Mondial-2018

La Russie face au défi de l'accueil des supporters

  • PubliĂ© le 7 juin 2018 Ă  11:44
  • ActualisĂ© le 7 juin 2018 Ă  12:26
Logo de la Coupe du monde de football sur le toit d'un building Ă  Moscou, le 6 juin 2018

Il n'y a pas que les hooligans dans la vie: plus d'un million de supporters s'apprĂȘtent Ă  prendre le chemin de la Russie pour soutenir leur sĂ©lection Ă  la Coupe du monde, un dĂ©fi entre problĂ©matiques logistiques et frontiĂšres culturelles pour le pays-hĂŽte.


. Un million attendu

Il n'y aura pas de marĂ©e "Oranje", en l'absence de la sĂ©lection nĂ©erlandaise, mais quand mĂȘme les clapping islandais, la passion sud-amĂ©ricaine et peut-ĂȘtre mĂȘme quelques vuvuzelas: des supporters du monde entier, dĂ©guisements bariolĂ©s et instruments de musique divers, vont animer les rues des grandes villes russes jusqu'Ă  la mi-juillet.

Un million de personnes sont attendues au total en Russie, selon le prĂ©sident de la Fifa Gianni Infantino. En dĂ©but de semaine, l'instance helvĂ©tique totalisait 2 millions de tickets vendus, dont 872.578 Ă  des Russes. Le trio de tĂȘte des achats de tickets: Etats-Unis, BrĂ©sil et Colombie, juste devant l'Allemagne et le Mexique. L'objectif du comitĂ© d'organisation est clair: montrer aux supporters "une Russie inoubliable et haute en couleur", comme l'a expliquĂ© son directeur gĂ©nĂ©ral AlexeĂŻ Sorokine.

. 13 milliards de dollars en infrastructures

La Russie a mis le paquet sur les infrastructures, dĂ©boursant au total 13 milliards de dollars. "Les aĂ©roports de six villes ont des terminaux neufs, 21 nouveaux hĂŽtels ont Ă©tĂ© construits dans les villes organisatrices", avait Ă©numĂ©rĂ© M. Sorokine en mai, citant aussi "14 hĂŽpitaux prééquipĂ©s pour le tournoi". "Rien de superflu" pour la Russie, "nous en avions besoin", avait-il affirmĂ©."Cela rĂ©pond Ă  un objectif d'amĂ©nagement du territoire, avec un effet de rattrapage sur les 20 derniĂšres annĂ©es oĂč les investissements n'avaient pas Ă©tĂ© fait", abonde Jean-Baptiste GuĂ©gan, l'un des auteurs de "Football investigation, les dessous du football en Russie". L'objectif est aussi de faire du Mondial "un objet de rayonnement et d'attractivitĂ©", ce qui implique notamment que l'expĂ©rience des visiteurs soit optimale pour qu'ils recommandent la Russie une fois rentrĂ©s chez eux.

. Transports gratuits et 'Fan ID'

"Je n'ai jamais vu un pays qui a autant fait pour accueillir les fans", a assuré lundi auprÚs de plusieurs agences de presse, dont l'AFP, le président de la Fifa Gianni Infantino. Les supporters présents en Russie pourront "pour la premiÚre fois dans l'histoire" bénéficier "d'un systÚme de transports gratuits entre ville organisatrices, avec plus de 700 trains supplémentaires" affrétés pour l'occasion, selon Alexeï Sorokine.

"C'est un vrai bon systÚme mais l'offre n'est pas suffisante et l'immense majorité des trains est déjà réservée", note toutefois pour l'AFP Ronan Evain, le responsable de Football supporters Europe (FSE), un réseau rassemblant des supporters de plus de 40 pays.

. Le 'hic' des logements

Une inquiĂ©tude: "le logement, oĂč il peut y avoir de gros soucis parce que les propriĂ©taires d'appartement essaient de faire monter les prix, y compris en annulant des appartements dĂ©jĂ  louĂ©s", poursuit Ronan Evain. Une mĂ©saventure qui a Ă©galement concernĂ© la capitale de l'Ukraine, Kiev, oĂč se disputait la finale de la Ligue des champions fin mai."A Moscou, c'est en train de s'Ă©quilibrer parce que l'offre est gigantesque, mais dans les villes oĂč les infrastructures d'accueil sont insuffisantes, comme Saransk ou Nijni Novgorod, les prix s'enflamment", dit encore ce bon connaisseur de la Russie.

. Langue et droits de l'homme

Dernier écueil possible: l'épineuse question de la tolérance de la société russe. Beaucoup a été fait "pour former les volontaires et les forces de sécurité contre le racisme", note ainsi pour l'AFP Sylvia Schenk, de Transparency International et par ailleurs membre du conseil consultatif de la Fifa sur les droits de l'homme. Mais les risques de débordements racistes subsistent.

"La Fifa a aussi négocié avec les autorités russes pour que le drapeau arc-en-ciel", symbole de la cause LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres), "soit autorisé dans les stades", poursuit l'ancienne sportive allemande alors qu'une loi russe punit la "propagande" homosexuelle auprÚs des mineurs. "Il y aura une +house of pride+ à Moscou mise en place par des ONG russes et par la Fifa, et les autorités ont confirmé que personne ne serait poursuivi".

Plus anecdotique enfin, "de nombreux volontaires n'ont pas Ă©tĂ© formĂ©s Ă  l'anglais, y compris sur des phrases types comme +le stade est par lĂ +", regrette Ronan Evain. "Ce n'est pas forcĂ©ment trĂšs grave sauf s'il y a une difficultĂ©", un malaise ou une requĂȘte spĂ©cifique de la part d'un supporter ĂągĂ© par exemple, alors que les mesures de sĂ©curitĂ© imposeront souvent de marcher plusieurs kilomĂštres pour atteindre le stade.

AFP

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