Les habitants de Gaza ont subi des blessures d'une gravité exceptionnellement élevée au cours du conflit qui oppose Israël et le Hamas sur le territoire palestinien, détaillent des médecins et infirmiers internationaux dans une étude publiée vendredi.
"Ils n'ont jamais vu pire", résume auprÚs de l'AFP le chirurgien britannique Omar El-Taji, principal auteur de cette étude publiée dans la revue médicale britannique BMJ et à laquelle ont participé prÚs de 80 soignants.
La majorité d'entre eux a déjà travaillé dans le cadre de conflits. Mais cette étude témoigne de la violence exceptionnelle de la guerre qui ravage depuis bientÎt deux ans le territoire palestinien et a causé un niveau de destruction particuliÚrement élevé, en notamment à cause des bombardements israéliens.
Depuis le début du conflit, déclenché par une attaque meurtriÚre du Hamas en Israël le 7 octobre 2023 - qui a entrainé la mort de 1.219 personnes cÎté israélien - plus de 65.500 personnes, essentiellement des civils, ont été tués à Gaza, selon des chiffres du ministÚre de la Santé du gouvernement du Hamas, jugés fiables par l'ONU.
L'étude du BMJ vise, elle, à donner une idée des blessures subies lors du conflit. Elle conclut que celles-ci sont "exceptionnellement graves", en particulier chez les civils, avec "un niveau de souffrance supérieur à celui enregistré lors des conflits de mémoire récente".
Les mĂ©decins participants ont rĂ©pondu Ă une enquĂȘte aprĂšs avoir Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©s plus ou moins longtemps sur place - entre deux semaines et quatre mois - sur une pĂ©riode courant d'aoĂ»t 2024 Ă fĂ©vrier 2025. Au total, ils ont cataloguĂ© 23.700 blessures traumatiques, dont 7.000 directement causĂ©es par des armes.
Ces chiffres doivent ĂȘtre pris avec prĂ©caution car ils sont forcĂ©ment parcellaires, mĂȘme s'ils correspondent globalement aux estimations de l'Organisation mondiale de la SantĂ© (OMS).
- Des brûlures gravissimes -
L'intĂ©rĂȘt porte surtout sur la nature des blessures recensĂ©es. Une proportion exceptionnellement Ă©levĂ©e, notamment, provient d'explosions: plus de deux tiers de celles causĂ©es par des armes.
C'est plus du double du taux habituellement enregistré chez les civils lors de conflits récents, souligne l'étude. On peut comparer cette proportion à celle des blessures par explosions chez les soldats américains en Afghanistan et Irak, mais il s'agissait là de militaires formés au danger.
M. El-Taji a Ă©galement mis en avant, auprĂšs de l'AFP, la gravitĂ© et l'ampleur des brĂ»lures observĂ©es: il rapporte lui-mĂȘme avoir vu de nombreux enfants "dont les brĂ»lures Ă©taient si graves que l'on pouvait voir leurs muscles et leurs os".
Au-delĂ des simples donnĂ©es, l'Ă©tude laisse par ailleurs la parole aux soignants pour tĂ©moigner des situations auxquelles ils ont Ă©tĂ© confrontĂ©es, dans un contexte oĂč la majoritĂ© des infrastructures de santĂ© ont Ă©tĂ© dĂ©truites et oĂč l'accĂšs des soignants au territoire est drastiquement limitĂ©.
"Le pire, c'était les mÚres qui nous demandaient de sauver leurs enfants déjà morts", rapporte un médecin. Réciproquement, d'autres font part d'idées suicidaires chez des enfants dont la famille était décédée.
Cette part accordée aux témoignages donne un statut inhabituel à cette étude, par rapport au caractÚre trÚs objectif des travaux habituellement publié par les grandes revues médicales. Mais cela ne remet pas en cause son sérieux, selon des experts qui ont salué sa publication.
C'est un "travail trÚs important", a jugé, auprÚs de l'AFP, le chercheur Anthony Bull, spécialiste des blessures de guerre à l'Imperial College of London. Il souligne que l'étude est probablement en-dessous de la réalité, puisqu'elle n'inclut "que les personnes qui ont survécu assez longtemps pour voir un soignant".
AFP

