Etats-Unis

La justice américaine poursuit Assange en vertu des lois sur l'espionnage

  • PubliĂ© le 24 mai 2019 Ă  02:29
  • ActualisĂ© le 24 mai 2019 Ă  09:19
Le fondateur de Wikileaks Julian Assange le 1er mai 2019 Ă  Londres

La justice américaine a inculpé jeudi le fondateur de WikiLeaks Julian Assange en vertu des lois anti-espionnage, s'attirant immédiatement les foudres des défenseurs de la liberté de la presse. Les Etats-Unis reprochent à l'Australien d'avoir mis en danger certaines de leurs sources lors de la publication, en 2010 par WikiLeaks, d'une somme colossale de documents militaires et diplomatiques.

Ils accusent aussi cet homme ùgé de 47 ans, détenu à Londres et visé par une procédure d'extradition vers les Etats-Unis, d'avoir "comploté" avec l'ex-analyste militaire Chelsea Manning, à l'origine de cette fuite sans précédent.

Julian Assange est soupçonnĂ© d'avoir "aidĂ©" et "incitĂ©" le soldat Manning "Ă  obtenir des informations confidentielles en sachant qu'elles pouvaient ĂȘtre utilisĂ©es au dĂ©triment des Etats-Unis et Ă  l'avantage d'une nation Ă©trangĂšre", a dĂ©clarĂ© le ministĂšre de la Justice, en rĂ©vĂ©lant 17 nouveaux chefs d'inculpation.
"C'est de la folie", a instantanément réagi l'organisation WikiLeaks sur Twitter. "C'est la fin du journalisme sur les sujets de sécurité nationale et la fin du premier amendement" de la Constitution américaine qui garantit la liberté d'expression, a-t-elle ajouté.

Cette inculpation "pose une menace directe à la liberté de la presse et au journalisme d'investigation", a renchéri Reporters sans frontiÚres (RSF), tandis que l'organisation Freedom of the Press évoquait "un grand danger pour les journalistes". "Le ministÚre prend au sérieux le rÎle des journalistes dans notre démocratie, mais Julian Assange n'est pas un journaliste", a rétorqué lors d'une conférence de presse John Demers, responsable des questions de sécurité nationale au ministÚre de la Justice.

"Aucun journaliste responsable ne publierait sciemment les noms de sources confidentielles en zones de guerre, sachant que cela les exposerait au plus grand danger", a-t-il justifié.

- Secret -

Suite à une demande d'extradition formulée par les Etats-Unis, Julian Assange a été interpellé le 11 avril à l'ambassade d'Equateur à Londres. Il s'y était réfugié en 2012, en partie pour fuir la justice américaine aprÚs la publication par WikiLeaks de 250.000 cùbles diplomatiques et d'environ 500.000 documents confidentiels portant sur les activités de l'armée américaine en Irak et en Afghanistan.

Cette fuite sans prĂ©cĂ©dent avait Ă©tĂ© saluĂ©e par certains AmĂ©ricains, qui avaient notamment louĂ© la dĂ©nonciation de bavures militaires. Mais les autoritĂ©s, dĂ©nonçant dĂ©jĂ  une grave mise en danger des agents de terrain, avaient immĂ©diatement lancĂ© une enquĂȘte. La justice avait toutefois avancĂ© avec prudence, consciente d'ĂȘtre sur une ligne de crĂȘte.

Pendant la campagne électorale de 2016, Julian Assange s'était aliéné d'autres Américains en publiant des emails volés par des hackeurs russes à la campagne de la démocrate Hillary Clinton.

En 2017, WikiLeaks avait publié des documents compromettants pour la CIA, suscitant la colÚre de son chef Mike Pompeo (devenu depuis secrétaire d'Etat). "C'est un service de renseignement non étatique hostile", avait-il lancé.

En 2018, un grand jury avait finalement inculpé Julian Assange dans le plus grand secret pour association de malfaiteurs en vue de réaliser un "piratage informatique", une peine passible de cinq ans de prison.

ConcrĂštement, les Etats-Unis lui reprochaient seulement d'avoir proposĂ© Ă  Chelsea Manning de l'aider Ă  obtenir un mot de passe du ministĂšre de la DĂ©fense. Mais le grand jury ne s'est pas arrĂȘtĂ© lĂ . En mars 2019, il a convoquĂ© Chelsea Manning, libĂ©rĂ©e aprĂšs sept ans de prison, pour l'interroger sur Julian Assange.

L'ancien soldat Bradley Manning, devenue femme lors de sa détention, a refusé de répondre, critiquant une procédure "opaque" et peu démocratique. Accusée "d'entrave" au bon fonctionnement de la justice, cette icÎne des personnes transgenres a été renvoyée derriÚre les barreaux.
Le grand jury ayant atteint la fin de son mandat, un nouveau collectif de citoyens a Ă©tĂ© tirĂ© au sort pour poursuivre l'enquĂȘte. C'est lui qui vient de procĂ©der aux nouvelles inculpations.

Les nouveaux chefs d'accusation peuvent entraßner des peines de dix ans de prison chacun. Par ailleurs, la justice suédoise a rouvert des poursuites pour viol à l'encontre de Julian Assange, qui nie toute agression.

AFP

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