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Grande-Bretagne: les restaurants gastronomiques sabrent leur carte

  • PubliĂ© le 3 fĂ©vrier 2016 Ă  21:43
Le chef suédois Mikael Jonsson, le 27 janvier 2016 à Chiswick dans l'ouest de Londres

Dans un souci de liberté mais aussi pour mettre fin au gùchis, la crÚme de la restauration britannique prend l'habitude de n'offrir qu'un choix limité de plats à ses clients, voire pas de choix du tout.


"C'est nous qui faisons le choix", dit Mikael Jonsson, chef du Hedone, installé dans le quartier paisible de Chiswick, dans l'ouest de Londres.
Le Suédois de 49 ans a pris cette décision l'été dernier, aprÚs quatre ans à observer le comportement de sa clientÚle.
"De plus en plus de clients réguliers ne voulaient pas voir la carte et souhaitaient un menu personnalisé composé par mes soins", raconte-t-il dans la salle de son restaurant. Il affiche une étoile au guide Michelin depuis 2012, soit un an aprÚs son ouverture, et figure au classement mondial des "50 Best restaurants" depuis 2013.
"Certains souhaitaient la surprise, d'autres ne savaient pas quoi commander." Alors désormais il décide à leur place, non sans avoir auparavant sondé leurs goûts au moment de la réservation.
D'un point de vue personnel, "c'est super intéressant de travailler comme ça, affirme-t-il. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas".
Pour préparer les sept à dix plats différents qu'il propose chaque soir, tout dépend du marché du jour. Ce qui lui permet de miser encore davantage sur la qualité et d'offrir des produits rares.
"Si on a du bar à la carte et qu'elle n'est renouvelée que tous les deux mois, il est impossible d'offrir un bar d'exception tous les jours. Maintenant si je ne trouve pas le bar que je veux, je propose un turbot ou un autre poisson", dit-il. "Je peux aussi me permettre de servir de la bécasse à une table et du liÚvre à une autre parce que je n'en aurai pas assez pour tous."
Autre avantage : il y a moins de pertes. "On sent la différence, surtout pour les produits de la mer et la pùtisserie qu'on peut désormais préparer à la derniÚre minute."
- "Économiquement intĂ©ressant" -
Hedone reflĂšte une tendance, constate William Drew, directeur des "50 Best", due Ă  la rencontre entre le dĂ©sir des convives d'ĂȘtre surpris Ă  une Ă©poque oĂč Instagram leur rĂ©vĂšle tout des plats qu'ils vont dĂ©guster avant mĂȘme d'avoir franchi la porte d'un restaurant, et l'intĂ©rĂȘt des restaurateurs.
"Pour les convives, l'idée est d'avoir une expérience sur mesure qui corresponde à leurs besoins mais, en pratique, cela offre aux chefs davantage de liberté, notamment concernant la disponibilité des ingrédients."
La tendance, observée également en France ou à New York, devrait rester cantonnée aux lieux qui attirent les passionnés de gastronomie, selon M. Drew. "Il faut gagner le droit de travailler ainsi, avoir une réputation qui fait que les convives font confiance au jugement du chef et son équipe."
Si les adresses se multiplient à Londres, comme le restaurant spécialisé dans les sushis Araki (deux étoiles au Michelin), qui propose un menu unique, ou l'Hibiscus (deux étoiles), qui a allégé sa carte du soir, la tendance essaime également hors de la capitale.
Le Checkers, à Montgomery, au pays de Galles, a ainsi décidé de ne servir que cinq à neuf plats par jour.
"Ce nouveau format permet à nos équipes en cuisine d'avoir davantage le contrÎle sur ce qu'ils préparent", explique Kathryn Francis, la directrice du restaurant une étoile au Michelin.
Il permet aussi d'Ă©viter la "frustration" de devoir jeter de la nourriture, souligne-t-elle car mĂȘme avec la meilleure volontĂ© du monde, avec un menu Ă  la carte "il y aura toujours des pertes".
Or, le gĂąchis passe de plus en plus mal et "les clients veulent savoir que nous sommes responsables", dit-elle.
Et c'est aussi Ă©conomiquement intĂ©ressant dans une profession oĂč les marges sont trĂšs serrĂ©es, souligne-t-elle. "Cela permet d'offrir le meilleur Ă  nos convives tout en gĂ©rant une affaire en bonne santĂ© et qui fait des bĂ©nĂ©fices."

Par Ouerdya AIT ABDELMALEK - © 2016 AFP
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