Le gouvernement a confiĂ© jeudi Ă Jean-Paul Delevoye les rĂȘnes pour mener la rĂ©forme des retraites promise par le prĂ©sident Emmanuel Macron, donnant le coup d'envoi d'un chantier au long cours particuliĂšrement sensible.
Cet ancien ministre de la Fonction publique de Jacques Chirac (2002-2004) a à son crédit d'avoir piloté la réforme des retraites des fonctionnaires, réussissant à ramener les syndicats autour de la table aprÚs plusieurs mois de conflit. Une expérience dont il tire la certitude que "le haut-commissaire aux retraites doit avoir du crédit auprÚs de chacun" des interlocuteurs. Et qui lui permet de se prévaloir depuis "d'excellents contacts avec les uns et les autres".
"Il a une vraie expérience de négociateur. Toute sa vie est faite de médiations, d'écoutes, de réconciliations de points de vue parfois opposés pour aboutir à des synthÚses dynamiques", vante auprÚs de l'AFP le patron des députés de la République en marche Richard Ferrand. "C'est un grand pragmatique", insiste l'élu du FinistÚre.
L'entregent de ce colosse d'1,93 m lui a en effet Ă©tĂ© utile Ă la tĂȘte de la Commission d'investitures pour les Ă©lections lĂ©gislatives du jeune parti En Marche!, oĂč il a Ă©tĂ© propulsĂ© avec la rĂ©putation de savoir transcender les clivages partisans. Pour preuve, il rappelle volontiers son exclusion en 2013 de l'UMP, aprĂšs avoir soutenu un socialiste pour lui succĂ©der Ă la mairie de Bapaume (Pas-de-Calais).
Du printemps jusqu'Ă l'Ă©tĂ© 2017, M. Delevoye a dĂ©fendu inlassablement sa mĂ©thode destinĂ©e Ă renouveler les visages de l'hĂ©micycle. Sans pour autant Ă©chapper Ă quelques compromis dans certaines circonscriptions, pour satisfaire tel ou tel alliĂ© de circonstance. Celui qui se dĂ©finit comme "gaulliste social" et a Ă©tĂ© soutien d'Alain JuppĂ© lors de la derniĂšre primaire de la droite, a ralliĂ© Emmanuel Macron fin 2016, "sans ĂȘtre en demande de poste" mais prĂ©occupĂ© par la "fragmentation du pays".
- Solide réseau -
Ce pĂšre de quatre enfants pensait alors s'ĂȘtre retirĂ© des affaires publiques, ayant Ă©chouĂ© en 2015 Ă se faire réélire Ă la prĂ©sidence du Conseil Ă©conomique, social et environnemental (Cese). A la tĂȘte cinq ans durant de la troisiĂšme assemblĂ©e de la RĂ©publique, M. Delevoye a entretenu d'excellentes relations avec la gauche dĂšs le dĂ©but du mandat de François Hollande, qui lui a remis la LĂ©gion d'Honneur en octobre 2015.
Il s'est targuĂ© d'avoir fait du Palais d'IĂ©na le siĂšge des grands rendez-vous sociaux, en particulier de quatre grandes confĂ©rences sociales du quinquennat Hollande. Son bilan Ă la tĂȘte du Cese a Ă©tĂ© aussi marquĂ© par des rĂ©formes pour assainir les finances de l'institution, dans le collimateur de la Cour des comptes.
Auparavant, il s'était fait mieux connaßtre des Français pour son action de Médiateur de la République, de 2004 à 2011. Mais M. Delevoye, né à Bapaume le 22 janvier 1947, a aussi derriÚre lui une longue carriÚre politique, entamée en 1977 par admiration pour le général de Gaulle.
Ancien député (1986-1988) puis sénateur (1992-2002) RPR du Pas-de-Calais, ce fidÚle de Jacques Chirac s'est aussi construit un solide réseau en devenant président de l'Association des maires de France (AMF) de 1992 à 2002. En 1999, il brigue sans succÚs la présidence du RPR malgré le soutien de Jacques Chirac, le mouvement lui préférant MichÚle Alliot-Marie.
Ce diplĂŽmĂ© de l'Institut supĂ©rieur d'agriculture de Lille, Ă©levĂ© au mĂȘme lycĂ©e jĂ©suite d'Amiens qu'Emmanuel Macron, se dit aussi fier de son permis poids-lourds. Ancien nĂ©gociant en aliments pour bĂ©tail, il rappelle volontiers que chaque Ă©tĂ© pendant ses Ă©tudes, il aimait conduire les camions de grains Ă Rouen.
AFP
