Le parti europhobe et anti-immigration Ukip doit annoncer vendredi le nom du successeur de son leader charismatique Nigel Farage, qui a démissionné aprÚs la victoire du Brexit, une succession qui a attisé les dissensions.
C'est à Bournemouth, sur la cÎte sud de l'Angleterre, que l'United Kingdom Independence Party, troisiÚme force politique britannique aprÚs avoir obtenu le vote de 3,8 millions de Britanniques (12,6% des votes mais un seul député) lors des élections législatives de mai 2015, doit entériner en début d'aprÚs-midi cette succession, lors de son congrÚs annuel.
Nigel Farage, cofondateur de l'Ukip en 1993, avait, à la surprise générale, annoncé sa démission quelques jours aprÚs le vote des Britanniques en faveur d'une sortie de leur pays de l'Union européenne, le 23 juin, estimant sa mission "accomplie".
Pour les bookmakers, parmi les six candidats en course, Diane James, députée européenne et porte-parole du parti pour les questions de politique intérieure, est désormais la mieux placée pour diriger le parti.
- Possible 'fin du parti' ? -
Elle devance largement les députés européens, Jonathan Arnott et Bill Etheridge, la conseillÚre municipale, Lisa Duffy, et les membres de la Commission nationale exécutive (NEC) du parti, Elizabeth Jones et Phillip Broughton.
Mais cette succession a d'ores et déjà connu son lot de turbulences.
Steven Woolfe, porte-parole de l'Ukip sur les questions d'immigration et député européen, faisait figure de favori mais n'a finalement pas pu concourir parce qu'il a remis sa candidature 17 minutes aprÚs l'heure limite fixée.
La dĂ©cision du parti de l'exclure de la course avait entraĂźnĂ© dĂ©but aoĂ»t la dĂ©mission immĂ©diate de trois de ses membres qui considĂ©raient qu'elle avait Ă©tĂ© dictĂ©e par la volontĂ© des centristes du parti d'empĂȘcher Steven Woolfe de concourir alors qu'il Ă©tait, selon eux, le plus populaire auprĂšs des adhĂ©rents du parti.
"Si nous n'avons pas un candidat compĂ©tent et Ă l'aise avec les mĂ©dias, ce pourrait bien ĂȘtre la fin du parti", avait alors mis en garde l'un des dĂ©missionnaires, Michael McGough.
Steven Woolfe avait en outre le soutien de Nigel Farage et du principal pourvoyeur de fonds de l'Ukip, l'homme d'affaires Arron Banks, qui a jugé que cette décision s'apparentait à un "putsch" contre son protégé.
En représailles, l'homme d'affaires pourrait porter un coup fatal au parti.
Il aurait en effet, selon le Times, l'intention de créer un nouveau mouvement politique de droite qui aurait pour base les partisans de la campagne non-officielle pro-Brexit Leave.EU, emmenée par l'Ukip.
"L'avenir de l'Ukip est incertain", a estimé Matthew Goodwin, spécialiste de l'Ukip à l'Université de Nottingham et auteur de "UKIP: Inside The Campaign".
"AprÚs le vote en faveur du Brexit, le parti est devenu profondément divisé entre différentes factions et pourrait aussi avoir des difficultés à conserver un soutien populaire dans le nouveau paysage politique face aux conservateurs" emmenés par Theresa May, dont la politique a pris un virage plus "social", a-t-il déclaré à l'AFP.
Selon l'analyste, "le parti conservateur semble dĂ©sormais prĂȘt Ă mener Ă bien le Brexit tout en offrant des politiques dĂ©fendues depuis longtemps par l'Ukip comme la rĂ©introduction des "grammar schools", des Ă©coles publiques qui sĂ©lectionnent les meilleurs Ă©lĂšves Ă l'entrĂ©e du secondaire.
En reprenant à son compte ce genre de réformes, Theresa May et son gouvernement ont "réduit l'espace politique" du parti populiste.
Celui-ci espÚre néanmoins accroßtre sa popularité -et le nombre de ses députés- aux prochaines législatives de 2020 et ambitionne de devenir le parti officiel d'opposition à la place du Labour actuellement en pleine tourmente.
De plus, si les négociations du Brexit n'aboutissent pas ou si le gouvernement échoue à réduire l'immigration, "alors il y aura certainement des opportunités à saisir pour un parti affirmant que la volonté du peuple a été ignorée", selon M. Goodwin.
Par Pia OHLIN - © 2016 AFP
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