Tension diplomatique

Immigration : Rome exige des excuses aprĂšs "l'insulte" de Darmanin

  • PubliĂ© le 5 mai 2023 Ă  12:38
  • ActualisĂ© le 5 mai 2023 Ă  13:58
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale, le 2 mai 2023 à Paris

Le chef de la diplomatie italienne a exigé vendredi des excuses du ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin, dont les propos sur l'incapacité de Giorgia Meloni à gérer l'immigration ont provoqué une nouvelle crise entre Paris et Rome.

"C'est une insulte gratuite et vulgaire adressée à un pays ami, allié" et "quand quelqu'un offense de façon gratuite une autre personne le minimum est qu'elle présente ses excuses", a estimé Antonio Tajani dans un entretien au quotidien Il Corriere della Sera.

M. Tajani a annulĂ© jeudi soir sa premiĂšre visite Ă  Paris, oĂč il devait rencontrer son homologue Catherine Colonna, aprĂšs les dĂ©clarations de GĂ©rald Darmanin sur RMC accusant la PremiĂšre ministre Giorgia Meloni d'ĂȘtre "incapable de rĂ©gler les problĂšmes migratoires sur lesquels elle a Ă©tĂ© Ă©lue".

Catherine Colonna a rapidement publié un message en italien sur Twitter, affirmant que "la relation entre l'Italie et la France est basée sur le respect mutuel, entre nos deux pays et entre leurs dirigeants". Elle a appelé dans la foulée M. Tajani.

"Catherine Colonna m'a appelé deux fois, pour me dire qu'elle était désolée, elle a été trÚs cordiale", a assuré Antonio Tajani, tout en estimant que les explications de Paris restaient "insuffisantes".

"Il s'agit d'une attaque à froid, un coup de poignard dans le dos de la part d'un membre de premier plan du gouvernement français. Il y a des choses qu'on ne peut ignorer. Le reste de l'exécutif de Macron cependant ne pense certainement pas comme Darmanin", a insisté M. Tajani.

- Les promesses de Meloni -

L'immigration est depuis des annĂ©es un sujet ultra-sensible dans les relations franco-italiennes. En novembre, les deux pays avaient connu une forte poussĂ©e de fiĂšvre lorsque le gouvernement Meloni, Ă  peine au pouvoir, avait refusĂ© de laisser accoster un navire humanitaire de l'ONG SOS MĂ©diterranĂ©e qui avait fini par ĂȘtre accueilli par la France Ă  Toulon (sud) avec plus de 200 migrants Ă  bord.

L'épisode avait suscité la colÚre de Paris qui avait convoqué une réunion européenne pour que ce scénario inédit ne se reproduise pas.

Depuis, les traversées clandestines par bateaux s'accentuent avec l'essor d'un nouveau couloir maritime entre la Tunisie et l'Italie, en premiÚre ligne aux portes de l'Europe.

Selon le ministĂšre italien de l'IntĂ©rieur, plus de 42.000 personnes sont arrivĂ©es par la MĂ©diterranĂ©e en Italie cette annĂ©e contre environ 11.000 sur la mĂȘme pĂ©riode en 2022.

Le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a tenté vendredi d'éteindre l'incendie, assurant qu'il n'y avait eu "aucune volonté d'ostraciser l'Italie".

"Les Italiens, on discute, ils adorent la politique, mais ils assument les choix qu'ils ont faits et ils veulent qu'on les laisse assumer leurs choix", a-t-il expliqué, "et ça tombe bien parce qu'on n'a pas l'intention de faire autrement".
A cÎté du sacre de Naples en Serie, la presse italienne titrait vendredi matin sur cette nouvelle brouille entre les deux voisins.

La Repubblica, quotidien de centre-gauche, évoquait "la gifle de Paris", tandis que La Stampa rappelait que "la lutte contre l'immigration clandestine avait été un des chevaux de bataille de Meloni pendant la campagne électorale" de l'été 2022.

"Avec les promesses de mettre en place un +blocus naval+ pour empĂȘcher les dĂ©parts vers la pĂ©ninsule. Mais tout juste arrivĂ©e Ă  Palazzo Chigi [siĂšge du chef du gouvernement Ă  Rome], la PremiĂšre ministre a dĂ» prendre acte de l'infaisabilitĂ© de son projet. Et les Français se sont repentis d'y avoir cru", Ă©crit le journal turinois.

AFP

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