Au moins dix personnes sont mortes et 82 sont portées disparues à la suite de crues dans une vallée du nord-est de l'Inde, liées au débordement mercredi d'un lac glaciaire himalayen, a annoncé le gouvernement local.
"Dix corps ont été récupérés jusqu'à présent, et 82 personnes sont portées disparues, dont des soldats", a déclaré mercredi soir à la presse Vijay Bhushan Pathak, un haut responsable gouvernemental de l'Etat de Sikkim.
Parmi les disparus figurent 22 soldats, a indiquĂ© l'armĂ©e. Un vingt-troisiĂšme a pu ĂȘtre secouru.
La zone touchée, une région montagneuse et isolée de l'Himalaya, se trouve prÚs de la frontiÚre avec le Népal et la Chine.
Le lac Lhonak, qui a débordé, entraßnant d'importantes destructions dans une vallée en aval, est situé au pied d'un glacier proche du Kangchenjunga, le troisiÚme plus haut sommet du monde.
Un vĂ©ritable mur d'eau, dĂ©versĂ© en aval, s'est ajoutĂ© Ă une riviĂšre dĂ©jĂ gonflĂ©e par les pluies de mousson. Les eaux ont dĂ©tĂ©riorĂ© un barrage et emportĂ© des maisons et des ponts entre autres "sĂ©rieuses destructions", a dĂ©clarĂ© le gouvernement de l'Ătat du Sikkim.
Des dégùts considérables s'étendent à plus de 120 kilomÚtres en aval, les routes de la région ont été "gravement" endommagées et 14 ponts détruits, selon les autorités.
"Les inondations ont semé la destruction dans quatre districts de l'Etat, emportant des gens, des routes et des ponts", a indiqué à l'AFP Himangsu Tiwary, un porte-parole de l'armée.
Le Premier ministre indien Narendra Modi a promis "tout le soutien possible" aux populations affectées.
Selon des images satellite publiées par l'Organisation de recherche spatiale indienne, le lac Lhonak a rétréci des deux tiers, perdant une superficie d'eau d'environ 105 hectares, l'équivalent de 150 terrains de football.
Les inondations et les glissements de terrains sont relativement fréquents en Inde et y causent de nombreux dégùts, notamment pendant la mousson, de juin à septembre. Mais, en octobre, la mousson est d'habitude quasiment terminée.
- "Situation catastrophique" -
Les inondations provoquées par les débordement de lacs glaciaires, souvent accompagnées par des chutes de roches, sont plus fréquentes à mesure que les températures mondiales augmentent et que la fonte des glaces s'accentue.
"Des prĂ©cipitations intenses ont conduit Ă cette situation catastrophique au Sikkim, oĂč la pluie a dĂ©clenchĂ© une inondation par dĂ©bordement d'un lac glaciaire, endommagĂ© un barrage et causĂ© des pertes en vies humaines", a expliquĂ© Miriam Jackson, une scientifique spĂ©cialisĂ©e dans la surveillance des glaces dans les rĂ©gions de l'Himalaya.
"Nous observons que la frĂ©quence de ces Ă©vĂ©nements extrĂȘmes augmente Ă mesure que le climat continue de se rĂ©chauffer et nous entraĂźne en territoire inconnu", a ajoutĂ© Mme Jackson, dans un communiquĂ© du Centre international pour le dĂ©veloppement intĂ©grĂ© des montagnes (ICIMOD).
La température moyenne à la surface de la Terre a augmenté de prÚs de 1,2 degrés Celsius depuis l'époque préindustrielle, mais les régions de haute montagne du monde entier se sont réchauffées à un rythme deux fois plus rapide, selon les climatologues.
Selon les experts, le changement climatique a augmentĂ© l'intensitĂ© des tempĂȘtes tropicales, avec notamment des pluies plus abondantes, provoquant de soudaines inondations.
La fonte des glaciers himalayens accroßt également le volume des cours d'eau tandis que les constructions non réglementées dans les zones sujettes aux inondations peuvent exposer les populations locales à des catastrophes.
Entre 2011 et 2020, les glaciers de l'Himalaya ont fondu 65% plus vite que dans la décennie précédente, selon un rapport publié en juin par l'ICIMOD.
Si l'on se fonde sur les trajectoires d'émissions actuelles, les glaciers pourraient perdre jusqu'à 80% de leur volume actuel d'ici à la fin du siÚcle, a estimé cette organisation intergouvernementale dont le siÚge est au Népal.
AFP



