France

La coparentalité, un pari incertain pour les couples homosexuels

  • PubliĂ© le 9 septembre 2018 Ă  00:01
  • ActualisĂ© le 9 septembre 2018 Ă  07:01
Rentrée des classes à Caen, le 3 septembre 2018

Choisir le pÚre ou la mÚre de son enfant dans son entourage voire... sur internet: entre belles histoires et conflits inextricables, la coparentalité, longtemps plébiscitée par les couples homosexuels, est un pari familial risqué, délaissé au profit de la PMA et la GPA.

La coparentalité ou "copa", officiellement consacrée par la loi de mars 2002 sur l'autorité parentale, concernait initialement les couples hétérosexuels séparés ou divorcés. Puis les couples homosexuels s'en sont saisis: un pÚre gay et une mÚre lesbienne, célibataires ou en couple, élÚvent ensemble leur enfant, souvent conçu par insémination artisanale, sans vie conjugale commune.

C'est la voie choisie par Nicolas et David. En janvier 2006, ces Parisiens postent une annonce sur co-parents.fr, l'un des nombreux sites spécialisés mettant en relation des personnes souhaitant avoir un enfant. Rapidement, ils rencontrent Virginie, une lesbienne de 33 ans qui, six mois plus tard, tombe enceinte.

"On s'est beaucoup testé, on est parti en vacances ensemble, on a beaucoup échangé sur nos valeurs. On a accroché trÚs rapidement", rembobine Nicolas, 47 ans aujourd'hui et pÚre biologique du bébé, Marie. Un an aprÚs la naissance, Nicolas, David et Virginie décident d'emménager dans deux appartements mitoyens avec une piÚce commune, la chambre de Marie. "En fonction des jours de garde, c'était ouvert d'un cÎté ou de l'autre", explique Nicolas.

Depuis 2014, Marie a un petit frĂšre, Victor, dont David est le pĂšre. Les "petites tensions au dĂ©part, le temps de se caler", sont devenues trĂšs rares, assure Nicolas: "il faut ĂȘtre Ă  l'Ă©coute, s'ajuster Ă  l'autre, comme un vrai couple, sauf qu'il y a un peu plus de monde!"

Une belle histoire qui tranche avec celle de Christine, une Marseillaise de 40 ans. Cette lesbienne était pourtant "rassurée" avant de se lancer dans la "copa": le pÚre de sa fille, ùgée de deux ans, était "un ami de 20 ans".

Mais aprĂšs quelques mois de grossesse, le conjoint de son ami annonce qu'il veut adopter l'enfant. "J'ai eu le sentiment de n'ĂȘtre qu'une mĂšre porteuse", se dĂ©sole Christine. La communication est alors difficile: "quand il me remettait ma fille, c'Ă©tait comme s'il venait dĂ©poser son paquet". Une mĂ©diation a Ă©tĂ© ordonnĂ©e par un juge aux affaires familiales (JAF): "Ça s'est apaisĂ©, on arrive Ă  parler", souffle Christine.

- "Faire famille" -

"Le risque de conflit survient surtout dans les premiĂšres annĂ©es, les pĂšres peuvent ĂȘtre impatients de voir leurs enfants et les mĂšres peuvent avoir du mal Ă  se sĂ©parer d'eux. Et puis, ça finit par s'arranger", souligne Martine Gross, sociologue au CNRS, qui a menĂ© plusieurs enquĂȘtes sur l'homoparentalitĂ©.
Jean, un Bordelais de 45 ans, est épuisé par "les échanges de courriers d'avocats" avec la mÚre de sa fille, une célibataire hétérosexuelle rencontrée sur un site de coparentalité. "Elle faisait exprÚs de ne pas la déposer à la crÚche le matin pour que je ne puisse pas la récupérer", confie cet homosexuel, en couple depuis plus de dix ans. Leur fille, faute de s'accorder sur une école équidistante de leurs domiciles, n'a pas pu faire sa rentrée en maternelle.

Des chartes de coparentalitĂ©, fixant les modalitĂ©s d'organisation de la vie de l'enfant, peuvent ĂȘtre homologuĂ©es par un juge aux affaires familiales. "Mais ça ne sert Ă  rien, balaye Caroline MĂ©cary, avocate spĂ©cialiste des droits des homosexuels. En cas de conflit, le juge statue Ă  l'instant T en fonction de l'intĂ©rĂȘt de l'enfant".

Si c'était à refaire, Jean irait à l'étranger "faire une GPA" (gestation pour autrui), interdite en France, et Christine "irait en Espagne ou en Belgique" pour une PMA (procréation médicalement assistée), réservée pour l'instant aux couples hétérosexuels infertiles.

"Dans les années 2000, prÚs de la moitié de nos adhérents souhaitaient une coparentalité, souligne Nicolas Faget, porte-parole de l'Association des parents gay et lesbiens (APGL). Aujourd'hui, ils ne sont plus que 5%". "La coparentalité, c'est lourd et incertain. Avec une PMA ou une GPA, le conjoint - si le couple est marié - peut adopter, +faire famille+ est plus rapide, c'est plus motivant", ajoute-t-il.

Surtout, souligne, Me Mecary, pour les femmes "le coût d'une PMA est moins élevé que le coût psychologique d'un conflit permanent avec le pÚre".

AFP

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