"Il nous faut" le Groenland, a affirmé mercredi le président américain Donald Trump, aprÚs la décision de Washington, saluée par le Danemark, de limiter la visite de sa délégation dans le territoire autonome danois.
"Je n'aime pas le dire comme ça, mais il va nous falloir" prendre possession de l'immense territoire arctique, a ajouté Donald Trump, deux jours avant la visite du vice-président JD Vance au Groenland.
Des déclarations qui risquent d'attiser la colÚre du gouvernement groenlandais et du Danemark, qui avaient déjà vivement critiqué l'arrivée non sollicitée d'une délégation de haut niveau avec la venue annoncée de l'épouse de JD Vance, pour une course de chiens de traineaux, le déploiement d'une avant-garde de sécurité avec véhicules blindés à Nuuk ou encore la possible visite du conseiller à la sécurité nationale Mike Waltz.
Ils semblaient avoir obtenu gain de cause, avec l'annonce par JD Vance qu'il se rendrait uniquement sur la base militaire de Pituffik. La diplomatie danoise a salué un revirement américain et précisé qu'il n'était plus question de déplacement ailleurs dans le territoire autonome danois.
"Je pense qu'il est trÚs positif que les Américains annulent leur visite auprÚs de la société groenlandaise. A la place, ils visiteront leur propre base, Pituffik, et nous n'avons rien contre", a déclaré à la radio DR le ministre danois des Affaires étrangÚres Lars LÞkke Rasmussen.
"Les voitures (de la dĂ©lĂ©gation amĂ©ricaine, ndlr) qui ont Ă©tĂ© livrĂ©es il y a quelques jours sont en train d'ĂȘtre ramenĂ©es Ă la maison, et l'Ă©pouse du vice-prĂ©sident amĂ©ricain et son conseiller en matiĂšre de sĂ©curitĂ© ne feront pas de visite dans la sociĂ©tĂ© groenlandaise", a-t-il prĂ©cisĂ©.
"L'affaire est en train d'ĂȘtre bouclĂ©e, et c'est positif", s'est fĂ©licitĂ© M. LĂžkke.
"Je suis le ministre des Affaires étrangÚres, je dois donc parler de maniÚre diplomatique, mais à bien des égards, il s'agit d'une pirouette magistrale pour faire croire à une escalade alors qu'il s'agit en réalité d'une désescalade", selon lui.
Le Premier ministre sortant groenlandais Mute Egede avait dénoncé lundi une "ingérence étrangÚre" et le gouvernement par intérim avait rappelé qu'il ne pouvait y avoir d'invitation ni de rencontre officielle, faute d'exécutif en place.
Depuis les législatives du 11 mars, le Groenland est en pleines négociations en vue de former une coalition gouvernementale.
La PremiÚre ministre danoise Mette Frederiksen avait critiqué une "pression inacceptable" sur le Groenland et le Danemark, et promis d'y résister.
- "Sécurité de l'Arctique" -
JD Vance ira vendredi sur cette base de la branche de l'armĂ©e amĂ©ricaine dĂ©diĂ©e Ă l'espace, "pour ĂȘtre informĂ© des sujets liĂ©s Ă la sĂ©curitĂ© de l'Arctique" et rencontrer les troupes, ont indiquĂ© mardi ses services.
La base de Pituffik "sert Ă la dĂ©tection de dĂ©part de missile, la dĂ©fense antimissile et les missions de surveillance de l'espace", prĂ©cise la vice-prĂ©sidence amĂ©ricaine. Donald Trump justifie son intĂ©rĂȘt pour le Groenland par la nĂ©cessitĂ© d'y renforcer "la sĂ©curitĂ© internationale".
Marc Jacobsen, maßtre de conférence au College royal de Défense danois a estimé que la décision de limiter la visite de JD Vance constituait "une désescalade".
"Le fait que les autoritĂ©s groenlandaises et danoises vous disent que vous n'ĂȘtes pas les bienvenus est significatif", a-t-il dit Ă l'AFP.
"Le risque d'une couverture nĂ©gative dans les mĂ©dias et les rĂ©seaux sociaux a peut-ĂȘtre encore plus pesĂ©", a-t-il ajoutĂ©, rappelant qu'une manifestation Ă©tait annoncĂ©e Ă Sisimiut, aprĂšs une premiĂšre manifestation anti-amĂ©ricaine dans la capitale Nuuk le 15 mars.
Sur le fond, le spĂ©cialiste a estimĂ© que le seul pays qui menace le Groenland Ă©tait les Etats-Unis. "La Chine ou la Russie (..) n'ont aucun intĂ©rĂȘt Ă attaquer le Groenland", a-t-il dit, et ils n'y ont "aucune activitĂ©" actuellement.
Depuis décembre et les premiÚres annonces de Donald Trump sur son intention d'acquérir l'immense ßle arctique, sa classe politique a souligné qu'elle n'était pas à vendre, mais "ouverte aux affaires".
Dans un sondage réalisé fin janvier, la population groenlandaise s'est dite massivement opposée à l'idée d'un rattachement à Washington.
Territoire grand comme quatre fois la France, le Groenland attise les convoitises sur ses supposées richesses minérales, trÚs largement inexploitées.
 AFP
