Or noir

La Serbie et le charbon, amour et dépendance(s)

  • PubliĂ© le 3 novembre 2023 Ă  20:01
  • ActualisĂ© le 3 novembre 2023 Ă  20:13
La mine de charbon de Kolubara, prĂšs de Vreoci, au sud de Belgrade, le 27 octobre 2023 en Serbie

On dit que d'ici viennent 50% de l'électricité serbe. Tous les jours, 24h/24h, 365 jours par an, les excavateurs grignotent le sol pour en extraire le charbon.

Le bassin de Kolubara, qui abrite les plus grandes mines du pays, en est la preuve: Belgrade ne peut se passer de son lignite.

Le charbon, c'est l'or noir serbe, environ 70% de l'électricité du pays est générée en le brûlant.

Un quart vient de centrales hydroélectriques, et les petits restes d'énergies renouvelables. Dans les quatre mines de Kolubara, plus de 11.000 personnes travaillent pour faire sortir, chaque année, entre 26 et 27 millions de tonnes de charbon.

A une cinquantaine de kilomĂštres au sud-ouest de Belgrade, Tamnava-Ouest est l'une des ces mines Ă  ciel ouvert au paysage lunaire.

Elle est en activité depuis les années 1990, et rien ne laisse penser qu'elle fermera bientÎt. Peu importe le plan de réduction des émissions (NERP) adopté par la Serbie - depuis trois décennies environ, la part du charbon n'a pas bougé.

Et cela offre au pays des prix de l'électricité parmi les plus bas du continent: en juin, un kWh coûtait 0,096 euro en Serbie, contre 0,289 en moyenne dans l'Union européenne.

"Depuis des années, le charbon est considéré comme une sorte de don divin de notre production d'énergie", explique Hristina Vojvodic, du Renewables and Environmental Regulatory Institute (RERI). "Le pays n'a pas vraiment l'intention de sortir du charbon. Il y a des plans et des stratégies qui sont élaborés, mais quand il s'agit de sortir du charbon, les décisions ne sont pas là".

"Par exemple, il est dit qu'en 2030 on aura rĂ©duit jusqu'Ă  25% l'utilisation du charbon. Ca peut vouloir dire 5%. Ça peut vouloir dire 20%. On n'en sait rien", regrette la juriste, dont l'Institut a rĂ©ussi Ă  faire reconnaĂźtre l'an dernier par un tribunal de Belgrade le rĂŽle nĂ©faste des centrales thermiques sur la santĂ© des Serbes.

Le tribunal a également ordonné à EPS, l'entreprise publique d'électricité, de réduire ses émissions de dioxyde de soufre (SO2) à cause des menaces qu'elles font planer sur la santé et l'environnement.

Les émissions de SO2 à cause du charbon sont actuellement de cinq à six fois, selon les sources, plus élevées que le plafond autorisé pour toutes les centrales thermiques du pays.

La place persistante du charbon en Serbie montre que mĂȘme au coeur du continent le plus ambitieux pour atteindre la neutralitĂ© carbone, sortir de la deuxiĂšme source d'Ă©nergie fossile aprĂšs le pĂ©trole n'est pas une Ă©vidence. Un des sujets les plus brĂ»lants de la COP28, dans un mois Ă  DubaĂŻ.

- Agrandissement de la centrale -

"Nous n'avons rien contre le passage aux Ă©nergies alternatives, vertes, qui sont meilleures pour la santĂ©, l'environnement, et qui assureraient aussi de meilleures conditions de travail aux mineurs", explique Vladimir Radosavljevic, vice-prĂ©sident de l'Union syndicale de Serbie – Sloga, chargĂ© de l'industrie.

Mais "le secteur énergétique emploie chez nous un grand nombre de personnes, surtout dans les grandes mines, et l'abandon de l'exploitation du charbon conduirait à beaucoup de licenciements", craint-il.

Pour l'heure, aucun licenciement en vue. Contacté, le ministÚre des Mines et de Energie n'avait pas répondu à l'AFP mercredi.

La Serbie devrait ouvrir dans les mois qui viennent une nouvelle unitĂ© dans sa centrale au charbon de Kostolac (est), grĂące Ă  un financement chinois, ce qui implique une extension de la mine de charbon de Drmno, dans la mĂȘme zone.

Le mystÚre plane sur la date d'ouverture du nouveau bloc - baptisé "B3" - de cette centrale. Mais des tests ont lieu depuis janvier, affirme Hristina Vojvodic.

"Nous nous en sommes rendu compte il y a quelques jours - des habitants nous ont appelĂ©s pour nous dire qu'ils Ă©taient extrĂȘmement inquiets car ils voyaient de la fumĂ©e noire sortir de la cheminĂ©e. Nous avons demandĂ© des documents, et on a dĂ©couvert que des essais avaient lieu".

"B3" est muni d'une unitĂ© de dĂ©sulfuration - mais "les chiffres parlent: mĂȘme avec, les Ă©missions sont supĂ©rieures" aux engagements de la Serbie, dit-elle.

La Serbie a signĂ© Ă  Sofia en 2020 une dĂ©claration dans laquelle elle se dit dĂ©terminĂ©e Ă  Ɠuvrer pour atteindre l'objectif de neutralitĂ© carbone Ă  l'horizon 2050.

A Kolubara, on Ă©voque un possible dĂ©placement de la mine – quitte Ă  faire partir des habitations, comme cela a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© fait au grĂ© des dĂ©couvertes de charbon.

"Pour tout dire, on ne sait pas si la Serbie prévoit d'agrandir encore ses mines", reconnaßt Hristina Vojvodic.

"Le ministÚre de la Construction prévoit de nouvelles installations, le ministÚre des Mines et de l'Energie dit que ce n'est pas possible, et le ministÚre de l'Environnement ne dit rien. Donc on ne sait pas quels sont les plans".

AFP

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