Allemagne

La Deutsche Bank en passe de changer de capitaine en pleine tempĂȘte

  • PubliĂ© le 8 avril 2018 Ă  14:20
  • ActualisĂ© le 8 avril 2018 Ă  14:59
John Cryan, PDG de la Deutsche Bank, le 2 février 2018 à Francfort lors d'une conférence de presse

La premiĂšre banque allemande Deutsche Bank s'apprĂȘte Ă  remercier dimanche son PDG britannique John Cryan pour le remplacer par un homme en interne, dans l'espoir de sortir de la crise dans laquelle elle se dĂ©bat depuis des annĂ©es.


La dĂ©cision doit ĂȘtre formalisĂ©e dans la soirĂ©e lors d'une rĂ©union du conseil de surveillance de l'Ă©tablissement francfortois.
Deutsche Bank a annoncé la tenue de cette réunion surprise "pour discuter de la présidence" et prendre "une décision à ce sujet".
Selon l'hebdomadaire Der Spiegel et le quotidien Handelsblatt, l'actuel PDG en poste depuis mi-2015 sera évincé et remplacé par un de ses adjoints en interne, l'Allemand Christian Sewing.
ÂgĂ© de 47 ans, ce dernier doit prendre les rĂȘnes lors de la prochaine assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale en mai.
Sa désignation va marquer une inflexion dans la stratégie de la banque qui jusqu'ici a surtout misé sur la banque d'investissement et les marchés financiers.

Christian Sewing était en effet en charge pour l'instant de la banque de détail et aux particuliers. Il s'impose en interne dans la course à la succession face à l'autre "prince héritier", Marcus Schenk, responsable de la banque d'investissement.
L'homme a effectué pratiquement l'intégralité de sa carriÚre chez Deutsche Bank. Il y a commencé tout en bas de l'échelle par un apprentissage comme employé de banque et est de ce fait apprécié des salariés.
Sa promotion devrait entraßner le départ de Marcus Schenk, selon le Handelsblatt.
Pour le journal Ă©conomique, l'arrivĂ©e de Sewing risque aussi d'ĂȘtre accueillie avec scepticisme par les marchĂ©s financiers.
Ces derniers attendaient plutÎt la nomination d'un spécialiste de la banque d'investissement, secteur certes en crise mais qui avec 40.000 employés continue à générer la plus grand part du chiffre d'affaires.

L'actuel PDG britannique était dans la tourmente depuis plusieurs mois suite à trois exercices déficitaires d'affilée, y compris 2017 avec une perte nette de 735 millions d'euros et un chiffre d'affaires en baisse de plus de 12%.
John Cryan a réussi en partie à assainir la situation de la principale banque allemande en terme de revenus, en réglant de nombreux litiges judiciaires, notamment aux Etats-Unis. Mais en partie seulement.

- Boulet -

Il n'a pas pu résoudre le problÚme principal: aprÚs avoir été longtemps sa locomotive, la banque d'investissement est devenue le boulet de Deutsche Bank, qui ne s'est jamais vraiment remise de la crise financiÚre de 2007-2008.
A partir du dĂ©but des annĂ©es 2000, sous l'impulsion du Suisse Josef Ackermann, l'Ă©tablissement a donnĂ© la prioritĂ© Ă  ce segment glamour, cherchant Ă  jouer dans la mĂȘme cour que les gĂ©ants amĂ©ricains et mĂ©prisant la banque de dĂ©tail.
La crise financiÚre a mis fin à une phase de grande expansion. Aujourd'hui, la presse spécule réguliÚrement sur un possible plan de sauvetage du gouvernement allemand pour redresser cet ancien fleuron symbole de la puissance financiÚre de la premiÚre économie européenne.

Un des grands actionnaires de Deutsche Bank, Union Investment, a tiré fin janvier la sonnette d'alarme.
"Si dans les deux ans environ les revenus ne se sont toujours pas redressés, nous pourrions assister à ce qui semble aujourd'hui inimaginable, le démantÚlement de la banque et sa fusion avec d'autres grandes banques européennes, a déclaré son responsable, Ingo Speich.

L'ampleur des difficultĂ©s chez Deutsche Bank est apparue rĂ©cemment au grand jour lorsque des critiques en interne d'une de ses dirigeantes, Kim Hammonds, ont filtrĂ© dans la presse. Elle a parlĂ© de "l'entreprise la plus dysfonctionnelle" oĂč elle ait travaillĂ©.
Et l'établissement a essuyé de vives critiques du monde politique allemand en raison des bonis généreux qu'il continue à verser à ses cadres malgré ses pertes: 2,2 milliards l'an dernier contre 546 millions l'exercice précédent.
Deutsche Bank a vu son cours en Bourse perdre prĂšs de 30% de sa valeur depuis janvier.
Christian Sewing réussira-t-il à redresser la barre?: John Cryan "a dû affronter de graves problÚmes mis sous le tapis par ses prédécesseurs" et "je doute qu'un nouveau PDG puisse réussir la transition avec succÚs car Deutsche Bank semble avoir un problÚme de fond", indique à l'AFP Markus Riesselmann, analyste de l'institut Independent Research.

AFP

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