©s en chĂŽmage partiel. "Si nous ne recevons plus de gaz russe (
) les quantitĂ©s actuellement stockĂ©es ne suffiront que pour un ou deux mois", alerte Klaus MĂŒller, le prĂ©sident de l'Agence fĂ©dĂ©rale des rĂ©seaux.

La chambre des députés a déjà adopté jeudi pour elle un plan symbolique d'économie: plus de chauffage au-dessus de 20 degrés l'hiver et plus d'eau chaude dans les bureaux individuels.

AFP

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