En recul sur le terrain, ses sanctuaires en Syrie et Irak menacĂ©s, le groupe Ătat islamique (EI) compte de plus en plus sur la manipulation, via internet, d'apprentis-jihadistes pour passer Ă l'action dans le monde entier, prĂ©viennent des experts.
Ces attaques ou tentatives d'attentats sont parfois attribuĂ©es aux fameux "loups solitaires", mais les enquĂȘtes dĂ©montrent que dans presque tous les cas leurs auteurs ont Ă©tĂ© motivĂ©s, encouragĂ©s, aidĂ©s, tĂ©lĂ©guidĂ©s, parfois Ă la minute et au mĂštre prĂšs, par des cyber-marionnettistes passĂ©s maĂźtres dans l'art d'inciter leurs adeptes Ă "frapper les infidĂšles".
Les routes vers les "terres du Califat", occupĂ©es en Syrie et Irak par l'EI Ă©tant de plus en plus contrĂŽlĂ©es, ils incitent leurs adeptes Ă frapper lĂ oĂč ils habitent, quitte Ă mener des actions plus artisanales mais qui n'en sont pas moins, comme Ă Nice ou Ă Berlin avec de simples camions, mortelles et terrorisantes.
Dans un rapport publié lundi, des experts de l'ONU assurent que "de nombreuses attaques qui semblent avoir été inspirées et revendiquées par l'EI sont initialement attribuées à des acteurs solitaires, mais les investigations qui les suivent démontrent que leurs auteurs ont souvent reçu le soutien ou l'aide matérielle d'autres extrémistes".
Le véritable "loup solitaire" qui ne confie ses intentions à personne, ne contacte personne, n'a besoin de personne pour choisir sa cible, trouver ses armes puis passer à l'action est, du coup, certes indétectable mais trÚs exceptionnel.
"Le plus souvent", écrit dans une note récente le cabinet d'expertise new-yorkais Soufan Group, "un parent proche ou un ami de l'auteur de l'attaque savait quelque chose à l'avance, ou bien le jihadiste avait reçu via internet des encouragements, des motivations ou avait communiqué quelque chose à propos de son projet".
Au cours des derniers mois des attentats ont été menés, ou des tentatives déjouées à la derniÚre minute notamment en France, en Australie, en Allemagne, en Indonésie, en Inde, en Malaisie et au Bangladesh par des apprentis-jihadistes directement pris en main, via internet, par des manipulateurs de l'EI spécialisés dans ces tùches, basés en Irak ou en Syrie et opérant via des applications cryptés.
- 'Déchire ton billet' -
"Bien que la reprise (par la coalition anti EI) des territoires que le mouvement jihadiste contrÎle soit cruciale pour parvenir à affaiblir l'organisation, elle va sans aucun doute trouver les moyens de s'adapter", souligne Bridget Moreng, analyste au sein du cabinet Valens Global, basé à Washington.
"L'emploi de coordinateurs virtuels est une stratĂ©gie Ă laquelle le groupe peut avoir recours Ă long terme, poursuit-elle. Ils peuvent opĂ©rer de n'importe oĂč, avec pour seules armes un ordinateur et une connexion internet (...) L'Occident doit se prĂ©parer Ă subir des attaques longtemps aprĂšs la chute du Califat".
L'un des marionnettistes de l'EI les plus rĂ©putĂ©s, et les plus redoutables, est le Français d'origine algĂ©rienne Rachid Kassim, 29 ans. Son nom, ses pseudonymes, les traces de ses connections ont Ă©tĂ© trouvĂ©es par les enquĂȘteurs dans plusieurs affaires, notamment l'assassinat fin juillet en France, par deux jeunes jihadistes, d'un prĂȘtre dans son Ă©glise.
Une quinzaine de personnes, souvent jeunes voire mineures, ont été interpellées et inculpées depuis cet été pour des menaces ou des projets d'attentats inspirés par ses appels au meurtre, le plus souvent publiés sur la messagerie cryptée Telegram.
"Déchire ton billet pour la Turquie, le firdaws (paradis) est devant toi" lançait-il en juillet dans une vidéo. "Tu manipules deux ou trois voyous, tu trouves une arme dans n'importe quel quartier".
Au cours d'une enquĂȘte au long cours diffusĂ©e jeudi, des journalistes de l'Ă©mission tĂ©lĂ©visĂ©e française EnvoyĂ© SpĂ©cial se sont fait passer pour des jeunes filles radicalisĂ©es et ont contactĂ© Rachid Kassim.
"Au niveau des actions que tu voudrais faire, il y en a deux", leur a-t-il lancé dans un message audio: "Soit tu essaies de venir ici, soit tu fais un truc de ouf là -bas, si tu vois ce que je veux dire".
Par Eric BERNAUDEAU - © 2017 AFP


