La police de Hong Kong a arrĂȘtĂ© jeudi cinq responsables du journal pro-dĂ©mocratie Apple Daily, dont son rĂ©dacteur en chef, lors de la seconde perquisition en moins d'un an de la salle de rĂ©daction de ce quotidien dans le viseur des autoritĂ©s.
Ces arrestations au nom de la drastique loi sur la sécurité nationale sont l'ultime coup porté contre le tabloïd du magnat Jimmy Lai, actuellement en détention pour avoir participé en 2019 à certaines manifestations pro-démocratie.
Plus de 500 policiers ont pris part jeudi au petit matin à cette opération en lien avec des articles publiés par l'Apple Daily "appelant à des sanctions" contre Hong Kong et les dirigeants chinois, selon la police.
Les cinq dirigeants ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s "pour collusion avec un pays Ă©tranger ou avec des Ă©lĂ©ments externes visant Ă mettre en danger la sĂ©curitĂ© nationale". "Tous sont des dirigeants d'Apple Daily. Ils connaissent donc trĂšs bien les activitĂ©s quotidiennes de l'entreprise", a affirmĂ© Ă la presse le commissaire principal Steve Li.
Selon lui, leurs fonctions font qu'ils sont "responsables du contenu, du style et des rĂšgles en matiĂšre de reportage".
La police a également annoncé que dix-huit millions de dollars de Hong Kong (2 millions d'euros) d'actifs détenus par Apple Daily avaient été gelés en vertu de la loi sur la sécurité nationale imposée en 2020 par Pékin.
Il s'agit de la premiÚre saisie d'actifs réalisée à Hong Kong visant une entreprise de presse. Le journal a diffusé en direct sur Facebook des vidéos montrant la descente de police. Sur ces images, des policiers apparaissent en train d'installer un périmÚtre de sécurité, de pénétrer dans le bùtiment, de perquisitionner la salle de rédaction et de s'intéresser de prÚs aux ordinateurs des journalistes.
- Mains attachées -
Les policiers, venus en nombre, "sont arrivĂ©s vers 7h00 (23H00 GMT mercredi, NDLR) ce matin, notre immeuble est assiĂ©gĂ©", a indiquĂ© un journaliste non identifiĂ©, entendu sur l'une des vidĂ©os. "Les policiers nous empĂȘchent d'utiliser une grande quantitĂ© de nos Ă©quipements. Mais nous pouvons encore conserver cette camĂ©ra qui diffuse en direct et notre site internet sera mis Ă jour", a poursuivi le journaliste.
La plupart des responsables du journal ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s Ă leurs domiciles avant d'ĂȘtre emmenĂ©s au journal. Le rĂ©dacteur en chef Ryan Law et le PDG Cheung Kim-hung ont Ă©tĂ© conduits dans le bĂątiment avec les mains attachĂ©es dans le dos.
Le média pro-démocratie en ligne Stand News a publié des photos de la porte défoncée du domicile de Chan Pui-man, adjoint de M. Law.
La Bourse de Hong Kong a annoncé dans la foulée la suspension des échanges d'actions de Next Digital, le groupe de médias de M. Lai. En un an, le climat politique s'est considérablement dégradé dans l'ancienne colonie britannique avec la répression implacable du mouvement pro-démocratie qui a mobilisé massivement dans les rues en 2019 la population contre les ingérences de Pékin.
L'instrument de cette reprise en main consiste en une loi draconienne sur la sécurité nationale imposée par Pékin ainsi qu'une réforme visant à s'assurer que seuls "des patriotes gouvernent Hong Kong".
Cette loi, qui prévoit des peines de prison à vie, s'attaque aux infractions relevant de la sécession, de la subversion, du terrorisme et de la collusion avec les forces étrangÚres. Dans les faits, sa formulation trÚs floue a permis de réprimer toute voix dissidente.
- Soutien indéfectible -
M. Lai, propriétaire du journal qu'il a créé en 1995, a été accusé de collusion aprÚs un premier raid mené en août. L'homme de 73 ans est derriÚre les barreaux à la suite de plusieurs condamnations pour avoir participé à des manifestations pro-démocratie.
L'Apple Daily a apporté un soutien indéfectible à ce mouvement depuis 2019. Pékin n'a jamais caché son désir de faire entrer ce journal dans le rang, ou au moins d'étouffer sa voix.
Les mĂ©dias officiels accusent rĂ©guliĂšrement M. Lai d'ĂȘtre un "traĂźtre" et d'ĂȘtre l'instigateur de l'immense mouvement de contestation. Et de hauts responsables du Parti communiste le considĂšrent comme coupable de crimes envers la sĂ©curitĂ© nationale.
La police a justifié par cette loi le gel en mai des comptes bancaires de M. Lai et de sa participation majoritaire dans le capital de Next Digital. C'était la premiÚre fois que cette législation était utilisée pour geler la participation d'un actionnaire majoritaire d'une société cotée en Bourse.
Jusqu'à jeudi, les autorités n'avaient jamais touché aux actifs du journal et il est impossible de savoir si Apple Daily sera toujours en mesure de payer ses salariés.
Plus d'une centaine de personnes ont été inculpées en vertu de la loi. Elles risquent la prison à vie si elles sont reconnues coupables et peu d'entre elles sont libérées sous caution.
De nombreuses puissances occidentales estiment que la reprise en main de Hong Kong par Pékin a mis fin au principe "Un pays, deux systÚmes" qui avait présidé à la rétrocession de l'ex-colonie britannique par Londres en 1997. Il devait garantir au territoire une trÚs large autonomie jusqu'en 2047.
Le rédacteur en chef de l'Apple Daily avait reconnu en mai à l'AFP que le journal était "en crise" depuis l'emprisonnement de son patron, assurant néanmoins que les journalistes étaient déterminés à continuer la publication.
Au cours d'une rĂ©cente discussion publique, des employĂ©s lui ont demandĂ© que faire s'il Ă©tait arrĂȘtĂ©. "Diffusez-le en direct", avait-il rĂ©pondu.
AFP



