Allemagne:

La droite nationaliste brise un tabou avec une percée historique

  • PubliĂ© le 24 septembre 2017 Ă  22:09
  • ActualisĂ© le 25 septembre 2017 Ă  07:14
Alice Weidel Alexander Gauland, deux candidats de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), la formation nationaliste et anti-immigration qui espĂšre ĂȘtre en mesure de former un groupe parlementaire aprĂšs les lĂ©gislatives, le 18 septembre 2017 Ă  Berlin.

Le parti de droite nationaliste AfD a enregistré dimanche une percée historique pour un tel mouvement aux élections allemandes, brisant un tabou dans le pays qui se retrouve face à "un nouveau défi" selon les mots d'Angela Merkel.


PortĂ© sur les fonts baptismaux il y a seulement 4 ans, ce mouvement anti-islam et anti-migrants a recueilli 13,1% Ă  13,2% des voix et peut espĂ©rer prĂšs de 90 dĂ©putĂ©s, selon des estimations, ce qui en fait la troisiĂšme force au Parlement. Dans les rĂ©gions plus dĂ©favorisĂ©es d'ex-RDA Ă  l'est, oĂč vivent peu d'Ă©trangers, l'AfD a mĂȘme obtenu 21,5% des voix, devenant la deuxiĂšme force politique derriĂšre les conservateurs de la CDU.

"Nous allons changer ce pays", a lancĂ© la co-tĂȘte de liste, Alexander Gauland, en promettant de mener "une chasse" contre Angela Merkel et de "regagner notre pays et notre peuple". Pour l'autre co-tĂȘte de liste, Alice Weidel, l'AfD a enregistrĂ© un "rĂ©sultat Ă©blouissant". "Nous sommes lĂ  pour rester", a-t-elle assurĂ©.
Elle a promis que le premier geste de son parti serait de rĂ©clamer une commission d'enquĂȘte parlementaire sur la dĂ©cision d'Angela Merkel d'ouvrir la porte de son pays aux rĂ©fugiĂ©s en 2015 et 2016.

Environ 200 opposants de l'AfD sifflant et criant "DĂ©gagez, dĂ©gagez!" se sont rassemblĂ©s devant l'immeuble du centre de Berlin oĂč le mouvement a cĂ©lĂ©brĂ© son rĂ©sultat, a constatĂ© l'AFP. La chanceliĂšre a elle reconnu que le score de l'AfD constituait "un nouveau grand dĂ©fi".

- Césure historique -

Déjà présent dans 13 des 16 parlements régionaux et au Parlement européen, l'élection de députés AfD constitue un tournant dans l'histoire allemande d'aprÚs-guerre. L'Allemagne, en raison de son passé nazi, demeura longtemps l'un des rares pays européens à ne pas connaßtre de poussée de grande ampleur de mouvements identitaires et anti-migrants. Une évolution que connaissent depuis longtemps ses voisins français, néerlandais ou autrichien.

La communauté juive est elle inquiÚte. Le Conseil central des Juifs d'Allemagne a appelé le pays "à se battre pour la démocratie et à défendre avec véhémence ses valeurs". Le CongrÚs juif mondial (WJC) a dénoncé un parti au programme "infùme". L'AfD, malgré une guerre fratricide entre ses dirigeants, a su profiter du mécontentement dans une partie de la société allemande né de l'afflux de plus d'un million de demandeurs d'asile en 2015 et 2016.

Si quelques Ă©lus au passĂ© nazi ou membre de petites formation de droite dure ont siĂ©gĂ© dans le passĂ© au Bundestag, le score de l'AfD marque "une cĂ©sure historique", analyse l'historien Michael Wolffsohn. "Pour la premiĂšre fois, un parti nettement Ă  droite du centre et Ă  certains Ă©gards d'extrĂȘme-droite sera reprĂ©sentĂ© au Bundestag". Agitateur des peurs face aux migrants essentiellement musulmans, l'AfD a multipliĂ© les sorties fracassantes avec une prĂ©sence massive sur les rĂ©seaux sociaux.

Le parti, dont une frange souhaite un rapprochement avec le Front national français ou le FPÖ autrichien, a radicalisĂ© son discours depuis sa crĂ©ation, adoptant la stratĂ©gie inverse d'une Marine Le Pen qui a cherchĂ© au contraire Ă  "dĂ©diaboliser" le FN.

- "Islamisation grandissante" -

Durant cette campagne, Alexander Gauland a dĂ©noncĂ© une "islamisation grandissante de l'Allemagne". Cet ancien militant de la CDU d'Angela Merkel, ĂągĂ© de 76 ans, a assurĂ© que le terrorisme trouvait ses racines dans le Coran. Ses sympathisants ont perturbĂ© Ă  maintes reprises les meetings de la chanceliĂšre, en particulier dans l'ex-RDA (est) oĂč le rejet des autoritĂ©s fĂ©dĂ©rales est jugĂ© prĂ©occupant. "La RĂ©publique va changer", indique Ă  l'AFP le politologue de DĂŒsseldorf, Fabian Virchow.

"Au Bundestag, les autres partis vont se déplacer un peu vers la droite sur les questions d'ordre et de sécurité", juge le chercheur. Une partie de ses cadres puise volontiers dans le vocabulaire nazi, en qualifiant Angela Merkel de "traßtre à la patrie" par exemple, et remet en cause le consensus mémoriel des Allemands basé sur le repentir.

Alexander Gauland n'a pas hésité à vanter "les performances des soldats" de l'armée d'Hitler et certains candidats ont tenu des propos révisionnistes.
Partisan d'une sortie de l'Allemagne de l'euro, l'AfD prÎne des positions traditionnelles sur la famille. Climato-sceptique, le parti réclame également l'annulation de l'Accord de Paris sur le climat.

AFP

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