Espace

La Russie va lancer vendredi son premier engin vers la Lune depuis 1976

  • PubliĂ© le 7 aoĂ»t 2023 Ă  19:01
  • ActualisĂ© le 7 aoĂ»t 2023 Ă  20:21
Une fusĂ©e Soyouz 2.1b transportant l'atterrisseur Luna-25 au cosmodrome de Vostochny au nord de Blagoveschensk dans la rĂ©gion de l'Amour en ExtrĂȘme-Orient russe

La Russie lancera vendredi son premier engin vers la Lune depuis 1976, a annoncé lundi l'agence spatiale russe Roscosmos, qui peine depuis des décennies à réaliser ses propres projets.

Le lancement de l'atterrisseur Luna-25 aura lieu "le 11 aoĂ»t Ă  02:10:57 heure de Moscou" (23:10:57 GMT jeudi), a dĂ©clarĂ© Roscosmos dans un communiquĂ©, Ă  un moment oĂč les autres puissances mondiales, comme les Etats-Unis et la Chine, multiplient les missions en vue d'alunissages.

Roscosmos a expliquĂ© qu'un lanceur Soyouz avait Ă©tĂ© "assemblĂ©" sur le cosmodrome Vostotchny, en ExtrĂȘme-Orient russe, pour le lancement de Luna-25, qui devra se poser prĂšs du pĂŽle Sud de la Lune, "en terrain difficile".

Le vol devrait durer entre "quatre jours et demi et cinq jours et demi", selon des données publiées par Roscosmos et citées par l'agence de presse officielle Tass.

Les autoritĂ©s de la rĂ©gion de Khabarovsk, dans l'extrĂȘme est, ont d'ores et dĂ©jĂ  annoncĂ© l'Ă©vacuation d'un village Ă  partir de vendredi matin, cette localitĂ© se trouvant dans la zone possible de retombĂ©e du premier Ă©tage du lanceur.

Une fois sur la Lune, Luna-25, qui pÚse prÚs de 800 kilogrammes, aura notamment pour mission, pendant au minimum un an, de "prélever (des échantillons) et analyser le sol et mener des recherches scientifiques à long terme", a souligné l'agence spatiale russe dans son communiqué officiel.

Ce lancement est la premiĂšre mission du nouveau programme lunaire de la Russie et intervient au moment oĂč ce pays cherche Ă  dĂ©velopper ses propres projets et Ă  renforcer sa collaboration spatiale avec PĂ©kin, sa coopĂ©ration avec les puissances spatiales occidentales ayant Ă©tĂ© ravagĂ©e depuis que l'armĂ©e russe a commencĂ© son assaut contre l'Ukraine.

"(Il) est d'une grande importance, pas mĂȘme pour la Russie de Poutine, mais pour celle de l'aprĂšs-Poutine, une Russie pacifique", analyse auprĂšs de l'AFP Vitali Egorov, un spĂ©cialiste russe de l'espace. "Ce lancement montrera que les Russes sont capables de s'engager dans l'exploration pacifique de l'espace", veut-il croire.

- Passé glorieux, avenir incertain -

AprÚs le déclenchement de l'offensive militaire par Vladimir Poutine, l'Agence spatiale européenne (ESA) a renoncé à travailler avec Moscou sur le lancement de Luna-25 et sur les futures missions 26 et 27.

La Russie avait déclaré qu'elle poursuivrait ses projets lunaires et remplacerait les équipements de l'ESA par des équipements scientifiques de fabrication nationale.

Pourtant, elle peine à innover depuis des décennies, son secteur spatial ayant été gangréné par le manque de moyens et la corruption. Elle se repose donc depuis des années sur la fiabilité de ses lanceurs mais Roscosmos fait face à une concurrence toujours croissante et sa position s'est dégradée avec les sanctions occidentales.

La Russie se revendique toujours comme une grande puissance spatiale au regard de son passé soviétique. Au cours d'un déplacement sur le cosmodrome Vostotchny en avril 2022, Vladimir Poutine avait tenu à rappeler que l'URSS avait réussi en 1961 à envoyer le premier homme dans l'espace, Youri Gagarine, malgré des sanctions "totales" prises contre elle.

Il avait ainsi assuré que la Russie continuerait à mettre en oeuvre son programme lunaire en dépit des représailles occidentales du fait du conflit en Ukraine.

"Nous sommes guidĂ©s par le dĂ©sir de nos ancĂȘtres d'aller de l'avant, malgrĂ© toutes les difficultĂ©s et toutes les tentatives de nous (en) empĂȘcher", avait lĂąchĂ© le prĂ©sident russe au cours d'un Ă©change avec des employĂ©s du cosmodrome.

En juin dernier, le chef de Roscosmos, Iouri Borissov, avait toutefois qualifié la mission lunaire russe de "risquée". "Partout dans le monde, la probabilité de réussite de telles missions est estimée à environ 70%", avait-il noté.

La derniÚre mission lunaire de l'URSS avait été celle de la sonde spatiale Luna-24, en 1976, plus de 25 ans aprÚs le premier programme de ce type.

Depuis la chute de l'Union soviétique, la Russie peine à se relancer dans l'exploration spatiale et ses programmes sont désormais concurrencés non-seulement par des acteurs étatiques mais aussi par des initiatives privées, comme celles de Space X, du milliardaire Elon Musk.

AFP

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