Le parti conservateur a passé un bel été à observer de loin la zizanie au sein du Labour.
Mais la question du rĂ©fĂ©rendum sur l'UE risque de venir empoisonner son congrĂšs annuel qui s'est ouvert dimanche Ă Manchester.L'Ă©tat de grĂące est terminĂ©. Largement réélu en mai, le Premier ministre David Cameron a profitĂ© de quelques mois paisibles, pendant que l'opposition se dĂ©chirait sur l'arrivĂ©e Ă la tĂȘte du parti travailliste de Jeremy Corbyn.
Mais au moment de battre le rappel de ses troupes, dans la grisaille de Manchester, les ennuis reprennent, avec un sujet qui divise les Tories depuis toujours: l'Europe et, plus particuliÚrement, le référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni au bloc des 28 promis d'ici à la fin 2017 au plus tard.
Samedi, plusieurs poids lourds de son gouvernement, le ministre des Affaires Ă©trangĂšres Philip Hammond en tĂȘte, ont rĂ©pĂ©tĂ© qu'ils n'excluaient pas de faire campagne pour la sortie du Royaume-Uni de l'UE si David Cameron n'arrivait pas Ă arracher Ă ses partenaires europĂ©ens des concessions substantielles.
Or dimanche, le Premier ministre a bien été obligé de reconnaßtre que les négociations risquaient de ne pas aboutir. "J'essaie d'obtenir pour le Royaume-Uni les choses dont nous avons besoin et évidemment dÚs que je les aurai obtenues je plaiderai pour un maintien dans une Europe réformée", a-t-il déclaré.
"Mais aujourd'hui, je me bats pour obtenir ces choses et je ne peux pas garantir que je vais les obtenir", a-t-il ajouté, alors qu'il s'est toujours dit jusqu'ici "confiant" sur le résultat des négociations.
Ces déclarations confortent à la fois les eurosceptiques dans son parti estimant qu'il n'est pas assez vindicatif avec ses homologues européens. Mais aussi les europhiles regrettant que le Premier ministre ne s'engage pas suffisamment pour maintenir le pays dans l'UE, alors que la campagne en faveur de la sortie prend de plus en plus d'ampleur, y compris au sein du camp conservateur.
- "Panique Ă Downing Street" -
Jeudi dernier, Nigel Lawson, ancien ministre des Finances de Margaret Thatcher a pris la tĂȘte des Tories eurosceptiques, affirmant qu'il voulait Ă©viter que des "voix xĂ©nophobes" monopolisent le dĂ©bat d'ici Ă la tenue du rĂ©fĂ©rendum.
Jusqu'ici, David Cameron est resté le plus flou possible sur les aménagements qu'il essaye d'obtenir, évoquant la nécessité de maintenir la compétitivité de son économie, de continuer à pouvoir protéger ses frontiÚres selon son bon gré et de s'exclure de toute union politique plus serrée.
Interrogé une nouvelle fois sur la position qu'il comptait personnellement adopter dans la campagne pour le référendum, il a répété: "J'ai toujours dit que si je n'obtiens pas ce que je veux, je n'exclus rien."
Les dissensions au sein du parti risquent de venir gĂącher un peu la fĂȘte au congrĂšs que les conservateurs ont par ailleurs toutes les raisons d'aborder dans la bonne humeur, aprĂšs leur triomphe inattendu aux Ă©lections lĂ©gislatives de mai.
Selon le Sunday Times, les services du Premier ministre auraient demandé aux ministres de la mettre en veilleuse sur le sujet. "C'est la panique à Downing Street. Ils étouffent tout débat sur l'Europe dans le parti", assure une source eurosceptique citée par le journal.
Mais la question europĂ©enne risque de revenir par la fenĂȘtre et pourrait occulter l'autre sujet qui devrait occuper les troupes conservatrices jusqu'Ă la fin du congrĂšs mercredi: la succession de David Cameron, qui avait nonchalamment lĂąchĂ© avant les Ă©lections de mai qu'il ne briguerait pas de troisiĂšme mandat.
En espérant aussi que le mouvement anti-austérité "The People's Assembly", qui organise une semaine entiÚre d'actions sous le mot d'ordre "Take Back Manchester" (Reprenez Manchester), ne vienne pas pourrir les débats.
Plusieurs dizaines de milliers de manifestants (60.000 selon les organisateurs) ont défilé dimanche dans les rues du centre-ville pour protester contre les coupes sociales et la politique d'austérité du gouvernement Cameron.
Beaucoup arboraient des pins à la gloire de Jeremy Corbyn, le nouveau leader du Labour, attendu à Manchester lundi pour un débat sur les services postaux.
Par Margaux SUBRA-GOMEZ - © 2015 AFP
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