Italie

Giuseppe Conte, "avocat du peuple", compose son gouvernement

  • PubliĂ© le 24 mai 2018 Ă  22:41
  • ActualisĂ© le 25 mai 2018 Ă  05:47
Giuseppe Conte, à l'issue d'une rencontre avec le président italien Sergio Mattarella, le 23 mai 2018 à Rome

Giuseppe Conte, chargĂ© de former le prochain gouvernement italien, a entamĂ© jeudi des consultations pour composer son Ă©quipe, qui fait l'objet d'Ăąpres nĂ©gociations entre le Mouvement 5 Ă©toiles (M5S, antisystĂšme) et la Ligue (extrĂȘme droite).


"Je vais dédier toute la journée de demain (vendredi) à élaborer une proposition de gouvernement à soumettre au président de la République, les ministres que je proposerai seront des politiques", a commenté le futur Premier ministre italien, jeudi soir, aprÚs avoir rencontré des élus de tous les partis représentés au Parlement, dont les dirigeants de la Ligue et du M5S.

Son dernier rendez-vous de la soirĂ©e Ă©tait avec une dĂ©lĂ©gation d'Ă©pargnants victimes de faillites bancaires. "Ces personnes ont le droit d'ĂȘtre entendues par les institutions", a soulignĂ© devant la presse M. Conte, en notant que "la protection" de l'Ă©pargne serait l'une de ses prioritĂ©s. Selon les mĂ©dias, il pourrait prĂ©senter dĂšs vendredi sa liste au prĂ©sident Sergio Mattarella, qui a le pouvoir de nommer les ministres. L'Ă©quipe prĂȘtera ensuite serment avant de se prĂ©senter devant le Parlement pour un vote de confiance.
Mercredi, M. Mattarella a désigné cet avocat et professeur de droit de 53 ans, novice en politique, sur lequel le M5S et la Ligue se sont accordés parce que chacun refusait qu'un poids-lourd de l'autre camp prenne la place.

Selon les mĂ©dias, Matteo Salvini, patron de la Ligue, devrait devenir ministre de l'IntĂ©rieur, tandis que Luigi Di Maio, chef de file du M5S, prendrait la tĂȘte d'un grand ministĂšre du DĂ©veloppement Ă©conomique. Le nom qui pose le plus de problĂšmes est celui que la Ligue dĂ©fend pour l'Economie: Paolo Savona, un ancien ministre de 81 ans, vieux routier des milieux financiers aux positions critiques sur l'Ă©volution de l'UE et sur l'euro.

- "Dialogue avec l'UE" -

DĂ©jĂ  peu convaincu de l'autoritĂ© de M. Conte face aux poids-lourds politiques qui seront ses ministres, M. Mattarella, garant du respect des traitĂ©s internationaux et Ă©lu par un Parlement alors dominĂ© par le centre gauche, tient Ă  ce que l'Italie respecte ses engagements europĂ©ens. M. Savona est "une personnalitĂ© Ă©minente, reconnue, apprĂ©ciĂ©e", a affirmĂ© M. Salvini jeudi sur Facebook, le disant "disposĂ©, fort de son autoritĂ© et de sa connaissance, Ă  aller aux rendez-vous europĂ©ens non pas pour tout mettre sens dessus dessous mais pour reconstruire, pour remettre en marche un moteur qui sinon reste Ă  l'arrĂȘt".

A l'issue d'un entretien de deux heures mercredi avec M. Mattarella, M. Conte avait toutefois évoqué sa volonté de "dialogue" avec les institutions européennes. "Je suis conscient de la nécessité de confirmer la place de l'Italie en Europe et dans le monde", a-t-il déclaré, dans un passage suggéré par le président selon nombre de commentateurs.

Mais il a aussi promis d'appliquer le programme commun, résolument anti-austérité et sécuritaire, négocié par le M5S et la Ligue. "Là, dehors, il y a un pays qui attend la naissance d'un gouvernement du changement", a-t-il déclaré, en se proposant de devenir "l'avocat de la défense du peuple italien".
Le programme commun M5S/Ligue tourne le dos à l'austérité et promet de combler les déficits avec une politique de croissance tous azimuts. De quoi préoccuper la commission européenne, dont le commissaire aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a appelé mercredi l'Italie à apporter "une réponse crédible" sur sa colossale dette publique.

- "Bon signal" -

L'heure Ă©tait toutefois Ă  la dĂ©tente jeudi Ă  Bruxelles, oĂč les ministres allemand et français des Finances, Olaf Scholz et Bruno Le Maire, ont saluĂ© la volontĂ© du nouveau chef du gouvernement italien de respecter les rĂšgles europĂ©ennes. "C'est un trĂšs bon signal que le futur prĂ©sident du conseil italien se soit exprimĂ© de maniĂšre pro-europĂ©enne, qu'il ait dit qu'il veut, avec son gouvernement, s'en tenir aux rĂšgles europĂ©ennes", a dit M. Scholz.

Et M. Le Maire d'abonder: "Nous avons tous noté de maniÚre positive les premiÚres déclarations du président du conseil italien qui s'est engagé justement à respecter les rÚgles européennes". La Bourse de Milan a clÎturé en baisse de 0,71%, tandis que le spread, l'écart entre les taux d'emprunt italien et allemand à dix ans, était de 191 points de base aprÚs avoir frÎlé les 200 points mercredi.

En Hongrie, pays dirigé par le national-conservateur Viktor Orban, le quotidien Magyar Idok (proche du pouvoir) voyait d'un bon oeil l'arrivée du nouvel exécutif italien, estimant qu'il "ne pouvait pas faire de mal dans la bataille contre Bruxelles et dans la course aux élections européennes de 2019".

AFP

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