Gastronomie

La fleur comestible "made in France", un marché de niche autour de Nice

  • PubliĂ© le 24 juillet 2020 Ă  20:07
  • ActualisĂ© le 24 juillet 2020 Ă  21:07
Le goût "un peu concombre" de la fleur de bourrache (sur la photo), la saveur poivrée de la capucine: un marché de niche se développe autour de la fleur comestible.

Le goût "un peu concombre" de la fleur de bourrache, la saveur poivrée de la capucine : autour de Nice, l'horticulture a mal résisté à la spéculation fonciÚre, mais un marché de niche se développe autour de la fleur comestible.

Dans les cuisines de l'hĂŽtel Negresco, sur la Promenade des Anglais, la cheffe Virginie Basselot en raffole : "Pas forcĂ©ment sur tous les plats", dit-elle, mais "c'est Ă©lĂ©gant et surtout, ça apporte un cĂŽtĂ© gustatif intĂ©ressant". "On peut aller de parfums trĂšs doux, comme l'oeillet du poĂšte, Ă  des parfums trĂšs intenses, comme l'alysson maritime ou la capucine, oĂč l'on est vraiment sur un goĂ»t de wasabi qui ne laisse pas insensibles les papilles", confirme Mireille Auda, 58 ans, dont l'exploitation maraĂźchĂšre familiale s'est lancĂ©e en 2004 dans la fleur prĂȘte Ă  manger.

"Notre mĂ©tier premier, c'est de servir la restauration haut de gamme, dont les chefs ont toujours de l'avance sur les tendances. En Ă©changeant avec eux, en voyant les magazines, on s'est dit 'Tiens, il y a une demande autour de la fleur'", raconte l'agricultrice. Ses cagettes de fleurs sont expĂ©diĂ©es vers la restauration et la grande distribution, et reprĂ©sentent 10% de son chiffre d'affaires. "Ça reste une niche, pas un marchĂ©!", tempĂšre-t-elle. "On l'a fait pour rajeunir notre image, mais pendant des annĂ©es, on a perdu de l'argent. Les gros concurrents sont le Maroc et IsraĂ«l".

Selon Mme Auda, la région compte quatre ou cinq producteurs importants de fleurs comestibles : "AprÚs, il y a une foule de petits producteurs avec des petites variétés plus difficiles à mettre en oeuvre, qui travaillent en circuit court et livrent les restaurants autour de leur exploitation". Eve Vernice, 42 ans, est retournée au lycée horticole d'Antibes aprÚs avoir fait mille métiers. Elle fait partie de ces tout petits producteurs qui ont trouvé leur place dans l'écosystÚme du luxe propre à la CÎte d'Azur, avec ses palaces et ses tables étoilées.

"J'y suis allée au culot!", dit-elle. Un jour, elle croque dans une gesse, fleur rose au goût de petit pois et a le coup de foudre. "Je me suis dit 'La beauté se mange !'et j'ai changé mon projet".

- "Subtil et raffiné" -

Depuis sept ans, elle travaille sur deux hectares en pente loués à la commune de Menton, en récoltant autour de son cabanon juste aprÚs la rosée et avant les rayons du soleil. Sur une quarantaine de variétés à la carte, la majeure partie est sauvage : le climat de Menton est béni.

"J'ai des appels de plein de jeunes en France qui veulent faire ça, mais ça reste trÚs virtuel car ils n'ont pas la clientÚle à cÎté et sont coincés. Ils doivent faire du mini-légume", dit-elle. "Quand j'ai démarré, c'était trÚs difficile. Maintenant, on arrive vers des chefs plus jeunes qui ont envie de tout révolutionner et la fleur leur parle, parce que c'est subtil, raffiné et qu'une assiette, c'est d'abord le plaisir des yeux", ajoute-t-elle.

Longtemps terre d'élection de l'oeillet, cultivé sur d'anciens coteaux à vignes, la région de Nice a perdu 90% de ses exploitations horticoles en 50 ans et les surfaces cultivées ont fondu de 70%. Il ne reste qu'une centaine d'horticulteurs.

La fleur comestible, alors ? "Ça ne va pas sauver la filiĂšre horticole, mais ça se dĂ©veloppe", observe AurĂ©lie Tourlourat, technicienne au Centre de recherche et d'expĂ©rimentation agricole mĂ©diterranĂ©en (CREAM) de la Chambre d'agriculture des Alpes-Maritimes, aidĂ© par le dĂ©partement. Avec des chercheurs italiens et un financement europĂ©en, l'Ă©quipe a fait un inventaire des spĂ©cimens comestibles, analysĂ© les rendements, les qualitĂ©s gustatives, travaillĂ© sur les itinĂ©raires de production, les procĂ©dĂ©s de sĂ©chage, de stockage, de transformation.

MangĂ©es fraĂźches, les fleurs peuvent aussi ĂȘtre cristallisĂ©es, servies en sirop, dans du sel, du sucre ou du beurre aromatisĂ©. Un livre de recettes bilingue doit paraĂźtre, conçu avec des chefs de la CĂŽte d'Azur et de la Riviera des fleurs cĂŽtĂ© italien. AurĂ©lie Tourlourat elle-mĂȘme s'est chargĂ©e d'essais, notamment sur le bĂ©gonia: "TrĂšs acide comme le citron, ça se marie trĂšs bien avec du poisson, les gens adorent ou dĂ©testent!".

AFP

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