Redresseur de torts à la fois tendre et féroce, Guy Bedos, décédé jeudi à l'ùge de 85 ans, était un comique-citoyen engagé à gauche, pas toujours charitable avec sa famille de pensée, qui s'était aussi illustré au cinéma et au théùtre.
"Je me sens d'abord humoriste et satiriste. C'est ça ma religion. Donc libre de toute espÚce de laisse qui pourrait me tenir. Je veux pouvoir tout dire, y compris des conneries", disait-il de sa voix rauque.
Un demi-siĂšcle aprĂšs ses dĂ©buts, il a fait ses adieux au one-man-show, Ă l'Olympia, en 2013. Mais il a continuĂ© Ă faire du théùtre. Sa longĂ©vitĂ©, il l'expliquait ainsi Ă "LibĂ©ration" : "Je pense, par ma rĂ©sistance affichĂ©e Ă tous les pouvoirs, ĂȘtre devenu un porte-parole". Il adorait jouer les Ă©ditorialistes, muni de ses fameuses fiches, exerçant sa verve contre la famille Le Pen, ses gibiers de choix, mais aussi Nicolas Sarkozy, Jean-François CopĂ©, Nadine Morano - qui le poursuivit pour diffamation mais perdit son procĂšs en 2015 -, ou François Hollande et Manuel Valls.
Car, au fil des ans, le défenseur des sans-papiers (il manifestait encore en faveur des migrants de Calais à 80 ans), l'admirateur du Camus de l'Algérie solaire et du combat pour les libertés, réservait ses piques les plus vachardes à son camp.
Petit gabarit aux cheveux devenus blancs, aux yeux noirs restĂ©s espiĂšgles, ce sniper appartenant Ă "la gauche couscous" canardait avec virulence "la gauche caviar" en prĂ©cisant : "je ne peux pas ĂȘtre déçu par la droite, vu que la droite, je m'en tape. Il n'y a que la gauche pour me dĂ©cevoir". Ceux qui ne l'aimaient pas le traitaient de "mĂ©chant" : "on m'a collĂ© cette rĂ©putation, ce que je rĂ©cuse. Je ne cherche pas Ă blesser Ă tout prix. Mais je peux ĂȘtre violent, oui", admettait-il.
Né le 15 juin 1934 à Alger, il connaßt une enfance difficile. AprÚs la séparation de ses parents, son beau-pÚre bat sa mÚre, laquelle frappe son fils en retour. Dans cet environnement sordide, l'enfant, qui développe des troubles obsessionnels compulsifs, se recroqueville, choqué par le traitement cruel que les colons, dont ses parents, réservent aux autochtones. Il déclarera avoir passé sa vie à expier les fautes du colonialisme.
LycĂ©en Ă Paris, oĂč sa famille s'est Ă©tablie en 1949, il entre Ă l'Ă©cole de théùtre de la rue Blanche. Son premier rĂŽle au cinĂ©ma, en 1955, est dans le bien nommĂ©, "Futures vedettes", de Marc AllĂ©gret. Il est aussi trĂšs prĂ©sent sur les planches.
En 1963, il monte ses premiers duos avec Sophie Daumier, qu'il Ă©pouse. Un sketch les rĂ©vĂšle au grand public : "La drague". Deux ans plus tard, c'est son premier music-hall, Ă Bobino, avec Barbara. La consĂ©cration vient en 1968 : il est cette fois seul sur scĂšne Ă Bobino. De cette Ă©poque, date son amitiĂ© avec le scĂ©nariste Jean-Loup Dabadie, dĂ©cĂ©dĂ© dimanche, qui a notamment Ă©crit pour lui le cĂ©lĂšbre sketch "Bonne fĂȘte Paulette".
- Grand angoissé -
AprÚs sa séparation en 1977 avec sa femme, il reste trÚs demandé au cinéma. Ses plus grands succÚs sont "Un éléphant ça trompe énormément" (1976) et "Nous irons tous au paradis" (1977), d'Yves Robert. Il travaille aussi pour Marcel Carné, Claude Berri ou Patrice Chéreau. Plus tard, on le verra également dans des téléfilms populaires comme "Une famille pas comme les autres" ou "ChÚre Marianne".
Il se produit dans de nombreux spectacles comiques, dont il est l'auteur, passe au ZĂ©nith, triomphe Ă l'Olympia avec Muriel Robin. Ils obtiennent la Victoire 93 de l'humoriste. Carburant Ă l'hypocondrie, ce grand angoissĂ©, "camĂ© aux somnifĂšres", comme il le dit, met en scĂšne son propre matĂ©riau et laisse exploser son sale caractĂšre, son cynisme, la rage de son enfance, pour mieux s'en prendre Ă l'hypocrisie et Ă la bĂȘtise.
En 1993, il triomphe à Chaillot dans "La résistible ascension d'Arturo Ui" de Bertolt Brecht, mis en scÚne par JérÎme Savary.
Guy Bedos, qui partageait son temps entre Neuilly et la Corse, a Ă©crit une quinzaine de livres aux titres bien trouvĂ©s comme "Inconsolable et gai", "Journal d'un mĂ©galo", "ArrĂȘtez le monde, je veux descendre" ou le poignant "MĂ©moires d'outre-mĂšre".
Marié 3 fois - avec Karen Blanguernon, Sophie Daumier (décédée en 2003, des suites d'une maladie génétique rare) et Joëlle Bercot -, il est pÚre de 4 enfants, Leslie, Mélanie, Victoria et Nicolas.
C'est ce dernier, acteur, scĂ©nariste et humoriste, qui a annoncĂ© le dĂ©cĂšs de son pĂšre. "Il Ă©tait beau, il Ă©tait drĂŽle, il Ă©tait libre et courageux. Comme je suis fier de t'avoir eu pour pĂšre. Embrasse Desproges et Dabadie vu que vous ĂȘtes tous au paradis", a-t-il Ă©crit sur son compte Instagram.
AFP
