Nicaragua

La police a pris le contrĂŽle du quartier rebelle de Masaya

  • PubliĂ© le 18 juillet 2018 Ă  09:06
  • ActualisĂ© le 18 juillet 2018 Ă  10:29
Heurts entre manifestants et forces de police, le 16 juillet 2018 Ă  Masaya, au Nicaragua

Au terme de violents affrontements, les forces progouvernementales ont pris le contrÎle du quartier rebelle de la ville de Masaya, au sud du Nicaragua, qui avait érigé des barricades depuis le début de la contestation contre le président Daniel Ortega.

"Aujourd'hui (mardi), c'Ă©tait au tour de Monimbo, Ă  Masaya, de retrouver des rues libres de tout blocus oĂč les gens peuvent se dĂ©placer librement", a dĂ©clarĂ© le gouvernement nicaraguayen sur son site internet.

"Ce quartier historique célÚbre sa liberté, aprÚs avoir été kidnappé par des terroristes financés par la droite putschiste", est-il ajouté. L'Association nicaraguayenne des droits de l'Homme (ANPDH) a confirmé qu'aprÚs un "usage excessif de la force" contre les manifestants, la police et les groupes armés irréguliers avaient pris le contrÎle de la ville, a déclaré à l'AFP son dirigeant Alvaro Leiva.

Un millier d'hommes des forces anti-Ă©meutes et de paramilitaires fortement armĂ©s Ă  bord d'une quarantaine de pick-up Ă©taient entrĂ©s au petit matin dans Masaya, situĂ© Ă  une trentaine de kilomĂštres de la capitale Managua. Au moins deux personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es dans l'assaut, "une femme ĂągĂ©e et un policier", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP la prĂ©sidente du Centre nicaraguayen des droits de l'Homme (Cenidh), Vilma NĂșñez.

"Une chasse sans discrimination a Ă©tĂ© lancĂ©e contre le peuple, il y a des raids sur les maisons, ils enfoncent les portes, ils jettent les gens et leurs affaires dans la rue", avait-elle dĂ©noncĂ©. Les accĂšs Ă  la ville avaient Ă©taient bloquĂ©s et les journalistes empĂȘchĂ©s de passer: visĂ©e par les tirs, une Ă©quipe de l'AFP a Ă©tĂ© contrainte de faire demi-tour aux abords de la ville.

"Ils attaquent Monimbo! Les balles atteignent l'Ă©glise Maria Magdalena, oĂč le prĂȘtre s'est rĂ©fugiĂ©", avait Ă©crit sur Twitter l'Ă©vĂȘque auxiliaire de Managua, Silvio Baez, appelant le prĂ©sident nicaraguayen Daniel Ortega Ă  "arrĂȘter ce massacre". Sur les vidĂ©os et enregistrements publiĂ©s sur les rĂ©seaux sociaux, on peut entendre des tirs nourris et des cris. Des habitants et des journalistes locaux ont rapportĂ© la prĂ©sence d'hommes cagoulĂ©s Ă©quipĂ©s de fusils d'assaut Kalachnikov et M16, ainsi que de tireurs d'Ă©lite.

- "Opération nettoyage" -

Cette incursion, rebaptisĂ©e par l'opposition "opĂ©ration nettoyage", ciblait le quartier indigĂšne de Monimbo, oĂč la population est fortement mobilisĂ©e contre le gouvernement. Des barricades allant jusqu'Ă  deux mĂštres ont Ă©tĂ© Ă©levĂ©es dans cette ville de 100.000 habitants. "On nous attaque avec des armes lourdes, c'est une des opĂ©rations les plus violentes lancĂ©es contre Masaya, on entend des dĂ©tonations et des tirs de mitrailleuses", avait dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP le dirigeant du mouvement Ă©tudiant du "19 avril", Cristian Fajardo.

Dans une vidĂ©o tournĂ©e au milieu de l'attaque, les jeunes du quartier de Monimbo se disaient prĂȘts Ă  mourir pour un "Nicaragua libre". "Nous n'allons pas les laisser entrer ici, si nous devons mourir pour notre pays, nous allons mourir". La vice-prĂ©sidente Rosario Murillo, Ă©galement Ă©pouse du chef de l'Etat, avait cĂ©lĂ©brĂ© plus tĂŽt l'avancĂ©e de la "libĂ©ration" de la ville rebelle, estimant que les manifestants Ă©taient "une minoritĂ© remplie de haine".

"La bonne nouvelle en provenance du Nicaragua est que le coup d'État a Ă©chouĂ©, c'est-Ă -dire que la tentative de coup d'Etat au Nicaragua est dĂ©jĂ  vaincue", a affirmĂ© mardi Ă  Bruxelles Paul Oquist, le ministre nicaraguayen chargĂ© des politiques nationales, dans un entretien Ă  l'AFP. "Il n'y a plus de barrages routiers", "les Ă©tudiants peuvent retourner en cours", a-t-il soutenu. Le gouvernement qualifie les manifestants de "putschistes" et de "dĂ©linquants".

Pendant ce temps, le Parlement, contrÎlé par le camp au pouvoir, a adopté une loi punissant de 15 à 20 ans de prison les actes de terrorisme. Sont notamment ciblés les auteurs d'actes visant à "altérer l'ordre constitutionnel", ce qui, selon l'opposition, pourrait concerner les manifestants.

Le leader paysan Medardo Mairena, l'un des reprĂ©sentants de l'opposition dans le dialogue avec le gouvernement, a Ă©tĂ© accusĂ© mardi Ă  Managua de terrorisme, crime organisĂ©, assassinat et tentative de saper l'ordre constitutionnel du pays, ont annoncĂ© des sources judiciaires. Les affrontements Ă  Masaya interviennent au moment oĂč la communautĂ© internationale rĂ©clame avec insistance l'arrĂȘt de la rĂ©pression. Les Etats-Unis ont "fermement" exhortĂ© mardi le prĂ©sident du Nicaragua Ă  cesser "la violence et le bain de sang".

L'Union européenne a aussi demandé mardi la "fin immédiate" de la violence au Nicaragua et exigé le démantÚlement des groupes armés irréguliers. La veille, 13 pays d'Amérique latine et l'ONU avaient réclamé la cessation immédiate des violences. Le Nicaragua, pays le plus pauvre d'Amérique centrale, est secoué depuis trois mois par des violences qui ont fait plus de 280 morts et quelque 2.000 blessés.

Un mouvement de protestation, dont les Ă©tudiants sont le fer de lance, a Ă©tĂ© lancĂ© le 18 avril contre le gouvernement de Daniel Ortega, ex-guĂ©rillero de 72 ans, Ă  la tĂȘte du Nicaragua depuis 2007 aprĂšs l'avoir dĂ©jĂ  dirigĂ© de 1979 Ă  1990.

Il est accusé d'avoir mis en place avec son épouse Rosario Murillo, une "dictature" marquée par la corruption et le népotisme. Ses adversaires demandent des élections anticipées ou son départ.

AFP

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