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JO de Tokyo: moine et kayakiste, la double vie d'un Japonais

  • PubliĂ© le 29 novembre 2016 Ă  13:13
Le moine bouddhiste japonais Kazuki Yazawa lors d'un entraĂźnement sur la riviĂšre Tamagawa Ă  Ome le 21 octobre 2016

Il se lĂšve avant l'aube, revĂȘt son habit de moine et entame son austĂšre quotidien fait de sutras et de mĂ©ditations dans un temple japonais.

L'aprĂšs-midi, il troque chapelet contre pagaie et brave les rapides de la riviĂšre voisine.
A 27 ans, Kazuki Yazawa a dĂ©jĂ  portĂ© les couleurs de son pays aux jeux Olympiques Ă  trois reprises, en catĂ©gorie canoĂ«-kayak slalom: Ă  PĂ©kin, Ă  Londres et cette annĂ©e Ă  Rio, oĂč il a fini 11e.
"Bien sûr je veux concourir à Tokyo", confie-t-il à l'AFP, aux premiÚres lueurs du jour sur le temple Zenko-ji Daikanjin de Nagano, au nord-ouest de la capitale japonaise. "Ce sera la seule chance de ma vie de participer à des JO au Japon".
Mais, admet-il, "ce n'est pas Ă©vident de gagner une mĂ©daille tout en Ă©tant moine. Pour y mettre du coeur, il faut ĂȘtre entiĂšrement dĂ©diĂ© Ă  l'objectif olympique. Sinon, c'est impossible".
Cet attachant sportif au visage d'ange, qui aime poster des selfies sur Instagram, s'est converti sur le tard à la carriÚre de moine bouddhiste. Ce n'était pas une vocation, dit-il.
"Je n'ai pas eu de révélation, je n'étais pas particuliÚrement intéressé" par la religion, mais en 2013, soucieux de son avenir professionnel aprÚs une honorable neuviÚme place aux jeux de Londres, un record pour le Japon, il décide de suivre l'exemple de son mentor dans une voie pas comme les autres.
"J'ai consultĂ© mon professeur" Kenei Koyama, patron de l'association locale de canoĂ«, lui-mĂȘme moine, "et j'ai voulu devenir comme lui quelqu'un qui se dĂ©voue pour les autres", relate le jeune Yazawa.
- 'Bouddha me protĂšge' -
L'aventure n'a rien d'une sinĂ©cure. "Les deux premiers mois d'entraĂźnement monastique ont lieu en montagne. On se rĂ©veille Ă  deux heures du matin, on Ă©tudie jusqu'Ă  10 heures, assis en tailleur tout le temps. La nourriture est trĂšs frugale et il faut faire le mĂ©nage soi-mĂȘme. C'est dur", souffle-t-il.
Mais il a tenu le coup. "Ce n'est pas quelqu'un qui se laisse aller. En travaillant au quotidien avec lui, je peux vous dire qu'il a une véritable capacité à se concentrer sur-le-champ, avec une grande assiduité", témoigne un de ses "frÚres", Shinjun Denda.
Difficile cependant de concilier sa vie monacale avec sa passion, partagĂ©e par sa jeune soeur qui s'Ă©tait aussi qualifiĂ©e pour Rio. "DĂ©sormais, je n'ai pas assez de temps pour m'entraĂźner, mais j'apprĂ©cie le sport dans sa forme la plus pure", souligne Kazuki Yazawa, qui a tout de mĂȘme remportĂ© le mois dernier la Coupe du Japon.
Croit-il au coup de pouce divin? "Ce n'est pas parce que je fais ce métier que je pagaie plus vite", sourit le kayakiste qui ne se livre à aucun rituel particulier avant de se mettre à l'eau. "Mais j'ai l'impression que Bouddha me protÚge".
"Quoi qu'il en soit, c'est Ă  moi d'avoir le contrĂŽle, sans quoi Bouddha ne me viendra pas en aide. Je m'efforce donc en permanence d'avoir la maĂźtrise de moi-mĂȘme, de mes Ă©tats d'Ăąme".
Il peut compter sur le soutien sans faille de ses compagnons, qui n'ont pas hésité à bousculer leur quotidien millimétré pour suivre à la télévision les épreuves de Rio. "Nous voulons tous qu'il remporte une médaille à Tokyo, nous allons le choyer!", promet M. Denda.

Par Alastair HIMMER - © 2016 AFP
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