Economie

La France championne du monde de distribution de dividendes, selon Oxfam

  • PubliĂ© le 14 mai 2018 Ă  15:43
  • ActualisĂ© le 14 mai 2018 Ă  15:46
CAC 40 : bénéfices des entreprises

La France est devenue la championne du monde en matiÚre de distribution de dividendes aux actionnaires, affirme un rapport de l'ONG Oxfam publié lundi, dont la méthodologie est toutefois critiquée par certains observateurs.


Selon ce document intitulĂ© "CAC 40: des profits sans partage", rĂ©alisĂ© avec le Bureau d'analyse sociĂ©tale pour une information citoyenne (Basic), "la France est le pays au monde oĂč les entreprises cotĂ©es en Bourse reversent la plus grande part de leurs bĂ©nĂ©fices en dividendes aux actionnaires".

Les groupes du CAC 40 ont ainsi redistribuĂ© Ă  leurs actionnaires les deux tiers de leurs bĂ©nĂ©fices entre 2009 - annĂ©e de la crise financiĂšre mondiale - et 2016, soit deux fois plus que dans les annĂ©es 2000, selon la mĂȘme source. Cela a conduit ces entreprises Ă  ne laisser "que 27,3% au rĂ©investissement et 5,3% aux salariĂ©s", ont calculĂ© les ONG, dĂ©nonçant des choix Ă©conomiques qui nourrissent une "vĂ©ritable spirale des inĂ©galitĂ©s".

"Les richesses n'ont jamais été aussi mal partagées depuis la crise au sein des grands groupes, qui choisissent délibérément une course aux résultats de court terme pour conforter les actionnaires et les grands patrons au détriment des salariés et de l'investissement", explique Manon Aubry, porte-parole d'Oxfam France.

Cette course est "tirĂ©e par des fonds d'investissement, des fonds spĂ©culatifs qui cherchent juste la rĂ©munĂ©ration dans les six mois, dans l'annĂ©e", a-t-elle soulignĂ© sur franceinfo, affirmant que le modĂšle français avait "pris le pas du modĂšle anglo-saxon pour mĂȘme le dĂ©passer".

Dans le dĂ©tail, le sidĂ©rurgiste ArcelorMittal, l'Ă©nergĂ©ticien Engie et le leader mondial de la gestion de l'eau Veolia sont, dans l'ordre, ceux ayant les taux les plus Ă©levĂ©s de redistribution des bĂ©nĂ©fices en dividendes aux actionnaires, indique le rapport. ArcelorMittal a reversĂ© des dividendes entre 2012 et 2015, alors que le groupe affichait des pertes, et Engie et Veolia, deux entreprises oĂč l'Etat est actionnaire, ont reversĂ© plus de dividendes que ce qu'elles ont rĂ©alisĂ© en bĂ©nĂ©fices, selon les ONG.

- "Un vrai sujet" -

Le rapport a suscitĂ© de vives rĂ©actions politiques sur Twitter. "Le partage des bĂ©nĂ©fices des entreprises du CAC 40 entre 2009 et 2016 (...) illustre l'imposture absolue de la thĂ©orie du ruissellement chĂšre Ă  Emmanuel Macron. VoilĂ  l'illustration de cette sĂ©cession des riches qu'encourage le nouveau pouvoir", a ainsi Ă©crit BenoĂźt Hamon, ancien candidat socialiste Ă  la prĂ©sidentielle, aujourd'hui Ă  la tĂȘte de GĂ©nĂ©ration-S.

Pour la France Insoumise, le rapport pointe une "exception française qui ne peut plus ĂȘtre tolĂ©rĂ©e: la richesse produite doit ĂȘtre partagĂ©e".
"On a un indice (le CAC 40, ndlr) qui distribue beaucoup de dividendes", convient Loïc Dessaint, directeur général de Proxinvest, un cabinet d'analyse de gouvernance et de politique de vote, qui indique avoir de plus en plus de clients investisseurs s'inquiétant de cette tendance et développant des politiques de distribution de dividendes responsables.

Mais le responsable émet quelques bémols sur le rapport: "pas mal d'entreprises françaises distribuent des dividendes en action", ce qui n'occasionne "pas de sortie de cash", observe-t-il notamment. "La méthodologie d'Oxfam est trÚs mauvaise", estime de son cÎté Patrick Artus, chef économiste chez Natixis et co-auteur d'un ouvrage intitulé "Et si les salariés se révoltaient?". Selon l'économiste, Oxfam ne s'intéresse qu'à la partie de la participation et de l'intéressement versés aux salariés, et ne tient pas compte de l'intégralité des salaires. Or, "en France, les salaires augmentent plus vite que la productivité", observe-t-il.

Autre problÚme, le rapport compare des données mondiales - les profits des multinationales - et des données françaises sur la participation et l'intéressement, critique l'économiste.

En outre, "les dividendes ne disent rien sur la rentabilité du capital par actionnaire", ajoute-t-il, soulignant qu'en France, les entreprises versent plus de dividendes que dans d'autres pays comme les Etats-Unis mais que le rendement du capital y est nettement plus faible. Néanmoins, "il y a un vrai sujet qui est le partage des revenus entre les profits et les salaires, entre les salariés et les actionnaires", reconnaßt M. Artus.
AFP

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