Kenya : le kala-azar, maladie mĂ©connue et mortelle des zones arides

  • PubliĂ© le 8 fĂ©vrier 2026 Ă  13:07
  • ActualisĂ© le 8 fĂ©vrier 2026 Ă  14:39
La Kényane Harada Hussein Abdirahman, qui a survécu à une longue infection au kala-azar, se tient le 22 janvier 2026 au cÎté de sa petite-fille, dans son village prÚs de Mandera, dans le nord-est du Kenya

Pendant prÚs d'un an, un kala-azar mal diagnostiqué a laissé Harada Hussein Abdirahman aux portes de la mort.

La Kényane, malgré l'épreuve qu'elle a traversée, peut toutefois s'estimer chanceuse d'avoir survécu, tant cette maladie méconnue fait des ravages dans les régions africaines arides.

Autre nom de la leishmaniose viscérale, le kala-azar - qui signifie "fiÚvre noire" en hindi - est dû à un parasite transmis par des moucherons, qui provoque fiÚvre, perte de poids et hypertrophie de la rate et du foie. C'est, aprÚs le paludisme, une des maladies parasitaires les plus meurtriÚres au monde. En l'absence de traitement, 95% des malades succombent.

Harada Hussein Abdirahman, une grand-mÚre de 60 ans, pense avoir été piquée pendant qu'elle gardait du bétail dans le comté de Mandera, dans le nord-est du Kenya.

Ce territoire presque aussi grand que la Belgique, frontalier de la Somalie et de l'Ethiopie, est un important foyer du parasite. Mais il ne compte que trois établissements capables de traiter le kala-azar.

La sexagénaire a donc d'abord dû s'en remettre à un pharmacien local qui, pendant un an, l'a traitée contre la dengue et paludisme.

"Je pensais que j’allais mourir", confie-t-elle à l'AFP. "C’est pire que toutes les maladies qu'ils pensaient que j’avais."

AprÚs cette longue épreuve, Mme Abdirahman s'est finalement vue diagnostiquer le kala-azar.

Elle a perdu une partie de son audition du fait des puissants traitements qu'elle a ensuite dû prendre pour s'en débarrasser.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recense chaque année 50 à 90.000 cas de kala-azar dans le monde, un chiffre minoré car elle estime qu'à peine 25 à 45% des cas lui sont communiqués. Plus des deux tiers des malades sont en Afrique de l'Est.

- Endémique -

Le kala-azar s’étend Ă  des zones du Kenya jusqu'ici Ă©pargnĂ©es et y devient endĂ©mique, sous l'effet notamment du rĂ©chauffement climatique.

D'aprÚs le ministÚre kényan de la Santé, 3.577 cas de kala-azar ont été recensés dans le pays en 2025, plus du double de l'année précédente (1.575 malades). Jusqu'à six millions de personnes y sont exposées au Kenya, estiment les autorités kényanes.

"Le changement climatique Ă©tend l'aire de rĂ©partition des phlĂ©botomes (les moucherons transportant la maladie, NDLR) et accroĂźt le risque de flambĂ©es dans de nouvelles zones", s'inquiĂšte Ă  Nairobi le Dr Cherinet Adera, chercheur Ă  l’Initiative MĂ©dicaments pour les maladies nĂ©gligĂ©es, une ONG.

De nombreuses infections parmi des ouvriers d'une carriÚre à Mandera l'an dernier ont conduit les autorités à restreindre les déplacements au crépuscule et à l'aube, lorsque les phlébotomes sont les plus actifs.

Au moins deux de ces ouvriers ont péri, selon leurs collÚgues.

Mais les autorités kényanes ne sont pas en mesure de dire combien de personnes exactement ont perdu la vie durant cet épisode infectieux, car la plupart des ouvriers n'était pas originaires de la zone. Beaucoup sont rentrés chez eux pour se faire soigner et vraisemblablement trépasser.

"Nous ne connaissions pas cette étrange maladie qui faisait mourir nos collÚgues", témoigne Evans Omondi, 34 ans, venu de l'ouest du Kenya, à des centaines de kilomÚtres de Mandera, pour travailler dans la carriÚre.

- "Peur" -

"Nous avions trÚs peur", confie Peter Otieno, un autre ouvrier originaire de l'ouest du Kenya, qui se souvient comment ses collÚgues infectés dépérissaient jour aprÚs jour.

Treize pays — dont six en Afrique — concentrent 95 % des cas de kala-azar. En 2023, les pays d'Afrique les plus touchĂ©s ont adoptĂ© Ă  Nairobi un cadre visant Ă  Ă©liminer la maladie d’ici 2030.

Mais "trĂšs peu d'Ă©tablissements" au Kenya "ont les capacitĂ©s de diagnostiquer et traiter la maladie", observe l’AFP le Dr Paul Kibati, de l'ONG mĂ©dicale Amref.

Les agents de santĂ© doivent en outre ĂȘtre formĂ©s au kala-azar, poursuit-il, car les erreurs de diagnostic et de traitement peuvent ĂȘtre graves, comme l'atteste l'exemple de Harada Hussein Abdirahman, voire fatales.

Dernier problĂšme, de taille: un malade peut passer jusqu’à 30 jours Ă  l'hĂŽpital avant guĂ©rison, pour une facture pouvant atteindre 100.000 shillings kĂ©nyans (environ 650 euros) hors mĂ©dicaments. Une somme inaccessible pour bon nombre d'habitants de Mandera.

Le kala-azar, dont les dommages sont aggravés par la malnutrition et l'affaiblissement du systÚme immunitaire, "touche surtout les plus pauvres", estime le Dr Kibati.

Le phlébotome se réfugie dans les fissures des maisons en terre mal crépies, les termitiÚres et les crevasses du sol. L'insecte se multiplie pendant la saison des pluies aprÚs une sécheresse prolongée.

Or le nord-est du Kenya, ainsi que des régions voisines d'Ethiopie et de Somalie, ont connu ces derniers mois une sécheresse dévastatrice.

Le pire semble donc Ă  venir. "Nous nous attendons Ă  davantage de cas lorsque les pluies commenceront", soupire Paul Kibati.

AFP

guest
0 Commentaires