Le Premier ministre britannique David Cameron a appelé dimanche le charismatique maire de Londres Boris Johnson à ne pas rejoindre le camp des pro-Brexit, qu'il a attaqué frontalement à quatre mois du référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l'UE.
"Je voudrais dire à Boris ce que je dis à tout le monde, à savoir que nous serons plus en sécurité, plus forts et plus prospÚres dans l'Union européenne", a déclaré le dirigeant conservateur lors d'une interview sur l'émission politique dominicale de la BBC, The Andrew Marr Show.
"La perspective de collaborer avec (le chef du parti europhobe Ukip) Nigel Farage et (l'ex-député) George Galloway et de faire un saut dans l'inconnu n'est pas la bonne voie pour notre pays", a-t-il ajouté, en référence à ces deux responsables politiques plus ou moins marginalisés, figures de proue de la campagne pro-Brexit.
Le bouillonnant et populaire maire de Londres, lui aussi conservateur et candidat à la succession de David Cameron, laisse planer le suspense sur sa position pendant la campagne du référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE, qui se tiendra le 23 juin. Il devrait communiquer sa décision dans la soirée de dimanche.
Sa popularitĂ© donnerait du lustre Ă la campagne pro-Brexit, qui a pour l'instant Ă©tĂ© rejointe par cinq ministres et une secrĂ©taire d'Ătat du gouvernement conservateur, dont le titulaire du portefeuille de la Justice, Michael Gove, ami personnel de Cameron.
Le Premier ministre a quatre mois pour convaincre ses compatriotes du bien-fondé de l'accord qu'il a négocié jeudi et vendredi à Bruxelles pour renforcer le "statut spécial" du Royaume-Uni dans l'UE.
Selon le premier sondage réalisé depuis l'accord pour le Mail on Sunday, 48% des Britanniques interrogés ne veulent pas quitter l'UE, 33% sont pro-Brexit et 19% sont encore indécis.
Avec ce rĂ©fĂ©rendum, David Cameron joue sa place dans l'Histoire, d'autant plus qu'un Brexit provoquerait l'organisation d'un nouveau rĂ©fĂ©rendum sur l'indĂ©pendance de l'Ăcosse, comme l'a rappelĂ© dimanche la PremiĂšre ministre Ă©cossaise Nicola Sturgeon.
"Si nous sortons de l'Union européenne, cela déclencherait une demande pour un second référendum sur l'indépendance", a-t-elle indiqué lors d'une interview sur The Andrew Marr Show. Lors du premier référendum organisé en septembre 2014, le Non à l'indépendance l'avait emporté à 55% des voix.
- "Illusion de souveraineté" -
Conscient des enjeux, David Cameron a lancé toutes ses forces dans la bataille dimanche, profitant de ce programme sur la BBC, trÚs regardé, pour attaquer frontalement le camp des pro-Brexit, qui arguent que le Royaume-Uni serait plus souverain en dehors du bloc des 28.
"La souverainetĂ© signifie ĂȘtre vraiment en mesure de faire les choses", a-t-il dĂ©clarĂ©. "Si vous ne pouvez pas obtenir l'accĂšs au marchĂ© unique pour vos entreprises, si vous ne pouvez pas assurer la sĂ©curitĂ© des gens (...), alors vous ĂȘtes moins maĂźtre de votre destin."
En quittant l'UE, le Royaume-Uni n'aura qu'une "illusion de souveraineté", a martelé le dirigeant, annonçant le dépÎt prochain d'un projet de loi visant à protéger la souveraineté du Parlement britannique.
"Si nous partons, ce sont potentiellement sept années d'incertitudes, et à la fin de ce processus, aucune garantie que nos entreprises auront un accÚs complet au marché" européen, a encore prévenu M. Cameron, citant l'exemple des négociations UE-Canada.
Et si le Royaume-Uni parvient à conserver l'accÚs au marché unique, il devra non seulement accepter les rÚgles de ce marché sans avoir un droit de regard sur elles, mais il devra aussi accepter la libre circulation des personnes et contribuer au budget européen, a rappelé David Cameron.
Par Camille BOUISSOU - © 2016 AFP


