Avec un orchestre issu d'un projet social

La musique porteuse d'espoir, des favelas de Rio au Vatican

  • PubliĂ© le 31 mai 2017 Ă  17:13
Au pied du célÚbre Christ Rédempteur du Corcovado à Rio, l'Orquestra Maré do Amanha, un orchestre issu d'un projet social fondé en 2010 dans une des favelas les plus violentes du Brésil.

En 2013, les larmes de Debora Santos coulaient comme la pluie qui l'a empĂȘchĂ©e de jouer devant le pape François Ă  Rio. Quatre ans plus tard, elle pleure de joie Ă  l'idĂ©e de s'envoler pour Rome.


Avec l'Orquestra Maré do Amanha, orchestre issu d'un projet social fondé en 2010 dans une des favelas les plus violentes du Brésil, cette violoncelliste de 18 ans se produira samedi prochain au Vatican.
Une juste rĂ©compense aprĂšs le rendez-vous manquĂ© des JournĂ©es Mondiales de la Jeunesse (JMJ). Les jeunes Cariocas auraient dĂ» se prĂ©senter devant le pape en juillet 2013, au pied du cĂ©lĂšbre Christ RĂ©dempteur du Corcovado, mais leur rĂȘve a Ă©tĂ© noyĂ© par les intempĂ©ries.
"Nous étions trÚs tristes parce que nous avions préparé des morceaux spécialement pour lui. C'est gratifiant de voir tous nos efforts récompensés quatre ans aprÚs", s'émeut la jeune femme, dont l'instrument est à moitié couvert par de longues dreadlocks.
Samedi, le rĂȘve de 26 BrĂ©siliens ĂągĂ©s de 14 Ă  19 ans de jouer devant le pape va se rĂ©aliser Ă  l'occasion de l'opĂ©ration le "Train des enfants" organisĂ©e par le Vatican. Dans le public, il y aura aussi 400 enfants issus de rĂ©gions du centre de l'Italie frappĂ©es rĂ©cemment par des sĂ©ismes dĂ©vastateurs.


- Notes étouffées -


À 10.000 kilomĂštres de lĂ , au complexe de MarĂ©, la terre ne tremble pas, mais les Ă©changes de tirs nourris rythment la vie des habitants, otages de la guerre entre narcotrafiquants et des incursions policiĂšres musclĂ©es qui se multiplient ces derniĂšres semaines.
Selon l'ONG locale Redes da Maré (Réseaux de Maré), 18 morts violentes ont été recensées de janvier à avril dans cet ensemble de favelas qui regroupe 140.000 habitants proche de l'aéroport international de Rio, soit déjà une de plus que toutes celles de l'année 2016.
Lundi, les jeunes de l'orchestre sont montĂ©s au Corcovado, oĂč ils auraient dĂ» jouer devant le pape il y a quatre ans, pour participer Ă  une messe la veille de leur voyage, mais deux d'entre eux manquaient Ă  l'appel. Ils ont dĂ» rester enfermĂ©s chez eux Ă  cause d'une fusillade dĂ©clenchĂ©e lors d'une opĂ©ration policiĂšre.
"Nous avons déjà dû annuler beaucoup de répétitions à cause de la violence", regrette Bruno Costa, contrebassiste de 16 ans, dont les notes sont trop souvent étouffées par les détonations.
"C'est trĂšs compliquĂ© pour moi de me dĂ©placer dans le quartier avec mon instrument, qui est de trĂšs grande taille. Les trafiquants pensent que je transporte une arme dans mon Ă©tui, ou mĂȘme un cadavre", raconte-t-il.


- Nouveaux horizons -


Le genĂšse mĂȘme du projet puise ses racines dans la violence qui touche Rio au quotidien. C'est Ă  MarĂ© que la police a retrouvĂ© la voiture ensanglantĂ©e d'Armando Prazeres, cĂ©lĂšbre chef d'orchestre assassinĂ© en 1999.
AprÚs plusieurs années de dépression, son fils, Carlos Eduardo, a décidé de se dévouer corps et ùme à changer la vie de jeunes des favelas grùce à la musique. Aujourd'hui, le projet est présent dans toutes les écoles du quartier et 2.200 ont eu leur premier contact avec des instruments grùce à l'ONG.
"Beaucoup d'entre eux sont prisonniers de ce monde, leurs horizons sont trĂšs limitĂ©s. Mais aujourd'hui, nos jeunes musiciens rĂȘvent d'Ă©tudier Ă  Vienne et de jouer dans des grands orchestres", assure Carlos Eduardo Prazeres.
"Je suis sĂ»re que je peux aller loin si je travaille dur. Mon rĂȘve, c'est de jouer pour l'orchestre philharmonique de Berlin", annonce Debora, qui est tombĂ©e amoureuse du violoncelle en Ă©coutant la premiĂšre suite de Bach sur internet.
À Rome, le rĂ©pertoire sera plutĂŽt composĂ© de classiques de la musique Ă©rudite et traditionnelle brĂ©silienne, mais aussi un clin d??il au pape François, avec deux tangos argentins, d'Astor Piazzolla et Carlos Gardel.
Le pape François recevra aussi en cadeau un violon blanc signé par les jeunes musiciens, qui espÚrent en ramener un autre à Rio, avec un message spécial écrit de la main du pape pour leurs camarades restés à Rio.
"Ce qui me fait mal, c'est qu'aujourd'hui ils ne rĂȘvent que de quitter MarĂ©, parce que les conditions de vie sont trop difficiles. Je voudrais changer ça, montrer que la paix est possible", conclut le fondateur de l'ONG.

Par Louis GENOT - © 2017 AFP

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