Le Premier ministre cambodgien Hun Sen, 70 ans, a annoncé sa démission mercredi et passera la main à son fils aprÚs 38 ans au pouvoir.
Dimanche, dans un scrutin sans suspense en l'absence de toute opposition crédible, le Parti du peuple cambodgien (PPC) de Hun Sen a revendiqué un "raz-de-marée" raflant 82% des voix et préparant le terrain pour Hun Manet, le fils aßné du dirigeant, dans une succession à la nord-coréenne selon ses critiques.
"Je voudrais demander Ă la population de faire preuve de comprĂ©hension en annonçant que je ne resterai pas Premier ministre", a-t-il dĂ©clarĂ© lors d'une allocution diffusĂ©e Ă la tĂ©lĂ©vision d'Ătat, ajoutant que son fils Hun Manet, un gĂ©nĂ©ral de 45 ans, prendrait la tĂȘte du nouveau gouvernement.
A l'approche des élections, la liberté d'expression avait été largement étouffée avec la fermeture d'un des derniers médias indépendants, la lourde condamnation en mars du principal opposant, Kem Sokha, pour trahison et la modification de la loi électorale pour exclure de facto les opposants en exil des élections futures.
Le Parti de la bougie, seul rival crĂ©dible du Premier ministre, a Ă©tĂ© exclu de la course quelques semaines avant le vote pour ne pas s'ĂȘtre enregistrĂ© correctement auprĂšs de la commission Ă©lectorale.
Le PPC devrait conserver 120 des 125 siÚges de l'Assemblée nationale, 5 siÚges allant au petit parti royaliste autrefois au pouvoir Funcinpec, peu critique de Hun Sen.
La participation de 84,6% a montré "la maturité politique" du Cambodge, selon le gouvernement, mais les puissances occidentales, dont les Etats-Unis et l'Union européenne, ont qualifié ce scrutin de "ni libre, ni équitable".
- Influence chinoise croissante -
Cela fait un an et demi que Hun Sen suit la transmission du pouvoir à son fils, qui a joué un rÎle de premier plan dans la campagne pour le vote de dimanche.
Mais le dirigeant sortant a clairement fait savoir qu'il avait toujours l'intention d'exercer une influence, mĂȘme aprĂšs son dĂ©part, Ă©cartant ainsi l'idĂ©e que le pays puisse changer d'orientation.
Sous son rÚgne, le Cambodge a opéré un rapprochement notable avec la Chine, dont le président Xi a félicité Hun Sen et promis de renforcer encore les liens.
Un site militaire financé par Pékin et soupçonné par Washington d'abriter une base navale secrÚte chinoise sera bientÎt inauguré.
Mais l'afflux d'argent chinois s'est accompagnĂ© de dossiers Ă©pineux, comme l'arrivĂ©e de nombreux casinos et d'opĂ©rations d'escroquerie en ligne dont le personnel est victime de traite d'ĂȘtres humains dans des conditions Ă©pouvantables.
Les détracteurs de Hun Sen affirment que son rÚgne a également été marqué par la destruction de l'environnement et une corruption endémique.
Le Cambodge est classé 150e sur 180 dans l'indice de perception de la corruption de l'ONG Transparency International. En Asie, seules la Birmanie et la Corée du Nord sont moins bien classés.
Hun Sen, arrivé au pouvoir en 1985, est accusé d'avoir fait reculer les libertés fondamentales et utilisé le systÚme judiciaire pour museler ses adversaires, jetés par dizaines en prison au cours de ses mandats.
A la veille des élections, Sam Rainsy, figure de l'opposition cambodgienne en exil en France, a été condamné à une inéligibilité de 25 ans pour avoir appelé les électeurs à déposer dans les urnes des bulletins non valides.
En mars, Kem Sokha, chef de file du Parti de la bougie, a été condamné à 27 ans de prison et assigné à résidence pour trahison.
AFP



