La pittoresque Malte risque d'"imploser" dans sa jungle de béton galopante

  • PubliĂ© le 6 juin 2026 Ă  12:27
  • ActualisĂ© le 6 juin 2026 Ă  16:32
Located off the coast of Sicily, Malta has suffered record draughts and is highly vulnerable to desertification, which is aggravated by intensive urbanization.

"Parfois, je me rĂ©veille la nuit en me disant: +Mon Dieu, et si les pelleteuses Ă©taient arrivĂ©es ?+", confie Annalisa Schembri, qui se bat pour sauver son champ de blĂ© des promoteurs Ă  Malte, oĂč un boom de la construction engloutit terres et villages, menaçant mĂȘme des sites classĂ©s Ă  l'Unesco.

L'agricultrice de 42 ans a menĂ© campagne durant des mois pour empĂȘcher qu’une route ne soit construite sur sa parcelle situĂ©e dans le sud de Malte.

La petite Ăźle mĂ©diterranĂ©enne est le pays le plus densĂ©ment peuplĂ© d’Europe, et les permis de construire explosent malgrĂ© les scandales qui Ă©claboussent le secteur de la construction.

Malte a suscitĂ© l’indignation le mois dernier en dĂ©cidant de dĂ©molir une caserne britannique du XIXe siĂšcle pour construire un hĂŽtel cinq Ă©toiles et un complexe rĂ©sidentiel. Des experts alertent Ă©galement sur le fait que le temple prĂ©historique de Santa Verna est menacĂ© par la construction de luxueux appartements avec piscine.

Mais selon l’activiste Andre Callus, "le grignotage des espaces agricoles et verts" reprĂ©sente une menace encore plus grave pour ce pays trĂšs dĂ©pendant des importations, en premiĂšre ligne face au changement climatique et disposant de peu de ressources naturelles.

L’économie florissante de Malte, l’envolĂ©e de sa population -qui a augmentĂ© de prĂšs de 30% en une dĂ©cennie- et l’afflux massif de touristes —quelque quatre millions en 2025— exercent une "pression urbanistique considĂ©rable sur les terres", souligne auprĂšs de l'AFP M. Callus, membre du mouvement de dĂ©fense des droits "Moviment Graffitti".

Les habitants, "étouffés" par l'urbanisation galopante, fuient désormais vers les campagnes et y construisent également, déplore l'activiste, qui y voit un cercle vicieux.

- "Menace majeure" -

Les racines paysannes d'Annalisa Schembri remontent Ă  trois gĂ©nĂ©rations, mais sa famille a fait don du terrain il y a des dĂ©cennies Ă  l’Église catholique, qui l’a confiĂ© dans les annĂ©es 1990 au gouvernement pour qu’il l’administre.

Le loyer que payait la famille pour exploiter le champ, situé dans le sud de Malte, restait toutefois symbolique.

"L’idĂ©e, c’était que l’agriculture est une prioritĂ© absolue pour le pays, nous en avons besoin pour l’alimentation, pour la sĂ©curitĂ©, donc le gouvernement nous protĂ©geait", explique-t‑elle.

Mais une modification de la loi en 2006 a rendu constructibles des parcelles dans toute l’üle. Et comme la plupart des agriculteurs maltais ne possĂšdent pas les terres qu’ils cultivent, ils ne peuvent pas protĂ©ger les champs, ce qui fait de la pression immobiliĂšre une "menace majeure pour l’agriculture", estime Andre Callus.

Un terrain voisin étant destiné à la construction de logements, les promoteurs ont obtenu l'autorisation de goudronner le champ exploité par Mme Schembri.

Cette derniĂšre a lancĂ© une vigoureuse campagne mĂ©diatique et, finalement, le gouvernement a promis que la route ne serait pas rĂ©alisĂ©e — bien que le permis de construire soit toujours valable.

Ce ne sont pas seulement des "terres agricoles fertiles et vierges" que les promoteurs détruisent, déplore l'agricultrice, qui cultive également des tomates, des courgettes et des melons.

La surconstruction affecte aussi l’eau, un enjeu crucial dans ce pays insulaire oĂč les prĂ©cipitations sont la seule source d’eau douce naturelle.

"Il ne pleut plus Ă  Malte. Il y a une pĂ©nurie d’eau, mais nous avons dĂ©truit des puits, nous avons dĂ©truit les nappes phrĂ©atiques", souligne Mme Schembri.

"L’eau est la principale source de nourriture, et nous perdons tout cela", ajoute-t‑elle.

- "Faille" -

Située au large de la Sicile, Malte a subi ces derniÚres années des sécheresses record et est trÚs vulnérable à la désertification, aggravée par une urbanisation intensive.

"Ce niveau de croissance stratosphĂ©rique a des rĂ©percussions sur tout: sur les terres, sur la mer, sur la qualitĂ© de vie, et sur les inĂ©galitĂ©s parce qu’il crĂ©e Ă©normĂ©ment de richesse pour certains", note M. Callus.

Le Parti travailliste, qui a obtenu un nouveau mandat lors des élections législatives du mois dernier, a promis de suspendre les projets contestés le temps des procédures judiciaires.

Jusqu'à présent, les promoteurs poursuivaient leurs travaux, "aprÚs quoi, il est en fait trop tard. Cela a constitué une importante faille juridique pour les promoteurs", a déclaré Michael Briguglio, de l'Université de Malte, à l'AFP.

Il se dit sceptique quant Ă  une vĂ©ritable mise au pas du secteur, affirmant que le Parti travailliste comme le Parti nationaliste (conservateur), dans l’opposition, "sont Ă  la solde des promoteurs".

D'autant que la colĂšre face au boom de la construction n’est pas partagĂ©e par tous.

La flambée des prix du foncier et des loyers pénalise certains, mais de nombreux propriétaires ajoutent des étages à leurs maisons pour les louer à court terme, note Michael Briguglio.

Le résultat, ce sont des grues omniprésentes, de la poussiÚre et du bruit, tandis que les bùtiments historiques de Malte, en calcaire doré, sont rasés pour laisser place à des immeubles à plusieurs étages le long des cÎtes.

Autrefois, les enfants jouaient dans les champs et dans les rues ; aujourd’hui, il n’y a "plus d’espaces ouverts" dans un pays "sous stĂ©roĂŻdes", regrette Annalisa Schembri.

"Je m'attends Ă  ce que Malte finisse par s'effondrer ou imploser", conclut-elle.

 AFP

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