Dans un mois, il quitte l'Elysée

Hollande: confidences d'un président en fin de mandat

  • PubliĂ© le 5 avril 2017 Ă  01:03
Le président français François Hollande, le 27 mars 2017 à Singapour

A la mi-mai, le portail de l'ÉlysĂ©e se refermera dĂ©finitivement derriĂšre lui, alors François Hollande le reconnaĂźt, ce sera un "choc" mais aussi la promesse d'une libertĂ© recouvrĂ©e.

DerniĂšres Marseillaises, derniers discours, derniers selfies, derniĂšre tournĂ©e au long cours... Le chef de l'État sortant s'est confiĂ© Ă  quelques journalistes dans les jardins de la rĂ©sidence de France, Ă  Kuala Lumpur, et il l'assure Ă  qui veut bien l'entendre: "Je n'ai pas peur du vide". François Hollande venait de s'exprimer devant la communautĂ© française qui l'Ă©coutait, pataugeant dans la boue, sous un dĂ©luge tropical, lointaine rĂ©miniscence de celui qui avait accompagnĂ© sa remontĂ©e des Champs-ÉlysĂ©e, cinq ans plus tĂŽt. La boucle est bouclĂ©e.

Que fera-t-il le jour d'aprĂšs? "Il n'y a pas de retraite", "pas de plan" mais "autre chose" et cet "autre chose" dĂ©pend "beaucoup du pays lui-mĂȘme, de ce qu'il y a comme possibilitĂ© de faire pour lui, pour moi", de "la vie politique", rĂ©pond-il. "Je ne sais pas ce que je vais faire" mais "je sais ce que je ne vais pas faire", enchaĂźne le prĂ©sident aprĂšs avoir dĂ©jĂ  prĂ©venu la veille Ă  Singapour qu'il ne se lancerait pas dans les affaires, comprendre, pas comme Nicolas Sarkozy, entrĂ© au conseil d'administration du groupe Accor.

Que faire alors? "Lire" et voyager "plus librement", en France plutĂŽt qu'Ă  l'Ă©tranger, "Ă©couter" ses compatriotes et "ĂȘtre pleinement moi-mĂȘme", libĂ©rĂ© de ses "obligations" prĂ©sidentielles quand "tout propos, tout geste, tout commentaire" est commentĂ©, dissĂ©quĂ©. Ne pas se prĂ©cipiter non plus pour s'exprimer sauf si une menace "trĂšs grave" planait sur la France. DĂ©jĂ , François Hollande parle de sa prĂ©sidence au passĂ©: "Vraiment, je suis trĂšs heureux d'avoir Ă©tĂ© prĂ©sident mĂȘme si ça a Ă©tĂ© une pĂ©riode trĂšs dure."

- "Encore plus dur" -

La nostalgie pointe. Il pense Ă  Jean-Yves Le Drian qui l'a accompagnĂ© de bout en bout et jusque dans cette tournĂ©e en Asie du Sud-Est, l'"ami" fidĂšle, le "meilleur ministre de la DĂ©fense depuis trĂšs longtemps". "Fier, je l'ai Ă©tĂ©, heureux dans certaines circonstances, quand des rĂ©sultats ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s, malheureux quand on a Ă©tĂ© sous les Ă©preuves", la crise de la zone euro, le chĂŽmage, les guerres et les attentats. "Rien n'a Ă©tĂ© simple dĂšs le dĂ©part..." "Le temps des prĂ©sidents est un temps difficile, partout, et va l'ĂȘtre encore parce que le monde est difficile et sera encore plus dur", augure-t-il.

Dans cette adversitĂ©, il se prend Ă  penser Ă  ses prĂ©dĂ©cesseurs, le gĂ©nĂ©ral de Gaulle qui a "connu la guerre d'AlgĂ©rie et Mai 68", Georges Pompidou, confrontĂ© Ă  "une tragĂ©die personnelle", la maladie qui devait l'emporter avant la fin de son mandat. Il pense aussi Ă  son successeur: "Si c'est un ancien ministre de ce gouvernement, c'est diffĂ©rent, une autre phase, mais ce n'est pas la mĂȘme chose que d'avoir un ancien opposant." De qui s'agit-il? BenoĂźt Hamon, le candidat du PS qu'il n'a pas adoubĂ©, ou Emmanuel Macron, son fils spirituel? Il ne le dira pas.

Mercredi soir, arrivĂ© au terme de sa tournĂ©e asiatique, il Ă©voque lui-mĂȘme devant les Français de Jakarta le "dernier dĂ©placement de mon quinquennat". Sa gorge se serre imperceptiblement. La salle bondĂ©e l'applaudit. Son discours s'Ă©tire. "Faites en sorte de porter l'espoir qui est le message de la RĂ©publique française", exhorte-t-il encore. La Marseillaise retentit. Il applaudit, geste inĂ©dit en ces circonstances. Son regard balaie l'auditoire comme s'il voulait fixer Ă  jamais ces images dans sa mĂ©moire.

Sa derniĂšre mission sera d'empĂȘcher la victoire du "populisme", du "nationalisme" et de "l'extrĂ©misme", bref du FN. Puis, entre les deux tours, il s'exprimerait avec cette mĂȘme volontĂ© de faire barrage Ă  l'extrĂȘme droite si la Marine Le Pen parvenait Ă  se qualifier. Comme en 2002 quand il avait appelĂ© Ă  voter Jacques Chirac contre Le Pen pĂšre.

AFP

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