Migrations

L'Albanie découvre les demandeurs d'asile

  • PubliĂ© le 20 juin 2018 Ă  14:37
  • ActualisĂ© le 20 juin 2018 Ă  14:42
Asmar Alus, 28 ans, et son épouse Berivan Alus, 26 ans, deux réfugiés syriens, se rendent dans un centre pour migrants à Tirana, le 19 juin 2018 en Albanie

Des migrants venus du Moyen-Orient demandent désormais l'asile en Albanie, phénomÚne inédit pour ce petit pays pauvre des Balkans plus connu pour son émigration massive, et qu'ils continuent de considérer comme une étape.

ConfrontĂ©s Ă  la surveillance plus efficace de la "route des Balkans" classique qui passe par la MacĂ©doine et la Serbie, beaucoup de voyageurs "tentent de trouver de nouvelles routes pour joindre les pays de l'Union europĂ©enne", explique Ă  l'AFP le porte-parole du ministĂšre de l'IntĂ©rieur, Ardi Bide. Venu de Syrie, Guwan Belei, 28 ans, est arrivĂ© mi-juin dans le petit centre d'accueil des demandeurs d'asile de Babrru dans la banlieue de Tirana, le seul du pays, dont la capacitĂ© de 180 personnes est dĂ©passĂ©e. Ils sont 200 Ă  y ĂȘtre dĂ©sormais installĂ©s. SollicitĂ©es, les autoritĂ©s n'ont pas indiquĂ© combien de dossiers avaient Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s.


Elles ont récemment démenti un projet d'ouvrir un camp de réfugiés plus important avec l'aide de l'UE. Une décision qui est du seul ressort de Tirana, prévient la vice-ministre de l'Intérieur, Rovena Voda, dont le pays espÚre l'ouverture prochaine des négociations d'adhésion avec Bruxelles.


Gagner du temps


De nouveaux arrivants patientent devant le petit bĂątiment de briques, tandis que d'autres sortent, sac au dos, peut-ĂȘtre dans l'espoir de tenter de passer au MontĂ©nĂ©gro, Ă  une centaine de kilomĂštres au nord. Podgorica s'est rĂ©cemment inquiĂ©tĂ© de la porositĂ© de sa frontiĂšre avec l'Albanie. Guwan Belei a demandĂ© un asile mais ne cache pas que pour lui "comme pour les autres, l'Albanie est une escale, Ă  l'inverse de la Serbie et de la MacĂ©doine qui ont fermĂ© les frontiĂšres".


"L'Albanie est la seule solution de passage pour les réfugiés", dit le jeune homme qui avec ses trois compagnons d'odyssée veut se rendre en Allemagne. "Beaucoup préfÚrent demander l'asile politique en Albanie, car pendant les procédures, cela laisse le temps de trouver des solutions pour passer au Monténégro et en Bosnie, et de là rejoindre l'Allemagne, le Danemark ou un autre pays", poursuit-il.


La route est pourtant difficile, escarpée et montagneuse, en Albanie, au Monténégro comme en Bosnie, avant d'espérer rejoindre la Croatie et l'UE. Mais il en faut plus pour faire renoncer Berivian Alus, une jeune femme de 26 ans, accompagnée de son mari Asmar. Jugeant le voyage trop dangereux, ils ont confié à leurs grands-parents leurs jumelles de trois ans, dont ils montrent une photo sur leur téléphone.


Depuis leur dĂ©part d'Afrin, dans le nord-ouest de la Syrie, le couple a dĂ©jĂ  franchi "champs, montagnes et riviĂšres", Ă  pied ou sur des petites embarcations, "dans la boue et sous la pluie". La jeune femme explique ĂȘtre parvenue jusqu'Ă  la frontiĂšre albanaise avec "l'aide des trafiquants" Ă  qui il a fallu payer en tout 10.000 euros. Son Ă©poux explique que s'il accepte le statut de demandeur d'asile en Albanie, c'est "juste pour gagner du temps".


Craignant la réputation de violence des réseaux de passeurs, d'autres "préfÚrent s'en sortir avec seulement le GPS", dit Kasim Yaakoum, un Syrien de 29 ans.


'Personne ne veut rester'


Mais quelle que soit la stratégie suivie, "personne ne veut rester en Albanie, un pays pauvre", explique son compatriote Yasser Alnablis, 22 ans. Selon les autorités albanaises, depuis janvier la police a bloqué 2.300 personnes à la frontiÚre. "L'Albanie a pris toutes les mesures pour renforcer ses frontiÚres et coopérer avec les autres pays des Balkans et les autorités de l'Union européenne, dont Frontex" afin de "mieux contrÎler la situation", affirme Rovena Voda. Elle assure que son gouvernement parvient "à faire face (...) malgré le nombre croissant de ceux qui sont arrivés sur son territoire".


Les ministres de l'Intérieur des Balkans se sont réunis lundi à Bruxelles. La Bosnie, dernier pays sur cette nouvelle route avant l'UE, est également confrontée à ce problÚme qu'elle a du mal à gérer avec ses ressources limitées.

 - © 2018 AFP

guest
0 Commentaires