Pour crime contre l'humanité

Il y a 20 ans s'ouvrait le procĂšs de Maurice Papon

  • PubliĂ© le 29 septembre 2017 Ă  14:43
  • ActualisĂ© le 29 septembre 2017 Ă  15:08
Montage de deux photos de Maurice Papon, l'une en 1998, l'autre datant de l'Ă©poque oĂč il occupait les fonctions de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la prĂ©fecture de la Gironde

Il y a 20 ans, le 8 octobre 1997, le procÚs de Maurice Papon pour crime contre l'humanité s'ouvrait à Bordeaux devant les assises de la Gironde.


"L'affaire Papon" avait éclaté le 6 mai 1981, entre les deux tours de l'élection présidentielle. Le Canard enchaßné publiait ce jour-là un article intitulé "Quand un ministre de Giscard faisait déporter des Juifs".
La rĂ©vĂ©lation, qui vise le ministre du Budget de ValĂ©ry Giscard d'Estaing, est un coup de tonnerre. PrĂ©fet, maire, dĂ©putĂ©, ministre, Maurice Papon, grand serviteur de l?État, a connu durant des dĂ©cennies les honneurs de la RĂ©publique.
Il est demeurĂ© prĂšs de neuf ans (1958-1967) Ă  la tĂȘte de la prĂ©fecture de police de Paris, en particulier durant la guerre d'AlgĂ©rie. C'est lui le "patron" lors de la rĂ©pression des manifestations d'AlgĂ©riens les 17-20 octobre 1961 (des dizaines de morts) et de celle au mĂ©tro Charonne, le 8 fĂ©vrier 1962 (9 morts).
L'hebdomadaire satirique récidive les 13 et 20 mai 1981, reproduisant des documents signés Papon, qui tendent à prouver sa responsabilité dans la déportation de 1.690 Juifs de Bordeaux à Drancy (Seine-Saint-Denis), et de là vers Auschwitz, entre 1942 et 1944.


- Jury d'honneur -


Une premiĂšre plainte est dĂ©posĂ©e le 8 dĂ©cembre 1981 pour "crimes contre l'humanitĂ©" au nom de la famille Matisson-Fogiel, concernant huit personnes, arrĂȘtĂ©es et internĂ©es Ă  Bordeaux, exterminĂ©es Ă  Auschwitz.
Un Jury d'honneur composé d'anciens résistants rend cependant le 15 décembre une sentence plutÎt favorable à Maurice Papon. Il lui reproche d'avoir contribué à des arrestations et déportations, et de ne pas avoir démissionné en juillet 1942, mais conclut qu'il a participé à la Résistance par une attitude "courageuse".
AprÚs de nouvelles plaintes et l'ouverture d'une information judiciaire en juillet, Maurice Papon est inculpé en janvier 1983 de "crimes contre l'humanité".
Deux ans plus tard, une expertise confiée aux historiens Jacques Delarue et André Gouron, ainsi qu'à l'ancien préfet Roger Bellion, penche aussi en faveur de Maurice Papon: il a évité des déportations en opérant "130 radiations" dans le fichier des Juifs.
Une erreur de procédure du juge d'instruction provoque l'annulation, en février 1987, de toute l'instruction. La chambre d'accusation de la cour d'appel de Bordeaux est désignée pour reprendre l'affaire.
En 1988, nouvelle inculpation. Recevant Ă  l?ÉlysĂ©e l'association RĂ©sistance-VĂ©ritĂ©-Justice qui soutient Maurice Papon, le prĂ©sident François Mitterrand qualifie l'affaire de "rĂšglement de comptes politique" et la longueur de l'instruction d'"attentatoire Ă  la dĂ©mocratie".


- Six mois de procĂšs -


En 1996, la chambre d'accusation de la cour d'appel de Bordeaux renvoie Maurice Papon devant la cour d'assises pour complicité de crimes contre l'humanité, contre l'avis initial du procureur général.
Le 8 octobre 1997, s'ouvre à Bordeaux le plus long procÚs criminel de l'aprÚs-guerre. Historiens et résistants s'opposent sur le rÎle de l'accusé et de Vichy, avant les témoignages, souvent poignants, des familles des victimes.
"Nous sommes des survivants, nous espĂ©rons de ce procĂšs d'ĂȘtre des vivants", lance Maurice Matisson, dont huit proches ont Ă©tĂ© dĂ©portĂ©s dans un convoi organisĂ© par Maurice Papon.
L'ex-préfet, notamment défendu par un ténor du barreau, Jean-Marc Varaut, "reste droit dans ses bottes, obstiné", se rappelle un avocat des parties civiles, Gérard Boulanger. "Je veux bien me repentir, mais de quoi? De quelle faute?" lance-t-il.
AprÚs six mois d'intenses débats, le 2 avril 1998, Maurice Papon est condamné à 10 ans de réclusion criminelle et au versement de l'équivalent de 700.000 euros aux parties civiles.
Le 21 octobre 1999, la Cour de cassation refuse d'examiner son pourvoi parce qu'il s'est enfui en Suisse au lieu de se constituer prisonnier la veille de l'audience. La condamnation devient dÚs lors définitive.
Maurice Papon est arrĂȘtĂ©, extradĂ© de Suisse le jour mĂȘme et internĂ© Ă  la prison de Fresnes. La justice le remettra en libertĂ© le 18 septembre 2002 en raison de son Ă©tat de santĂ©. Il meurt le 17 janvier 2007.

- © 2017 AFP

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