Tensions

La Russie entame des manoeuvres militaires au Bélarus en pleine crise ukrainienne

  • PubliĂ© le 10 fĂ©vrier 2022 Ă  22:58
  • ActualisĂ© le 11 fĂ©vrier 2022 Ă  05:50
- Manœuvres d'hiver -

Les armĂ©es russe et bĂ©larusse ont entamĂ© jeudi de grandes manoeuvres au BĂ©larus, aux portes de l'Ukraine qui est au centre d'extrĂȘmes tensions entre la Russie et les Occidentaux et tandis que se poursuivent d'intenses efforts diplomatiques pour dĂ©samorcer la crise.

Le déploiement de ces soldats a été immédiatement qualifié par la présidence ukrainienne de moyen de "pression psychologique" employé par Moscou, qui a par ailleurs massé depuis novembre plus de 100.000 soldats prÚs de sa propre frontiÚre avec l'Ukraine.

Le ministre français des Affaires étrangÚres, Jean-Yves Le Drian, a regretté "un geste d'une grande violence", cependant que le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a parlé de "moment dangereux pour la sécurité en Europe". Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a quant à lui jugé "incompréhensible" l'inquiétude des Occidentaux à propos des manoeuvres au Bélarus.

- Avertissements -

Sur fond d'intensification des efforts diplomatiques ces derniÚres semaines, le chancelier allemand Olaf Scholz a de son cÎté averti la Russie qu'elle ne devait pas sous-estimer "l'unité" et "la détermination" des Européens. "Nous attendons maintenant de la Russie qu'elle prenne des mesures claires pour réduire les tensions actuelles", a-t-il insisté aprÚs une rencontre avec les dirigeants des pays baltes, trois ex-républiques soviétiques frontaliÚres de la Russie et devenues membres de l'Otan et de l'UE.

Les Occidentaux sont ouverts à "un dialogue sérieux avec la Russie", a-t-il ajouté, précisant que "des propositions concrÚtes" avaient été soumises à Moscou, sans toutefois entrer dans les détails.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson, en visite Ă  Varsovie, a Ă©galement insistĂ© sur la nĂ©cessitĂ© de convaincre Vladimir Poutine d'"engager une dĂ©sescalade". Et ce le jour-mĂȘme oĂč le Royaume-Uni a adoptĂ© la lĂ©gislation qui lui permet de durcir son rĂ©gime de sanctions contre la Russie, destinĂ© Ă  contribuer Ă  la dissuader d'envahir l'Ukraine.

A la veille des manoeuvres, l'armée russe a diffusé une vidéo montrant une batterie antiaérienne S-400 pointant ses missiles vers le ciel à partir d'un terrain enneigé de la région bélarusse de Brest, frontaliÚre de l'Ukraine.

Affirmant vouloir Ă©viter que ne se produisent des "incidents malencontreux" au moment oĂč commençaient ces exercices militaires, le chef d'Ă©tat-major amĂ©ricain, le gĂ©nĂ©ral Mark Milley, a eu un entretien tĂ©lĂ©phonique avec son homologue bĂ©larusse, le gĂ©nĂ©ral Viktor Goulevitch.

- "Opération défensive", selon Moscou -

Le Kremlin est accusĂ© de prĂ©parer une nouvelle opĂ©ration militaire contre l'Ukraine, aprĂšs l'annexion de la CrimĂ©e en 2014, des accusations rejetĂ©es par la Russie qui affirme vouloir assurer sa sĂ©curitĂ© face Ă  l'hostilitĂ© de Kiev et de l'Otan. Les manoeuvres russo-bĂ©larusses "se dĂ©roulent avec l'objectif de se prĂ©parer Ă  arrĂȘter et repousser une agression extĂ©rieure dans le cadre d'une opĂ©ration dĂ©fensive", a expliquĂ© le ministĂšre russe de la DĂ©fense.

Selon lui, elles ont lieu jusqu'au 20 février sur cinq terrains militaires, quatre bases aériennes et "différents sites" au Bélarus, notamment dans la région de Brest, au nord-ouest de la frontiÚre ukrainienne.

Le nombre des soldats et des équipements participant à ces exercices n'a pas été officiellement fourni, mais les Occidentaux affirment que 30.000 militaires russes ont été déployés au Bélarus dans ce cadre.

La Russie a en outre annoncé jeudi l'arrivée en Crimée de six navires de guerre en vue de prochaines manoeuvres en mer Noire, qui borde le sud de l'Ukraine.

- Dialogue entre "sourd et muet" -

Les tensions ont suscité cet hiver un ballet diplomatique pour tenter de désamorcer la crise. Le président français Emmanuel Macron s'est ainsi rendu lundi à Moscou, puis le lendemain à Kiev.

En cas d'attaque russe, les Occidentaux ont menacé la Russie de sanctions économiques majeures qui s'ajouteront à celles prises en 2014.

L'annexion de la Crimée a été suivie par le déclenchement d'un conflit dans l'est de l'Ukraine entre les forces de Kiev et des séparatistes soutenus par Moscou, une guerre qui a fait plus de 14.000 morts en huit ans, selon un dernier bilan de l'ONU.

La Russie nie chercher à déstabiliser l'Ukraine et jure vouloir se défendre face à l'Otan, que ce pays voisin souhaite rejoindre. Les négociations restent trÚs difficiles entre les deux camps, dont les positions semblent irréconciliables.

Moscou exige la fin de la politique d'élargissement de l'Alliance atlantique, l'engagement à ne pas déployer d'armes offensives à proximité des frontiÚres russes et le retrait d'infrastructures de l'Otan sur les frontiÚres de 1997, avant que cette organisation n'accueille d'ex-territoires qui appartenaient au bloc soviétique.

AFP

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