Le secrétaire général de l'ONU en déplacement

Guterres Ă  Boutcha et Irpin, Moscou poursuit son offensive en Ukraine

  • PubliĂ© le 28 avril 2022 Ă  06:30
  • ActualisĂ© le 28 avril 2022 Ă  07:25
Des enfants ukrainiens jouent dans un abri souterrain dans l'usine d'Ostchem, Ă  Severodonetsk, dans l'est de l'Ukraine, le 27 avril 2022

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres se rend jeudi dans la banlieue de Kiev, à Boutcha, Irpin et Borodianka, théùtres d'exactions imputées à l'armée russe par les Ukrainiens, tandis que Moscou poursuit son offensive dans l'est et le sud de l'Ukraine.

Kiev accuse les forces russes d'avoir commis des massacres aprĂšs la dĂ©couverte de dizaines de cadavres portant des vĂȘtements civils dans ces localitĂ©s occupĂ©es puis abandonnĂ©es par l'armĂ©e russe.

Le 2 avril, à Boutcha, des journalistes de l'AFP ont découvert l'horreur: une rue jonchée de cadavres. Et l'ONU a documenté le "meurtre, y compris certains par exécution sommaire", de 50 civils, aprÚs une mission dans la ville.

Mercredi, les députés canadiens ont adopté une motion condamnant les "actes de génocide contre le peuple ukrainien" menés par la Russie et affirmant qu'il existe "des preuves claires et abondantes de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité systématiques et massifs".

Le chef des Nations unies est arrivĂ© en Ukraine en provenance de Moscou oĂč il a plaidĂ© auprĂšs de Vladimir Poutine pour un cessez-le-feu "dans les plus brefs dĂ©lais". Il s'est Ă©galement dit "prĂ©occupĂ© par les rapports rĂ©pĂ©tĂ©s faisant Ă©tat de possibles crimes de guerre", jugeant qu'ils "requiĂšrent une enquĂȘte indĂ©pendante".

- "Chantage russe" -

De son cÎté, l'Union européenne a accusé mercredi la Russie de "chantage" aprÚs qu'elle eut cessé la fourniture de gaz à la Pologne et à la Bulgarie tandis que les Occidentaux poursuivent leurs efforts pour armer les Ukrainiens face à la Russie.

La Grande-Bretagne a appelé mercredi les aliés de l'Ukraine à faire preuve de "courage" en augmentant leur aide militaire, arguant que la guerre en Ukraine était "notre guerre" et la victoire de Kiev un "impératif stratégique pour nous tous". "Armes lourdes, chars, avions - creuser dans nos stocks, accélérer la production, nous devons faire tout ça", a lancé mercredi soir dans un discours à Londres la cheffe de la diplomatie britannique Liz Truss.

Le président russe Vladimir Putine a de son cÎté à nouveau mis en garde contre toute intervention extérieure dans le conflit en Ukraine, promettant une riposte "rapide et foudroyante".

Moscou s'efforce en attendant de cibler cette aide militaire et le ministÚre russe de la Défense a affirmé mercredi que "des hangars avec une grande quantité d'armes et de munitions étrangÚres, livrées aux forces ukrainiennes par les Etats-Unis et des pays européens, avaient été détruits avec des missiles Kalibr tirés de la mer sur l'usine d'aluminium de Zaporojie", dans le sud de l'Ukraine.

Le gouverneur de cette région a cependant apporté un ferme démenti: "Aucun dépÎt de munitions et d'armes n'a été touché à Zaporojie", a-t-il rétorqué, martelant que l'usine atteinte "n'était plus opérationnelle depuis six ans".

Les troupes russes bombardent aussi ponts et voies ferrées pour ralentir les livraisons d'armes occidentales à l'Ukraine, avait expliqué mardi un conseiller du ministre ukrainien de l'Intérieur, aprÚs la destruction d'un pont stratégique reliant ce pays à la Roumanie.

- Poursuite de l'offensive russe -

Les forces russes, qui intensifient depuis deux semaines leur offensive sur le Donbass, ont annoncé mercredi avoir effectué des frappes aériennes sur 59 cibles ukrainiennes.

ParallÚlement, l'armée ukrainienne a, fait rare de sa part, reconnu des avancées russes dans l'est, dans la région de Kharkiv et dans le Donbass, un bassin minier en partie contrÎlé par des séparatistes prorusses depuis 2014.

Kiev a admis que les Russes avaient pris des localitĂ©s s'Ă©grenant du nord au sud, laissant penser que Moscou veut prendre en Ă©tau une large poche encore aux mains des Ukrainiens. "Nous avons des semaines extrĂȘmement difficiles Ă  venir", a prĂ©venu dans un communiquĂ© mercredi le ministre ukrainien de la DĂ©fense, OleksiĂŻ Reznikov.

