Commémoration

Gironde: il y a 70 ans, "l'incendie du siĂšcle" aux 82 morts

  • PubliĂ© le 16 aoĂ»t 2019 Ă  11:31
  • ActualisĂ© le 16 aoĂ»t 2019 Ă  11:40
Photo prise le 22 août 1949 du gigantesque incendie dans le massif forestier des Landes de Gascogne qui fit 82 morts en Gironde

Eté et sécheresse, dans le massif forestier des Landes de Gascogne, ravivent toujours la vigilance incendie.

Et le souvenir de 1949, quand une "tornade de feu" fit 82 morts Ă  Cestas (Gironde), incendie de forĂȘt le plus meurtrier en France, qui allait engendrer, dans le Sud-Ouest, une prĂ©vention aujourd'hui exemplaire.
"A 15H00, il faisait noir comme en pleine nuit. Comme des nuages trÚs, trÚs bas, mais de fumée... A Bordeaux (30 km au nord), des cendres retombaient en ville. Et sur la route, les gens fuyaient à pied, à vélo, en voiture... Comme l'exode de la guerre".

Christian Giraudeau fait encore des rĂȘves de ce 20 aoĂ»t 1949. Il revoit ses deux copains de classe, 14 ans comme lui, qui pĂ©rirent dans les flammes. Car Ă  l'Ă©poque, quand sonnait le tocsin de l'Ă©glise, chaque homme valide "se portait au feu" avec les moyens du bord. Seaux, pelles, citernes Ă  cheval, et surtout des tĂȘtes de jeunes pins coupĂ©s, pour taper sur les flammes, les Ă©touffer. Et quelques camions GMC laissĂ©s par les GIs.

D'ailleurs ce samedi-là, ce feu parti la veille, semble-t-il d'un mégot dans la cabane d'un gardien de scierie, "brûlait gentiment, n'était pas méchant". GuÚre plus que les centaines de feux chaque été en Gironde. Des contrefeux, comme souvent à l'époque, furent allumés. Et tout à coup, à 15H15, heure figée sur les montres des morts...

- "Chacun sauvait sa peau" -

"Ca a Ă©tĂ© une tornade. Le feu a pris partout, il y a eu un vent violent, tout le monde s'est dispersĂ©", se souvient Christian, les yeux figĂ©s en revivant son sprint d'un km sur la piste forestiĂšre. "Je me vois prĂšs de la route. Il me restait peut-ĂȘtre 50 m, je ne pensais pas y arriver car il y avait des arbres qui s'arrachaient en flammes, la fumĂ©e... Heureusement Ă  l'Ă©poque, je faisais du cross, j'avais Ă©tĂ© champion de Gironde en scolaires".

"On ne s'attendait pas les uns les autres, chacun sauvait sa peau... C'était un véritable mur de feu, les flammes montaient au dessus des pins (environ 30 m, NDLR). On ne peut pas décrire, c'était apocalyptique !", se remémore Henri Laffargue, 92 ans. Quand il prit son vélo pour aller sauver ce qu'il pouvait chez lui, à 3 km, le feu y arrivait déjà. "Ca devait aller à 15 km/h. Bien plus, ont dit certains !"

Que se passa-t-il ? Un "cocktail lĂ©tal", avec brusque changement de vent Ă  180 degrĂ©s, une vĂ©gĂ©tation prĂȘte Ă  l'embrasement par deux annĂ©es de sĂ©cheresse exceptionnelle ? Plusieurs feux qui se rejoignirent ? Des contrefeux Ă  mauvais escient ? Un peu de tout cela.
Le feu de 1949, analyse le commandant Sébastien Castel, du Service départemental d'Incendie et de secours (SDIS) de Gironde et féru d'histoire, "a été attesté comme un des premiers cas +d'embrasement généralisé éclair+ à ciel ouvert", phénomÚne qui se produit généralement en espace clos.

- "Une combustion comme une explosion" -

C'est le "flash over", explique l'officier: "les fumées atteignent leur température d'auto-inflammation, et l'ensemble des fumées, des poches d'essence végétale, s'embrasent d'un coup, et les gens se trouvent +pris+ par le feu. C'est une combustion qui est comme une explosion, tellement elle se propage vite". Des témoins assurÚrent d'ailleurs avoir entendu une explosion.

"C'était une vision dantesque, écrira le maire-adjoint de Cestas d'alors, Henri Verdery. Le feu prenait en des milliers de foyers à la fois, à 1.000 ou 1.500 mÚtres du feu" du fait des flammÚches projetées, de sautes de feu. "Des rubans de feu montaient à 100 m de hauteur". Des granges, en plein milieu des prés, s'enflammaient toutes seules, par le rayonnement thermique ou les projections.

Cestas perdit ce jour-lĂ  16 habitants, sa voisine CanĂ©jan, 29 - "presque un mort par maison". Et les appelĂ©s du 3e RĂ©giment d'artillerie de ChĂątellerault, des pioupious sans vĂ©cu du feu dĂ©pĂȘchĂ©s en renfort, laissĂšrent 25 hommes. En six jours, quelque 52.000 hectares de forĂȘt partirent en fumĂ©e.

Cruelle ironie, un corps spĂ©cifique de Sapeurs pompiers forestiers professionnels venait d'ĂȘtre créé (1947), motivĂ© par une dure dĂ©cennie 1940 de sĂ©cheresses et de feux de forĂȘt. 1949 allait donner une "accĂ©lĂ©ration spectaculaire" Ă  la prĂ©vention, faisant de la plus grande forĂȘt cultivĂ©e d'Europe (prĂšs d'1 M ha) l'une des mieux entretenues (42.000 km de pistes, 5.000 points d'eau) et des plus sĂ©curisĂ©es, malgrĂ© un record de dĂ©parts de feux: 1.500 environ par an, pour Ă  peine 1.800 ha brĂ»lĂ©s.

AFP

guest
0 Commentaires