Relations internationales

Iran, Syrie, Ukraine: Macron veut des "initiatives communes" avec Poutine

  • PubliĂ© le 24 mai 2018 Ă  19:34
  • ActualisĂ© le 24 mai 2018 Ă  20:57
Le président russe Vladimir Poutine avec son homologue français Emmanuel Macron et son épouse Brigitte le 24 mai 2018 à Saint-Pétersbourg

Le président français Emmanuel Macron est arrivé jeudi en Russie pour oeuvrer avec Vladimir Poutine à la mise en place d'"initiatives communes" sur le nucléaire iranien, la Syrie et l'Ukraine, malgré un climat de confrontation qui ne cesse de se dégrader entre Moscou et les Occidentaux.


Un an aprĂšs un premier tĂȘte-Ă -tĂȘte Ă  Versailles, le prĂ©sident russe a accueilli Emmanuel Macron et sa femme Brigitte, Ă  qui il a offert un bouquet de fleurs, sur les terrasses du fastueux Palais Constantin, dominant le Golfe de Finlande, au sud-ouest de l'ancienne capitale impĂ©riale Saint-PĂ©tersbourg. PrĂ©vue sur deux jours, la premiĂšre visite d'Emmanuel Macron en Russie intervient Ă  l'occasion du Forum international Ă©conomique de Saint-PĂ©tersbourg, principal rendez-vous des milieux d'affaires russes oĂč est attendu aussi le Premier ministre japonais Shinzo Abe.

Elle doit permettre au président français, flanqué d'une imposante délégation d'homme d'affaires, de montrer sa volonté de continuer à faire du commerce avec la Russie malgré des relations trÚs tendues, mais aussi de ne pas éviter les sujets qui fùchent. "Qu'il s'agisse de l'Ukraine, du Moyen-Orient, de la crise iranienne et de la situation en Syrie, qu'il s'agisse aussi de la maniÚre dont nous voyons le multilatéralisme contemporain, je crois qu'il nous faut travailler pour prendre des initiatives communes", a déclaré M. Macron au début de l'entretien.

"Nos relations se dĂ©veloppent malgrĂ© les difficultĂ©s", a relevĂ© de son cĂŽtĂ© M. Poutine, ajoutant qu'il comptait aborder "les sujets internationaux clĂ©s dont la solution sont dans l'intĂ©rĂȘt de la France comme de la Russie". Les thĂšmes ne manquent pas. AprĂšs des annĂ©es de tensions liĂ©es Ă  la crise ukrainienne et au conflit syrien, l'empoisonnement en mars d'un ex-espion russe en Angleterre a provoquĂ© une vague d'expulsions de diplomates.

Face Ă  tous ces sujets qui fĂąchent, un point de convergence est apparu avec le retrait des Etats-Unis de l'accord sur le programme nuclĂ©aire iranien, accompagnĂ© de menaces de sanctions amĂ©ricaines si TĂ©hĂ©ran ne se plie pas Ă  une liste d'exigences draconiennes en vue d'un nouvel accord. Moscou et les EuropĂ©ens semblent sur ce point ĂȘtre sur la mĂȘme ligne, les deux pays souhaitant prĂ©server l'accord iranien. Restant discret publiquement sur le sujet, Vladimir Poutine a tenu de nombreux entretiens sur le sujet ces derniers jours, recevant vendredi Angela Merkel.

Les relations avec Paris restent empoisonnées par le conflit syrien, qui a fait plus de 350.000 morts depuis le début de la guerre en 2011.
FidÚle allié de Bachar al-Assad, reçu le 17 mars par Vladimir Poutine, Moscou intervient militairement dans le pays depuis septembre 2015 et a vivement dénoncé les frappes des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni fin avril contre des positions du régime de Damas, en riposte à une attaque chimique présumée.

- Cinquantaine de contrats prévus -

Autre point de dĂ©saccord: la situation en Ukraine, oĂč les combats opposant depuis quatre ans gouvernement pro-occidental et rebelles prorusses connaissent un regain de tensions ces derniers jours. Les enquĂȘteurs internationaux ont rĂ©vĂ©lĂ© jeudi de quelle unitĂ© militaire russe provenait le missile qui a abattu le vol MH17 au-dessus de l'Ukraine en 2014.

Garants avec Berlin des accords de paix de Minsk signĂ©s en 2015, MM. Macron et Poutine devraient Ă©voquer ce conflit ayant fait 10.000 morts depuis 2014 et oĂč Moscou est accusĂ© d'intervenir militairement par les Occidentaux, ce que la Russie dĂ©ment. Les Occidentaux ont compris que parler avec M. Poutine est "inĂ©vitable", estime l'expert Alexandre Baounov, du centre Carnegie. Angela "Merkel et (le Premier ministre japonais Shinzo) Abe ont dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  dĂ©geler leurs contacts avec Moscou, et Macron craint de perdre l'avantage que la France a toujours eu avec la Russie".

En visitant le principal rendez-vous des milieux économiques russes, le président français veut aussi montrer que la France, restée l'une des principales sources d'investissements étrangers en Russie ces derniÚres années malgré les sanctions, veut continuer à y faire des affaires. Au cÎté de Vladimir Poutine, Emmanuel Macron interviendra vendredi aprÚs-midi devant le Gotha économique russe présent au Forum, accompagné d'une importante délégation de patrons français.
A son arrivée au Palais Constantin, il a d'emblée annoncé que la signature d'une cinquantaine de contrats était prévue lors de sa visite.

L'ONG Human Rights Watch a exhortĂ© M. Macron Ă  parler des droits de l'homme avec Vladimir Poutine, "Ă  dĂ©faut de quoi il apparaitrait comme se trahissant lui-mĂȘme".
A trois semaines du début de la Coupe du Monde de football, qui se tiendra du 14 juin au 15 juillet dans 11 villes de Russie, l'ONG a appelé à boycotter la cérémonie d'ouverture en raison du soutien de l'armée russe à Bachar al-Assad.

AFP

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