Pollution plastique

"Ils sont partout": des océans au corps humain, l'intrusion insidieuse des microplastiques

  • PubliĂ© le 10 juillet 2022 Ă  13:12
  • ActualisĂ© le 10 juillet 2022 Ă  15:23
Morceau de plastique dans l'océan Indien le 31 décembre 2021

Du fonds des ocĂ©ans aux sommets des montagnes, les microplastiques sont partout dans l'environnement, mais pas seulement. Ils se fraient aussi un chemin dans le corps humain, des poumons au placenta, une contamination qui dĂ©range mĂȘme si son impact est incertain.

Ils se fraient aussi un chemin dans le corps humain, des poumons au placenta, une contamination qui dĂ©range mĂȘme si son impact est incertain.
Bouteilles flottantes, tortue étouffée par un sac, amas de déchets au milieu du Pacifique... Depuis des années, les images de la pollution des océans par les centaines de millions de tonnes de plastique produites chaque année sont difficiles à ignorer.

Mais leur dégradation en particules de plus en plus petites qui polluent en quantité l'eau et l'air a été plus récemment prouvée. "On n'imaginait pas il y a dix ans qu'il pouvait y avoir autant de petits microplastiques invisibles à l'oeil nu et qu'ils étaient partout autour de nous", commente Jean-François Ghiglione, chercheur au Laboratoire d'océanologie microbienne de Banyuls-sur-mer en France. "Et on ne pouvait pas encore envisager les retrouver dans le corps de l'Homme".

C'est dĂ©sormais chose faite, avec une multiplication d'Ă©tudes scientifiques montrant la prĂ©sence de ces microplastiques dans certains organes humains. Comme les poumons. Pas si surprenant qu'on respire ces particules prĂ©sentes dans l'air, notamment des microfibres issues des vĂȘtements synthĂ©tiques. Mais "nous avons Ă©tĂ© surpris de trouver des microplastiques si profondĂ©ment dans les poumons", explique Ă  l'AFP Laura Sadofsky, de l'Ă©cole de mĂ©decine Hull York au Royaume-Uni. Son Ă©quipe a notamment identifiĂ© dans ces tissus du polypropylĂšne et du PET (polytĂ©rĂ©phtalate d'Ă©thylĂšne).

En mars, une autre Ă©tude a fait Ă©tat, pour la premiĂšre fois, de traces de PET dans le sang. Vu le faible Ă©chantillon de volontaires, certains scientifiques appellent Ă  la prudence sur les conclusions Ă  en tirer, mais cette prĂ©sence interroge sur la capacitĂ© du systĂšme sanguin Ă  ensuite distribuer ces particules dans tous les organes. Sans que leur voyage Ă  l'intĂ©rieur du corps ne soit Ă  ce stade connu, des microplastiques ont d'ailleurs Ă©tĂ© trouvĂ©s dans d'autres organes: "Poumons, rate, reins, et mĂȘme le placenta", lance Jean-François Ghiglione.

- "Principe de précaution" -

En 2021, des chercheurs en avaient trouvĂ© dans les tissus placentaires maternels et fƓtaux, exprimant leur "grande inquiĂ©tude" pour les consĂ©quences potentielles de cette prĂ©sence Ă©trangĂšre sur le dĂ©veloppement du foetus.

Inquiétude ne rime toutefois pas avec preuve de danger. "Si vous demandez à un scientifique s'il y a impact négatif, il ou elle répondra +je ne sais pas+", commente Bart Koelmans, de l'université néerlandaise de Wageningen. Mais "c'est potentiellement un gros problÚme", estime-t-il. Alors "l'autre question concerne les politiques: que devons-nous faire s'il y a une inquiétude dans la société et pas encore de preuve scientifique". Les pistes d'études ne manquent pas. Il évoque l'hypothÚse que cette intrusion des microplastiques -- qui bien que récemment détectée ne date pas d'hier-- soit par exemple responsable de certains syndromes affaiblissant les organismes humains. Une intrusion qui passe par la respiration mais aussi par ce qu'on mange et boit.

En 2019, un rapport choc de l'ONG WWF avait estimĂ© qu'un ĂȘtre humain ingĂšre et inhale jusqu'Ă  5 grammes de plastique par semaine, l'Ă©quivalent d'une carte de crĂ©dit. Des rĂ©sultats et une mĂ©thodologie contestĂ©s par des scientifiques comme Bart Koelmans dont les calculs concluent plutĂŽt Ă  une moyenne d'un grain de sel par semaine. "Sur une vie entiĂšre, un grain de sel par semaine, c'est dĂ©jĂ  quelque chose", commente-t-il.

Alors que les Ă©tudes sanitaires sur l'Homme doivent encore ĂȘtre dĂ©veloppĂ©es, la toxicitĂ© chez certains animaux renforcent les inquiĂ©tudes. "Les petits microplastiques invisibles Ă  l’Ɠil nu ont des effets dĂ©lĂ©tĂšres sur tous les animaux que nous avons Ă©tudiĂ©s dans le milieu marin ou sur terre", assure Jean-François Ghiglione. La faute aux additifs chimiques qu'ils contiennent (colorants, plastifiants, stabilisants, retardateurs de flammes...) "qui peuvent avoir des impacts sur la croissance, le mĂ©tabolisme, la glycĂ©mie, la pression artĂ©rielle, la sexualitĂ©...".

Alors, "il y a un principe de prĂ©caution Ă  prendre", insiste le chercheur. En tant que consommateur, "on peut simplement limiter l'achat de produits emballĂ©s", notamment les bouteilles en plastique, suggĂšre-t-il. Mais "les gens ne peuvent pas s'arrĂȘter de respirer", souligne Bart Koelmans. "MĂȘme si vous changez vos habitudes alimentaires, vous allez les inhaler: ils sont partout".

AFP

guest
0 Commentaires