"Mesures disparates", "absence de vision": en dépit des "intentions affichées", la politique menée en faveur de l'emploi des personnes handicapées ne remplit toujours pas ses objectifs, estime la Cour des comptes dans un rapport publié lundi.
"MalgrĂ© un cadre lĂ©gislatif renforcĂ© depuis la loi de 2005 et une volontĂ© rĂ©affirmĂ©e de faire de lâemploi un levier central de lâinclusion", les rĂ©sultats "restent en retrait des objectifs fixĂ©s", estiment les magistrats financiers.
Le taux dâemploi des personnes en situation de handicap "progresse de maniĂšre limitĂ©e", passant de 37% Ă 39,3% entre 2005 et 2023, tandis que leur taux dâactivitĂ© "demeure stable" sur la mĂȘme pĂ©riode (de 44% Ă 44,8%).
En 2024, "seulement 35% des entreprises assujetties remplissent leur obligation dâemploi de travailleurs handicapĂ©s par lâemploi direct, tandis que 28% nâen emploient aucun".
En cause, selon les magistrats, une "superposition de mesures disparates", l'"absence dâune vision transversale" et un accompagnement "orientĂ© prioritairement" sur les plus grandes entreprises aux dĂ©pens des autres.
La mise en place de rĂ©fĂ©rents handicap se heurte, elle, "au dĂ©faut de cadre et de moyens dâagir", ajoute la Cour des comptes qui Ă©gratigne Ă©galement "les actions emblĂ©matiques (Semaine du handicap, DuoDay)" qui produisent selon elle "peu dâeffets structurels".
"La politique reste dominĂ©e par une logique de quotas et de compensation, alors que des progrĂšs en matiĂšre de transformation des environnements professionnels et dâĂ©galitĂ© de traitement sont nĂ©cessaires", peut-on encore lire.
Quant aux moyens publics consacrĂ©s Ă "lâinsertion en milieu ordinaire des personnes en situation de handicap" - estimĂ©s Ă 1,3 milliard d'euros - , ils sont "Ă©clatĂ©s", reposent "sur des circuits de financement peu lisibles et des logiques dâintervention qui manquent de cohĂ©rence stratĂ©gique".
Pour remĂ©dier Ă cette situation, la Cour des comptes recommande entre autres de "dĂ©finir les missions et moyens dâaction des rĂ©fĂ©rents handicap", d'assurer "un pilotage budgĂ©taire prĂ©cis" ou encore de dĂ©ployer une "offre unifiĂ©e dâinformation et de conseil pour accompagner les employeurs publics et privĂ©s".
Contactés par la Cour des comptes, aucun des trois ministÚres concernés (Travail, Handicap et Comptes publics) n'a donné suite.
En janvier 2025, la ministre dĂ©lĂ©guĂ©e chargĂ©e des Personnes handicapĂ©es Charlotte Parmentier-Lecocq avait estimĂ© que la loi Handicap de 2025 avait permis des "avancĂ©es significatives" tout en reconnaissant qu'il demeurait encore "des chantiers colossaux".Â
AFP
