Station spatiale internationale

La Russie va quitter l'ISS "aprĂšs 2024"

  • PubliĂ© le 26 juillet 2022 Ă  20:02
  • ActualisĂ© le 26 juillet 2022 Ă  20:17
Photo prise à partir d'images de NASA TV d'une vue extérieure de la Station spatiale internationale (ISS), le 21 juillet 2022

La Russie a annoncĂ© mardi qu'elle allait arrĂȘter de participer Ă  la Station spatiale internationale (ISS) "aprĂšs 2024", soulevant la question de sa survie, sur fond de tensions russo-occidentales en raison de l'offensive russe en Ukraine.

ModĂšle de coopĂ©ration internationale rĂ©unissant l'Europe, le Japon, les Etats-Unis et la Russie, l'ISS a commencĂ© Ă  ĂȘtre assemblĂ©e en 1998. Sa retraite Ă©tait prĂ©vue en 2024, mais la Nasa a estimĂ© qu'elle pouvait fonctionner jusqu'en 2030.

Or la Russie joue un rÎle clé dans le maintien en orbite de la station, mais certains de ses vaisseaux sont affectés par les sanctions occidentales dues à l'assaut contre l'Ukraine.

L'annonce russe de vouloir se retirer de l’ISS intervient une dizaine de jours aprĂšs la nomination Ă  la tĂȘte de l'Agence spatiale russe (Roscosmos) d'un nouveau patron, Iouri Borissov, qui a remplacĂ© Dmitri Rogozine, connu pour son style abrasif et son nationalisme outrancier. "Nous allons sans doute remplir toutes nos obligations Ă  l'Ă©gard de nos partenaires" de l'ISS, a dĂ©clarĂ© M. Borissov, reçu au Kremlin par le prĂ©sident russe Vladimir Poutine, "mais la dĂ©cision de quitter cette station aprĂšs 2024 a Ă©tĂ© prise".

Quelques minutes plus tard, la Nasa a dit ne pas avoir reçu de notification "officielle" d'un tel retrait aprÚs cette date.

"Je pense que d'ici là, nous commencerons à créer la station orbitale russe", qui sera "la principale priorité" du programme spatial national, a poursuivi M. Borissov. "L'avenir des vols habités russes doit se baser avant tout sur un programme scientifique systémique et équilibré pour que chaque vol nous enrichisse en connaissances dans le domaine spatial", a-t-il précisé.

Pour l'analyste spatial russe Vitali Egorov, cette décision va signifier "une pause de plusieurs années pour les vols habités russes", car la Russie est bien loin d'avoir sa propre infrastructure en orbite. "Il n'y aura pas de station orbitale russe ni en 2024, ni en 2025, ni en 2026", a-t-il dit à l'AFP : "créer une bonne station orbitale en trois ans, c'est presque irréel".

Selon M. Egorov, mĂȘme "avec le financement le plus gĂ©nĂ©reux, cela prendra au moins dix ans".

Ainsi, la société russe RKK Energuia, qui conçoit et construit les vaisseaux spatiaux Soyouz, a affirmé mardi que la construction de la station orbitale russe n'allait pas commencer avant 2028. "Si la décision sur sa construction est prise d'ici la fin de l'année, la premiÚre étape commencera en 2028 avec le lancement d'un module énergétique et scientifique par une fusée Angara", a déclaré le constructeur général de RKK Energuia, Vladimir Soloviov, cité par l'agence de presse publique RIA Novosti.

- "Situation difficile" -

Jusqu'Ă  sa nomination Ă  la tĂȘte de Roscosmos Ă  la mi-juillet, M. Borissov, 65 ans, avait le portefeuille de vice-Premier ministre chargĂ© du complexe militaro-industriel russe, qui inclut le domaine spatial.

Il a fait Ă©tat, devant M. Poutine, d'une "situation difficile" dans le secteur spatial russe et indiquĂ© vouloir fournir "avant tout les services spatiaux nĂ©cessaires pour l'Ă©conomie russe", citant notamment la navigation, la communication et la transmission des donnĂ©es. Autant de domaines oĂč Moscou est Ă  la traĂźne des AmĂ©ricains.

La coopération russo-occidentale dans le domaine spatial a été plombée par l'offensive lancée par la Russie depuis le 24 février contre son voisin ukrainien.

Les sanctions occidentales prises dans la foulĂ©e touchent en partie l'industrie aĂ©rospatiale russe et risquent d'avoir des effets sur l'ISS, dont certains ravitaillements pourraient ĂȘtre perturbĂ©s.

M. Rogozine, le précédent patron de Roscosmos, avait déjà laissé entendre qu'à cause de cela la Russie allait renoncer à l'idée de prolonger la durée de vie de l'ISS jusqu'en 2030. Il avait affirmé en mars que sans les Russes, l'ISS s'écrasera sur Terre car seule la partie russe a les moyens de corriger l'orbite de la structure de 500 tonnes.

Si la Russie a l'ambition de se relancer indépendamment dans la course spatiale, elle est confrontée néanmoins depuis des années à de graves problÚmes, notamment une corruption endémique qui freinent ses programmes et l'innovation.

AFP

guest
0 Commentaires