Arménie

La contestation reprend, la Russie se place en médiateur

  • PubliĂ© le 26 avril 2018 Ă  14:03
  • ActualisĂ© le 26 avril 2018 Ă  14:12
De jeunes Arméniens partisans de l'opposition défilent sur une voiture dans Erevan le jeudi 26 avril 2018

La contestation antigouvernementale a repris jeudi en Arménie, à l'appel de l'opposant Nikol Pachinian qui exige une "capitulation" du parti au pouvoir, alors que la Russie, jusqu'ici à l'écart de la crise, commence à s'imposer comme médiateur.


Le vice-Premier ministre arménien, Armen Guevorkian, s'est rendu jeudi à Moscou pour des "consultations de travail" et devait revenir en Arménie dans la soirée, a indiqué à l'AFP un porte-parole du gouvernement arménien, sans plus de précisions. Le chef de la diplomatie arménienne, Edouard Nalbandian, se trouvait également à Moscou jeudi pour des consultations, selon une source diplomatique citée par l'agence de presse russe Interfax.

Cette annonce intervient alors que le président russe Vladimir Poutine s'est entretenu mercredi au téléphone avec son homologue arménien Armen Sarkissian, les deux hommes appelant "toutes les forces politiques (en Arménie) à faire preuve de retenue et de responsabilité". Nikol Pachinian, 42 ans, qui a mobilisé depuis le 13 avril des dizaines de milliers de personnes contre l'ancien président Serge Sarkissian devenu pour quelques jours seulement Premier ministre et contre son parti au pouvoir, s'est rendu pour sa part mercredi à l'ambassade de Russie en Arménie pour "discuter de la situation à Erevan et dans le pays", selon un communiqué de la mission diplomatique russe.

"La partie russe a appelĂ© les organisateurs des manifestations et des dĂ©filĂ©s Ă  un dialogue constructif avec les autoritĂ©s en place et les autres forces politiques", prĂ©cise le communiquĂ©, en soulignant que "la situation doit ĂȘtre rĂ©glĂ©e uniquement dans le cadre du champ constitutionnel et dans l'intĂ©rĂȘt des tous les citoyens d'ArmĂ©nie".

Jusqu'ici, la Russie, qui absorbe environ un quart des exportations arméniennes et dispose d'une base militaire en Arménie, s'est tenue à l'écart de la crise qui a abouti lundi à la démission du Premier ministre Serge Sarkissian, aprÚs onze jours de contestation, le Kremlin soulignant à plusieurs reprises qu'il s'agissait d'une "affaire intérieure arménienne".

- 'Candidat du peuple' -

Un mĂ©gaphone Ă  la main, M. Pachinian, dĂ©putĂ© et opposant qui se prĂ©sente comme le "candidat du peuple" au poste de Premier ministre, dĂ©filait jeudi Ă  travers les rues d'Erevan, la capitale de cette ex-rĂ©publique soviĂ©tique du Caucase du Sud, Ă  la tĂȘte des milliers de ses partisans, parmi lesquels de nombreux Ă©tudiants.

AprĂšs la dĂ©mission de Serge Sarkissian, trĂšs contestĂ©, son Parti rĂ©publicain au pouvoir doit aussi "capituler devant le peuple", estime M. Pachinian, qui se dit lui-mĂȘme "prĂȘt Ă  diriger le pays". "Si le Parti rĂ©publicain a l'audace de prĂ©senter un candidat, le peuple encerclera immĂ©diatement les bĂątiments du parlement et du gouvernement", avait-il lancĂ© mercredi soir, devant ses partisans rĂ©unis dans le centre de la capitale armĂ©nienne.

A son appel, les manifestants ont bloquĂ© jeudi des rues Ă  Erevan, en brandissant des drapeaux armĂ©niens. Une grande manifestation Ă©tait Ă©galement prĂ©vue dans l'aprĂšs-midi sur la place de la RĂ©publique, au coeur d'Erevan et haut lieu de la contestation anti-Sarkissian. "Si les RĂ©publicains ne veulent pas partir eux-mĂȘmes, nous allons les forcer", a assurĂ© Ă  l'AFP Anna Mkrtchian, coiffeuse de 38 ans, qui a participĂ© jeudi au dĂ©filĂ©.

La candidature de M. Pachinian doit ĂȘtre proposĂ©e dans les prochains jours pour le poste de chef du gouvernement par le bloc d'opposition Yelk.
Une réunion extraordinaire du Parlement arménien, consacrée à l'élection du nouveau Premier ministre, a été fixée jeudi au 1er mai par le président du Parlement, Ara Babloïan.

"Tout dĂ©pend du nombre de candidats proposĂ©s par les partis, du nombre de dĂ©putĂ©s qui souhaiteront prendre la parole (...). Mais il est trĂšs probable que nous aurons le temps d'Ă©lire le nouveau Premier ministre le 1er mai", a prĂ©cisĂ© Ă  l'AFP le vice-prĂ©sident du Parlement, Edouard Charmazanov. Lors du vote au Parlement, un candidat a besoin de 53 voix parmi les dĂ©putĂ©s pour ĂȘtre Ă©lu. M. Pachinian ne peut compter actuellement que sur le soutien de 40 dĂ©putĂ©s, selon un responsable du bloc Yelk. Le Parti rĂ©publicain, au pouvoir, dispose de 58 siĂšges et a toutes les chances de faire Ă©lire de nouveau son candidat, une option catĂ©goriquement rejetĂ©e par l'opposition.

AFP

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