Selon lui, l'armée russe, "déjà consciente de sa défaite stratégique, va tenter d'infliger le plus de souffrances possibles" aux soldats ukrainiens qu'il a exhortés à "tenir le coup".

A Kherson (sud) -- premiĂšre grande ville dont se sont emparĂ© les forces russes aprĂšs leur invasion de l'Ukraine lancĂ©e le 24 fĂ©vrier --, "les occupants ont lancĂ© des grenades lacrymogĂšnes contre des manifestants ukrainiens qui scandaient +Kherson est l'Ukraineš+!", a indiquĂ© l'armĂ©e ukrainienne dans un communiquĂ©. Des manifestants "ont Ă©tĂ© blessĂ©s et interpelĂ©s", a ajoutĂ© la mĂȘme source sans fournir davantage de dĂ©tails.

- "Sauvez la garnison de Marioupol" -

A Kharkiv, dont les quartiers nord et est sont à moins de 5 km de la ligne de front, au moins trois personnes ont péri et 15 ont été blessées dans des bombardements, a déclaré le gouverneur Oleg Synegoubov.

A la pointe sud du Donbass, dans la ville portuaire stratégique de Marioupol, assiégée et dévastée, "l'ennemi bombarde massivement et bloque nos unités prÚs de l'usine d'Azovstal", a affrimé de son cÎté le ministÚre ukrainien de la Défense dns son rapport quotidien.

Le commandant de la 36e Brigade des Marines de Marioupol, Sergueï Volyna, a lancé un nouvel appel à l'aide, soulignant avoir avec lui 600 soldats blessés et des centaines de civils. "Mon message aujourd'hui est: sauvez la garnison de Marioupol, menez pour nous une opération d'exfiltration. Les gens vont simplement mourir ici (...) les civils meurent avec nous (...) la ville est quasiment effacée de la surface de la Terre", a-t-il imploré dans un message relayé sur Telegram.

Selon le conseiller prĂ©sidentiel ukrainien Oleksiy Arestovich, "les efforts des envahisseurs russes sont concentrĂ©s autour de Slovyansk, Kramatorsk et Mariupol" oĂč ils tentent de dĂ©loger les militaires ukrainiens barricadĂ©s dans le complexe mĂ©tallurgique d'Azovstal et oĂč se trouvent Ă©galement des centaines de civils.

Des efforts sont déployés, a-t-il assuré, pour "contraindre Vladimir Poutine à les relùcher". "Les civils d'abord, mais nous travaillons aussi pour évacuer nos soldats", a-t-il souligné.

- L'UE "unie et solidaire" face Ă  l'arme russe du gaz -

Sur le terrain économique, le groupe russe Gazprom a annoncé mercredi avoir suspendu toutes ses livraisons de gaz à la Bulgarie et à la Pologne, assurant que ces deux pays n'avaient pas payé en roubles, comme l'exige depuis mars Vladimir Poutine.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a dénoncé un "chantage au gaz" et affirmé que ces deux pays membres de l'UE et de l'Otan, trÚs dépendants du gaz russe, étaient désormais approvisionnés "par leurs voisins de l'Union européenne".

Les ministres européens en charge de l'énergie se réuniront lundi 2 mai en "session extraordinaire", a annoncé mercredi soir la ministre française en charge de la Transition écologique, Barbara Pompili.

Ces Ă©vĂ©nements surviennent Ă  un moment oĂč de nombreuses chancelleries s'inquiĂštent du risque d'extension du conflit, aprĂšs une sĂ©rie d'explosions, attribuĂ©es par Kiev Ă  Moscou, dans la rĂ©gion sĂ©paratiste prorusse de Transdniestrie, en Moldavie. "Nous condamnons fermement de telles actions. Les autoritĂ©s moldaves veilleront Ă  empĂȘcher la rĂ©publique d'ĂȘtre entraĂźnĂ©e dans un conflit", avait dĂ©clarĂ© mardi la prĂ©sidente moldave MaĂŻa Sandu, exhortant la population au calme.

Mercredi, les autorités de ce territoire séparatiste ont déclaré qu'un village frontalier hébergeant un important dépÎt de munitions de l'armée russe avait été la cible de tirs en provenance d'Ukraine.

Pour venir en aide Ă  l'Ukraine, la Commission europĂ©enne a proposĂ© mercredi de suspendre pendant un an tous les droits de douane sur les produits importĂ©s de ce pays dans l'UE. La proposition doit encore ĂȘtre approuvĂ©e par le Parlement europĂ©en et les 27 Etats membres.

Le président Volodymir Zelensky a salué la proposition ajoutant que la Russie "tente de provoquer une crise mondiale des prix" et le "chaos" sur le marché alimentaire mondial.

Le prĂ©sident ukrainien a Ă©galement indiquĂ© mercredi sur Twitter s'ĂȘtre entretenu avec son homologue indonĂ©sien qui l'a invitĂ© au sommet G20, Ă  Bali, en novembre.

AFP

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