La brigade anti-pollution fonce dans les rues embouteillées de Lahore, à la recherche des usines qui recrachent leurs fumées nocives dans le ciel de la ville pakistanaise, l'une des plus polluées du monde.
Dans la camionnette, une escorte armĂ©e protĂšge les six membres de l'Ă©quipe, armĂ©s quant Ă eux de la liste des usines qu'ils prĂ©voient d'inspecter aujourd'hui. A l'affĂ»t, ils cherchent dans le ciel gris les volutes de fumĂ©e toxique qui les mĂšneront aux usines enfreignant les lois environnementales. "Il nous suffit de suivre la fumĂ©e, nous n'avons mĂȘme pas besoin des listes", lance Ali Ijaz, le responsable du service environnement chargĂ© de l'initiative, qui doit durer un mois jusqu'Ă la mi-dĂ©cembre.
En tout, cinq équipes anti-pollution ont été mises en place par les autorités de Lahore, la grande ville de l'est du Pakistan, prÚs de la frontiÚre avec l'Inde, afin de lutter contre l'air impur qui suffoque chaque année à cette période la ville et ses 11 millions d'habitants.
Les brigades prĂ©voient de visiter 300 sites industriels accusĂ©s d'ĂȘtre parmi les pires pollueurs de la ville. La qualitĂ© de l'air en Inde et au Pakistan s'est dĂ©gradĂ©e ces derniĂšres annĂ©es, avec la pollution hivernale gĂ©nĂ©rĂ©e par les fumĂ©es de fioul de mauvaise qualitĂ© et les brĂ»lis agricoles. Bien que Lahore soit rĂ©guliĂšrement classĂ©e parmi les villes les plus polluĂ©es au monde, les autoritĂ©s ont mis du temps Ă rĂ©agir, prĂ©fĂ©rant en faire porter la responsabilitĂ© au grand rival, l'Inde, ou mettre en doute la vĂ©racitĂ© des donnĂ©es.
Cette année, la pollution est arrivée en avance, recouvrant la ville d'un air stagnant, grisùtre et sale. La semaine derniÚre, Usman Buzdar, le chef du gouvernement de la province du Pendjab, a évoqué une "calamité".
- Travail dangereux -
En route pour une mission, une Ă©quipe se rend dans un quartier d'oĂč plusieurs fabriques rejettent des fumĂ©es suspectes. "Il est clair que ces usines se servent de fioul de mauvaise qualitĂ©. Ces gaz sont insoutenables pour les gens qui souffrent de problĂšmes respiratoires", dĂ©nonce le chef d'Ă©quipe, Sajid Ali. L'air est gris opaque. Et mĂȘme avec un masque il est difficile de respirer. Des montagnes de dĂ©chet jonchent les rues bordant ces usines.
A son arrivĂ©e dans la premiĂšre usine, la brigade devine que les fourneaux suspects viennent Ă peine d'ĂȘtre Ă©teints. Ils sont encore rougis par la chaleur. Des barres d'acier tout juste forgĂ©es gisent sur le sol, en train de refroidir.
Les membres de l'équipe se renseignent sur le fioul et le type de machines utilisés. Ils découvrent que l'usine ne dispose pas de l'appareil permettant d'enlever les polluants industriels des gaz d'échappement.
La brigade ordonne rapidement la fermeture de l'usine et les ouvriers sont Ă©vacuĂ©s sous lâĆil attentif de l'escorte armĂ©e. Cette fois-ci, l'Ă©vacuation se dĂ©roule dans le calme, mais ce n'est pas toujours le cas, explique M. Ijaz, dont les employĂ©s ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© la cible de tirs.
MĂȘme si l'Ă©quipe est soutenue par les autoritĂ©s administratives, un avocat menace de se pourvoir en justice et les deux camps optent pour un accord Ă l'amiable. L'accĂšs aux machines est fermĂ©, mais l'usine reste ouverte.
- 'Compromis' -
C'est l'un des nombreux défis auxquels les autorités sont confrontées. "Beaucoup de propriétaires d'usines tentent de faire pression sur la brigade, en se servant de leur influence politique et de leurs relations", déplore l'un des membres de l'équipe, sous couvert d'anonymat. "Cela complique notre tùche (...) Nous sommes obligés de faire des compromis", admet-il.
Les autorités ne peuvent se permettre de fermer les usines plus de quelques jours, pour ne pas s'aliéner les ouvriers, qui sont payés à la journée.
Et puis il y a l'immensité de la tùche.
"Des milliers de sites industriels rejettent des fumĂ©es et six ou mĂȘme 12 brigades ne peuvent pas suffire", explique Rafay Alam, un juriste spĂ©cialisĂ© en droit de l'environnement et militant, qui dĂ©nonce une mesure simplement "cosmĂ©tique".
M. Ijaz lui mĂȘme n'est pas trĂšs optimiste. MĂȘme s'il pouvait faire fermer toutes les usines de la ville, et interrompre la circulation automobile, cela ne ferait que "rĂ©duire l'intensitĂ© du brouillard de pollution, mais ne l'Ă©liminerait pas". "Nous allons faire face (Ă ce problĂšme) pour trĂšs longtemps", prĂ©dit-il.
AFP



