François Hollande, "discret" mais "attentif et vigilant" aux soubresauts de l'actualité politique depuis son départ de l'Elysée, le 14 mai, rompt le silence vendredi soir avec un premier discours sur le thÚme de l'engagement.
L'ancien président de la République, dont la parole est restée rare jusqu'à présent -il a publié un communiqué, quelques tweets et donné une interview à la presse régionale- s'exprime à 21H00 au théùtre antique d'Arles (Bouches-du-RhÎne), dans le cadre de la 3e édition du sommet d'été des "Napoleons", communauté d'acteurs de l'innovation.
"Le thÚme de cette édition est l'engagement. DÚs que l'on a su que François Hollande allait présider la fondation La France s'engage, on a imaginé l'inviter", explique à l'AFP le cofondateur des Napoleons, Monder Abdennahder.
NĂ©e le 29 mars dans le sillage du projet du mĂȘme nom portĂ© par l'ancien ministre de la Ville Patrick Kanner, la fondation, basĂ©e Ă la Halle Freyssinet Ă Paris, a d'ores et dĂ©jĂ levĂ© environ vingt millions d'euros de financements sur cinq ans, auprĂšs notamment de Total, BNP, Kering et Andros, selon son prĂ©sident par intĂ©rim Martin Hirsh. Un directeur gĂ©nĂ©ral, Jean Saslawky, a Ă©tĂ© nommĂ© en avril.
En théorie, pas de message politique à attendre dans l'intervention de l'ancien président, qui a promis de s'astreindre à une période de réserve en quittant l'Elysée. Mais plusieurs de ses proches le soupçonnent de vouloir glisser quelques "messages subliminaux".
M. Hollande, qui a pris le 1er juin ses quartiers rue de Rivoli à Paris, n'a cessé ces derniÚres semaines de se tenir informé de l'actualité, et plus particuliÚrement des affres du PS, le parti qu'il a dirigé de 1997 à 2008.
"C'est un ancien président de la République qui n'aurait pas oublié ses réflexes de premier secrétaire. Il est toujours attentif et vigilant à ce qui se passe", s'amuse Patrick Kanner, qui "échange des textos" avec l'ex-président, et lui a rendu compte dans le détail des résultats des législatives dans sa région des Hauts-de-France.
Selon Stéphane Le Foll, qui l'a vu la semaine derniÚre, M. Hollande a "souffert comme d'autres des élections législatives, de ce qui s'est passé" -seuls 30 députés PS ont été élus le 18 juin, une débùcle électorale sans équivalent dans l'histoire du PS.
"Quand la mécanique est là , elle est implacable. C'est une mécanique qui faisait que les Français voulaient donner une majorité à Emmanuel Macron (...) C'est quelque chose qu'on n'avait pas anticipé, pas à ce point-là ", souligne ce fidÚle parmi les fidÚles.
- Il n'a pas tourné la page ? -
François Hollande se tient aussi "au courant" des pĂ©ripĂ©ties de la refondation du parti, qui s'est dotĂ© le 8 juillet d'une nouvelle direction collĂ©giale, mĂȘme si "cela ne veut pas dire qu'il interfĂšre", selon un proche.
"C'est quand mĂȘme Jean-Christophe CambadĂ©lis (l'encore premier secrĂ©taire, NDLR) qui a la main sur tout ça", note la sĂ©natrice "hollandaise" FrĂ©dĂ©rique Espagnac.
Pas si simple, selon une secrétaire nationale, qui affirme sous couvert d'anonymat que M. Hollande souhaiterait voir Najat-Vallaud-Belkacem succéder à M. Cambadélis à la faveur d'un CongrÚs en 2018.
L'ancien président de la République nourrit-il des ambitions personnelles pour la suite ? Pourrait-il songer à 2022 ? "Certains diront que c'est de la science-fiction, d'autres pourquoi pas, qu'autres qu'ils le souhaitent, je ne me prononce pas", dit M. Kanner, pour qui, au demeurant, il est "normal" que François Hollande "ne ferme pas la page". Il "n'a pas tourné la page de l'idée de la sociale-démocratie à la française", complÚte-t-il.
Un ancien secrétaire d'Etat l'assure: "François Hollande a vu Cambadélis et lui a dit: il n'y a pas de candidat social-démocrate, il en faut un, ce sera moi. Personne d'ici-là ne s'imposera".
Une perspective pas du goût de tous les socialistes. "Il faut tourner la page", a déclaré vendredi sur France2 Benoßt Hamon, bien décidé lui à peser dans le jeu politique, malgré son piteux score à la présidentielle (6,3%). La page "est tournée", estime lui aussi le président du groupe Nouvelle Gauche (ex-PS) à l'Assemblée, Olivier Faure.
AFP
