Monnaie

La remontĂ©e inattendue de l'euro, un risque pour la croissance ?

  • PubliĂ© le 5 aoĂ»t 2017 Ă  11:29
Dopé par les doutes croissants sur la politique économique de Donald Trump, l'euro a effectué ces derniers mois une vigoureuse remontée face au dollar

Dopé par les doutes croissants sur la politique économique de Donald Trump, l'euro a effectué ces derniers mois une vigoureuse remontée face au dollar qui, si elle persiste, pourrait se traduire par un but marqué contre le camp de la croissance.


En début d'année, les marchés craignaient une victoire du Front national en France et tablaient sur une politique expansionniste aux Etats-Unis, grùce aux centaines de milliards de relance promis par M. Trump, qui auraient entraßné le retour de l'inflation, une forte hausse des taux et du dollar.

Contre toute attente, moins de huit mois plus tard, c'est la monnaie européenne qui est à la hausse: le spectre du populisme semble écarté depuis la victoire d'Emmanuel Macron en France et l'euro a du coup atteint mercredi son plus haut niveau depuis début janvier 2015 à 1,1910 dollar.

"La zone euro est perçue aujourd'hui comme une zone de stabilité", a expliqué à l'AFP l'économiste Philippe Waechter, de chez Natixis.
Cette confiance retrouvée est une bonne nouvelle pour l'Europe, une région restée à la traßne depuis le début de la crise et qui affiche enfin une croissance soutenue. Elle a atteint 0,6% au deuxiÚme trimestre par rapport au trimestre précédent dans les 19 pays ayant adopté la monnaie unique.

"Le vrai sujet, c'est pourquoi le dollar est si faible", s'est interrogé Ludovic Subran, chef économiste chez l'assureur-crédit Euler Hermes, qui attribue cette chute aux nombreux cafouillages de la Maison Blanche, aussi bien politiques qu'économiques. "A taux de croissance équivalent entre la zone euro et les Etats-Unis, avec des politiques monétaires presque en phase, c'est la confiance que les investisseurs et les entreprises ont dans chacune des zones qui fait la différence", a-t-il souligné.
Pour l'instant, l'impact sur la croissance est modéré, estimé à 0,1 point par M. Subran pour la zone euro cette année, mais si le renforcement de l'euro persiste il pourrait atteindre "0,3% à O,4%" l'an prochain.

Du coup, les regards se tournent vers la BCE (Banque centrale européenne) pour qu'elle vienne à nouveau à la rescousse. "Son rÎle est désormais de faire tout son possible pour que la croissance puisse s'étoffer encore et générer davantage d'emplois", a estimé M. Waechter. "Avec un euro un peu plus fort, on prend un risque sur ces aspects", a-t-il ajouté.
L'impact de l'euro fort est différent selon les pays. L'Allemagne, la premiÚre économie de la zone euro, n'a rien à craindre pour l'instant, a estimé Holger Schmieding, économiste chez Berenberg Bank, qui voit la monnaie unique "encore loin de son cours d'équilibre à long terme de 1,25 dollar."

- L'Italie en premiĂšre ligne

En outre, "un quart seulement des exportations allemandes sont encore libellées en dollar, quand un tiers du commerce extérieur est à destination de la zone euro et ne subit donc aucun effet de change", relativise auprÚs de l'AFP Ilja Nothnagel, experte à l'international au sein de l'Association allemande des chambres de commerce DIHK.

En revanche, l'Italie serait le pays "le plus touché par le renchérissement de l'euro", a assuré M. Subran, rappelant que ses exportations fluctuent toujours en fonction de la vigueur de la monnaie européenne.

"Si le rapport dollar/euro devait rester stable à ce niveau, on ne sera pas avantagé", a admis Licia Mattioli, vice-présidente chargée des affaires internationales de l'organisation patronale italienne Confindustria.

"L'effet pourrait ĂȘtre transversal sur nos exportations, qui ont crĂ» ces derniĂšres annĂ©es vers l'AmĂ©rique. Nous sommes exportateurs vers les Etats-Unis dans de nombreux secteurs: la mode, les accessoires, les bijoux, l'alimentation, l'automobile, les machines outil?", a-t-elle ajoutĂ©.

Toutefois, pour Lucia Tajoli, professeur de politique Ă©conomique Ă  l'Ă©cole de commerce de Polytechnique Ă  Milan, si l'euro est relativement fort, il n'est "pas non plus super fort". "Les exportations ont cru ces derniĂšres annĂ©es, elles pourraient souffrir un peu mais il ne devrait pas y avoir d'effets extrĂȘmement lourds", a-t-elle expliquĂ© Ă  l'AFP, soulignant que pour l'ensemble de l'Ă©conomie, "il y a de grands avantages Ă  voir rĂ©duire par exemple les coĂ»ts d'importation de l'Ă©nergie".

Pour la France, oĂč les Ă©conomistes situent le cours d'Ă©quilibre Ă  1,15 dollar, la hausse de l'euro va "forcĂ©ment se sentir dans des secteurs comme l'aĂ©ronautique", a expliquĂ© M. Subran, en rappelant toutefois que ce sont surtout les grands groupes tricolores qui exportent en dehors de la zone euro et qu'ils ont dĂ©montrĂ© par le passĂ© qu'ils savaient s'adapter Ă  l'euro fort.

Pour l'instant, la hausse de la devise ne devrait pas inquiĂ©ter l'Espagne, dont plus de la moitiĂ© des exportations se font vers la zone euro et les deux-tiers vers l'UE. Ses exportations ont d'ailleurs augmentĂ© de 5% sur les cinq premiers mois de l'annĂ©e, par rapport Ă  la mĂȘme pĂ©riode l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente.
 

AFP

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