Éducation

HarcĂšlement scolaire: des "cours d'empathie" pour les tout-petits

  • PubliĂ© le 6 octobre 2023 Ă  16:27
  • ActualisĂ© le 6 octobre 2023 Ă  16:31
Des élÚves participent à un "cours d'empathie", selon la méthode danoise "Fri for mobberi" ("libéré du harcÚlement) dans une école pilote de Saint-Ouen, le 4 octobre 2023 prÚs de Paris ( AFP / Thomas SAMSON )

"On ne doit pas trier les copains", réagit spontanément Arthur, 5 ans, lors d'un "cours d'empathie" dans une école pilote de Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis. Pour prévenir le harcÚlement scolaire, le gouvernement souhaite les généraliser, en s'inspirant du Danemark.

D'une valise colorée, l'animatrice extrait une peluche - "calinours", le confident à qui les enfants se confient - ainsi qu'une image, représentant un garçon en train de raturer le dessin de son camarade contrarié.

"Qu'est-ce que vous voyez?", demande Nadia Hadj-Salah aux enfants de grande section maternelle du groupe scolaire Nelson Mandela.

"Le garçon trouve que le dessin est moche donc il dessine sur sa feuille", dĂ©crit avec finesse Isaac. "C'est pas bien", estime sa camarade ElĂ©onore. "Moi j'aurais dit +arrĂȘte, c'est pas gentil+!", ajoute InĂšs qui confie avoir dĂ©jĂ  vĂ©cu cette situation.

Pendant vingt minutes, les élÚves vont ainsi commenter des images illustrant des scÚnes du quotidien et décortiquer leurs émotions.

"Un jouet arraché", "une tour cassée", "une bousculade", "un copain méchant"... Les enfants vont s'identifier aux personnages jusqu'à raconter leurs traumas vécus en crÚche et se souvenir des prénoms des élÚves qui les ont tourmentés.

Cette méthode, mise en place depuis une vingtaine d'années dans les pays scandinaves, les Danois l'appellent "Fri For Mobberi", signifiant "libéré du harcÚlement". Le ministre de l'Education Gabriel Attal a annoncé fin septembre sa généralisation en France à partir de la rentrée 2024.

"Le meilleur moyen de lutter contre le harcĂšlement, c’est de sensibiliser, d’expliquer, de prĂ©venir", avait dĂ©clarĂ© la PremiĂšre ministre Elisabeth Borne lors de l'annonce du plan interministĂ©riel pour lutter contre le harcĂšlement scolaire.

Depuis la rentrée 2022, ces cours de bienveillance sont expérimentés dans les écoles maternelles des cités éducatives de Saint-Ouen-sur-Seine et du XVIIIe arrondissement de Paris.

Les enseignants, Atsem (agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles), animateurs du périscolaire, directeurs de centres de loisirs ont suivi une formation théorique avec la Ligue de l'enseignement qui précise qu'au Danemark, 40% des crÚches et 60% des écoles maternelles utilisent cette méthode.

- "Libérer la parole" -

L'objectif du "Fri For Mobberi" est de crĂ©er une communautĂ© bienveillante d’enfants dans laquelle aucun membre ne peut se sentir exclu. La mĂ©thode est basĂ©e sur quatre valeurs : tolĂ©rance, respect, bienveillance, courage.

C'est Ă  la vue d'une scĂšne oĂč un enfant ne trouve personne Ă  qui donner la main dans un rang, qu'Arthur rĂ©agit en lançant "on ne doit pas trier les copains". Ses amis lui donnent tous raison.

Le cours d'empathie est considéré comme "un outil de plus" pour le personnel éducatif qui reçoit une valise contenant un ourson, mascotte qui représente les valeurs véhiculées par la méthode. On y trouve aussi un guide pour les professionnels, et des planches de conversation avec des illustrations de situations que les enfants peuvent rencontrer, afin de favoriser le dialogue.

"On travaille dĂ©jĂ  sur l'Ă©motion, c'est quelque chose qui se fait au quotidien avec les enfants bien avant l'arrivĂ©e de cette mallette", explique Nadia Hadj-Salah, animatrice depuis 27 ans. "Quand un enfant embĂȘte un autre, on va les regrouper, leur expliquer la situation, leur demander si c'est normal ou pas".

Pour Ayette Bounoua, responsable pédagogique pour la municipalité de Saint-Ouen, "cet outil va nous permettre de réinterroger nos pratiques quotidiennes en utilisant les mots clés des enfants et de les dédramatiser". Surtout cette méthode n'est pas "cantonnée aux enseignants mais à l'ensemble des adultes" y compris "bientÎt les employés de ménage", se réjouit Mme Bounoua.

"Plus on va dĂ©velopper d'outils, accompagner l’enfant dĂšs le plus jeune Ăąge, lui permettre de libĂ©rer la parole, plus on va lui donner confiance et les moyens d'exprimer ses Ă©motions, plus on va prĂ©venir du harcĂšlement", assure Mme Bounoua.

Pour le maire de Saint-Ouen (PS) Karim Bouamrane, le renforcement de lutte contre le harcĂšlement scolaire "va permettre Ă  nos enfants d'Ă©tudier et de s'Ă©panouir dans un environnement sĂ©curisant et bienveillant" et in fine "dĂ©mocratiser l’excellence Ă©ducative" dans la ville.

AFP

guest
0 Commentaires